[review] Magnéto Le Testament

J’ai toujours eu un attachement pour Magnéto, en particulier sa période professeur des New Mutants mais, dans cette série limitée, il s’agit d’autre chose. Par Le testament, découvrez l’origine de sa haine contre l’humanité.

Un résumé pour la route

Le scénariste de cette mini-série est Greg Pak (Mech AcademyRonin Island), le dessin est de Carmine Di Giandomenico (FlashX-Factor) et les couleurs de Matt Hollingsworth. Ce volume rassemble les cinq épisodes de la série X-Men: Magneto Testament publiés aux États-Unis par Marvel entre novembre 2008 et mars 2009 et en France par Panini sous divers format mais ce Giant size date de janvier 2021.

Max Eisenhart, futur Magnéto, est le jeune fils d’un joaillier juif vivant dans l’Allemagne des années 1930. La joie est palpable dans cette famille mais l’arrivée d’Hitler va faire de leur vie un cauchemar.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Dans les premières pages, la joie est palpable dans la famille Eisenhart mais le scénariste Greg Pak nous montre par eux la violence antisémite. Magnéto le Testament fait ressentir au départ des montagnes russes émotionnelles. Au lycée, Max se fait humilier pour sa judéité malgré ses bonnes notes. Pour le principal, il doit forcément tricher car, dans ce pays totalitaire, la réalité doit se conformer à la théorie et non l’inverse. Alors qu’il est fou de joie d’avoir gagné une compétition (et prouvé l’absurdité des thèses racistes), Max voit son oncle humilié en public car il sort avec une femme « de sang allemand ». Les membres de cette famille ont diverses réactions des Juifs face à cette haine. Plus réaliste, son oncle veut partir mais le père de Max ne peut accepter que son pays ait changé à ce point. Il croit aux valeurs humanistes du pays de Goethe et Mendelssohn et au soutien de ses camarades de régiments de la Première Guerre mondiale. Sa réponse récurrente aux événements glace le lecteur : « cela ne peut pas être pire ». Mais les humiliations se succèdent et la violence monte. Tous ces événements contraignent les Eisenhart à l’errance en tentant de plus en plus difficilement de survivre.

Greg Pak connaît bien les différentes interprétations de la Shoah par ses recherches et l’aide d’un conseiller historique, Marc Weitzman du centre Simon Wiesenthal. Il livre sa bibliographie en postface : plus que des livres d’histoire, ce sont des témoignages et des films documentaires dont Shoah de Lanzmann. Même si on suit un personnage fictif, chaque étape est liée à une archive ou un fait historique réel. Le scénariste montre que l’antijudaïsme existe en Allemagne avant l’arrivée d’Hitler mais que son accession au pouvoir va lui permettre d’appliquer ses idées par un arsenal juridique. En ajoutant sur la page un extrait de la législation de Nuremberg et en montrant La nuit de cristal, le scénariste montre bien que la loi n’est plus au service de la justice mais de l’idéologie. La haine des Polonais apparaît dans une case et les tentatives de résistances dans le ghetto de Varsovie par divers moyens. Quand la famille part vers la Pologne, le lecteur comprend le déclenchement d’un génocide par étape. Il voit la Shoah par balles des Einstazgruppen puis le passage à la Solution finale, la mort industrielle. Par les dialogues entre Magnéto et son ancien professeur, on saisit le fonctionnement du camp d’Auschwitz de la séparation à la descente du train. Suivant le personnage principal, on est saisi d’effroi en y découvrant la place des enfants au rôle des Juifs (les Sonderkommandos) dans l’organisation du camp. Pak ose même dire que les alliés savaient mais on fait passer victoire avant la libération des camps.

Ce récit en un tome fait partie des références des X-Men car il marque un moment marquant dans la construction du personnage de Magnéto… mais seulement une étape dans une construction fascinante. Magnéto est en effet la preuve du fonctionnement collectif de Marvel. Créé au départ par Stan Lee et Jack Kirby, il est la Némésis des X-Men : le super-vilain assez stéréotypé qui veut diriger le monde avec son gang de La confrérie des mauvais mutants. Sa seule originalité est d’être assez âgé. Il est peu à peu utilisé dans une réflexion sur l’intégration : Magnéto symbolisant les idées de Malcolm X et Xavier celles de Martin Luther King. Tout change avec le scénariste Chris Claremont (Pak le reconnaît en introduction). Lors d’un combat contre Kitty Pryde dans X-Men 150, Magnéto épargne la jeune fille car elle est juive comme lui. Il révèlera plus tard qu’il a été un Sonderkommando et que sa première femme était un tsigane. C’est le point de départ de sa mutation vers un personnage plus tourmenté et complexe. Son trauma vient de la Shoah où il a perdu toute sa famille. Ce géant du mal va ensuite remettre en cause sa haine absolue de l’humanité au point de rejoindre un temps les X-Men. Il naviguera ensuite entre le bien et le mal selon les périodes mais son traumatisme enfantin restera toujours présent. 

La Shoah devient un élément obligé de la biographie de Magnéto si bien que la scène où il est séparé de ses parents dans un camps de concentration apparaît à deux reprises dans les films X-Men. C’est dans l’horreur du camp que seraient nés ses pouvoirs selon les films. Mais, Pak fait ici un choix plus judicieux en reprenant l’idée de Claremont : un super-héros ne pouvait sauver les Juifs. Ici Magnéto n’est donc pas un géant du mal ou du bien mais juste un enfant plongé dans les tourments de l’histoire qui tente jour après jour de survivre. Malgré les situations de plus en plus inhumaines, il cherche à préserver ses valeurs. Il refuse d’être considéré comme un inférieur au lycée et prouve sa force. Il ne vole pas mais devient un trafiquant dans le ghetto de Varsovie. Même dans le camp, il tente d’aider un autre adolescent. Mais, grandissant au milieu de l’horreur, il perd progressivement ses repères moraux. Le lecteur est fracassé en voyant tout ce que doit faire Max pour survivre : donner à un Allemand des dents en or prélevées sur un cadavre. Malgré tout, il arrive au bout de ses forces et cherche à se suicider. C’est la découverte que son amour d’adolescent – la gitane Magda et future mère de la Sorcière Rouge et de Vif d’argent – a survécu qui va le sauver. Cependant, il devient de plus en plus dur et ses derniers mots (« plus jamais ça ») prononcés avec un visage fermé montrent que la haine sera sa solution pour éviter un nouveau génocide.

Récit souvent réédité, Magnéto Le Testament est ici présenté dans un format Giant size. L’ayant déjà lu en petit format, j’ai été plus bouleversé car les très grandes pages rendent service au dessinateur italien Carmine di Giandomenico. Ce gigantisme des pages permet de saisir chaque expression de douleur, de colère ou de haine des visages souvent anguleux. De plus, il sait ne pas en faire trop : pour décrire l’horreur du travail des Sonderkommandos, il laisse l’image en noir et laisse le texte parler pour lui. La colorisation de Matt Hollingsworth sert subtilement le récit. Suivant le calvaire de la famille Eisenhart, on passe d’une gamme très variée avec des couleurs chaudes à un monochrome de gris ou de marron. Plus que du comics, le dessin se rapproche ce récit de la bd franco-belge. La mise en page, le plus souvent en gaufrier, est classique ce qui rend encore plus impressionnantes les doubles pages. 

Il y a également un épisode bonus écrit par Rafael Medoff dessiné par Neal Adams où on découvert la vie de l’artiste Dina Babitt, de son voyage dans les camps à son combat pour récupérer des portraits que les nazis l’avaient forcée à faire mais un musée polonais refuse de lui rendre. On est outré par les arguments du musée et on se demande ce que ces portraits sont devenus. En fouillant sur Google, malgré la mort de Dina, la restitution ne semble pas à l’ordre du jour. 

Alors, convaincus ?

Magnéto Le testament est avant tout un choc émotionnel car le lecteur pénètre au cœur de la haine et de la mise à mort industrielle de tout un groupe. Le scénariste réussit à se placer à hauteur d’un être humain en suivant Erik et sa famille. J’ai été profondément ému tout au long de la lecture alors que j’ai assez peu d’affinité avec le style de Carmine di Giandomenico mais les deux auteurs se dévouent pour écrire un livre important car Pak fait comprendre son but par les derniers mots du comics : « plus jamais ça. »

Thomas Savidan

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