[review] Wanda : la Sorcière rouge, La route des sorcières

Wanda Maximoff étant la star des séries en ligne, j’ai voulu découvrir son comics en solo que j’avais complètement raté lors de sa première sortie en France. 

Un résumé pour la route

Ce volume est entièrement écrit par James Robinson (Love is loveWildcats) mais avec de nombreux dessinateurs Vanessa del Rey (ConanCreepy) pour le premier et le dernier puis un artiste différent par numéro : Marco Rudy (The Winter Soldier, Swamp Thing), Steve Dillon (HellblazerJimmy’s Bastards), Chris Visions (Dead LettersSpider Gwen), Javier Pulido (She-HulkHuman Target), Marguerite Sauvage (FaithCaptain Marvel), Annie Wu (ArchieBlack Canary), Tuta Lotay (FablesRebels), Joëlle Jones (Lady Killer, Catwoman), Kei Zama (Optimus PrimeDeath Head), Leila del Duca (ShutterSleepless), Annapaola Martello (Kiss/Vampirella,Doctor Who), Jonathan Marks-Barravecchia et Shawn Crystal (Deadpool, Arkham Manor). Ce changement de dessinateur est justifié par un voyage autour du monde pour sauver la magie. La route des sorcières rassemble les quinze épisodes de la série Scarlet Witch publiés par Marvel aux États-Unis entre février 2016 et avril 2017. Panini comics a publié cette série en deux volumes de 100% puis sous la forme d’un recueil en janvier 2020. 

Wanda Maximoff est la puissante Sorcière rouge et un pilier des Avengers. Mais les dernières années ont été un calvaire pour elle : son (ex-)mari la Vision a été mis en pièce et son humanité lui a été retiré, ses enfants ont disparu puis réapparus bien plus âgés, l’esprit de son nouveau compagnon Wonder Man a fusionné avec Malicia. Toutes des mésaventures l’ont plongée plusieurs fois dans la folie et elle a provoqué des catastrophes comme la disparition (temporaire) des mutants.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Depuis ces différentes crises, la vie de Wanda a changé (et s’est modernisée). Devenue végétarienne, elle vit seule dans un immense appartement dans Manhattan. Robinson intègre le récit dans la continuité en faisant référence au passé de Wanda et aux actions de Doctor Strange. Les deux veulent d’ailleurs racheter une erreur – des coups de folie pour l’une et la fin de la magie pour l’autre. En raison de la médiatisation de ses actes, Wanda est haïe par certains. En dépression, elle suit un traitement médicamenteux et le dit, ce qui est encore rare. Elle consulte un psychiatre où forcément elle parle de sa mère, mais aussi de la sorcière Agatha qui est sa mère de substitution. Elle n’est pas la seule car la déesse Hécate se déclare aussi fragile psychologiquement depuis qu’elle n’a plus de fidèles. Elle admet avoir toujours été couvée par des hommes : son frère, les Avengers ce qui l’a empêché de s’occuper d’elle et de ses pouvoirs. Son passé lui pèse. Il faut dire que depuis Uncanny Avengers il devient inutilement confus. Elle n’est même plus une mutante. Très rapidement pourtant, le psychologue l’oriente sur son manque d’empathie : pourquoi n’a-t-elle pas aidé ses anciens amants et ses enfants ? Pour lui, Wanda refoule pour ne pas souffrir et aller de l’avant. Sa mission actuelle reste un moyen de fuir ses problèmes. Ce traitement lui a redonné confiance. Robinson crée un joli twist sur ce psy sans remettre en cause les bienfaits d’une thérapie. Cette séance est aussi un moyen pour Robinson d’expliquer – voire même de réparer les incohérences – le passé de Wanda.

En effet, la Sorcière rouge est en quête de ses origines. Wanda part en Serbie découvrir ses véritables racines. Dans la continuité Marvel, elle a été la fille d’un couple de gitans puis de Magnéto mais elle serait, en fait, la fille d’une sorcière et ses pouvoirs viennent des expériences du Maître de l’évolution. Sa mère magicienne a confié ses enfants à ceux qu’elle a cru être ses parents. Wanda retrouve cette nouvelle mère, Natalya Maximoff, et découvre qu’elle était déjà la Sorcière rouge. Comme Hellboy, elle combattait les monstres et en rouge. Quelle est cette manie récente de créer des chronologies de héros comme Iron Fist ou Bloodshot ? Il y a cependant des incohérences – même Wanda le dit – car elle nous dit vouloir en urgence découvrir son passé mais, au lieu de courir vers l’aéroport, elle part enquêter sur la mort d’un sorcier à Kyoto. Wanda porte le même nom de famille que le couple qui l’a élevée car c’était son oncle et sa tante. L’ennemi principal est le passé de Wanda. C’est certes dans la thématique de la série mais je suis déçu car l’enjeu est bien faible. C’est en fusionnant avec sa génitrice et sa tutrice magique puis par l’énergie de son frère que Wanda peut battre le chaos et donc, symboliquement, en réconciliant avec elle-même. L’idée est intéressante mais concrètement c’est raté surtout qu’encore une fois, un personnage doit se sacrifier. Les autres personnages sont plus fades. Pietro est, comme trop souvent, montré comme arrogant et directif. Wanda le voit comme un sociopathe. Ayant une sœur jumelle, je confesse détester cette vision toxique de leur relation fraternelle.

Dans la quête de la Sorcière rouge, le scénariste prend en compte les critiques féministes sur le male gaze et réfléchit sur la place des super-héroïne. Non seulement, Wanda n’est jamais sexualisée ou accessoire mais elle veut agir seule et n’a pas besoin d’un homme pour vivre sa vie d’aventurière ou de femme. La route des sorcières est un monde uniquement accessible aux sorcières mais ce n’est un safe space pour les femmes mais une route parfois dangereuse et plongée souvent dans le noir. On (re)découvre l’oppression des femmes dans le passé : Wanda est assaillie par les images des tortures de religieuses brûlées par décision du tribunal de l’Inquisition.  Le Sorcier émeraude, est battu par la Sorcière rouge en le sortant du monde magique masculin pour l’emmener dans son monde où elle a absorbé son pouvoir. Politiquement, même si c’est pour le bien, on croit retrouver des théories réactionnaires : un homme est rendu impuissant par une femme de pouvoir.

Robinson se focalise sur la sorcière comme une enquêtrice. A New York, un virus magique provoque la mort des chats et des coups de sang meurtriers chez les humains. Cette épidémie dans le sud de Manhattan est alimentée des rancœurs des pauvres exclus. Après les animaux, c’est la terre qui va mal dans la verte Irlande devenue grise et sans herbe (une mine polluée par un gaz, sol toxique pour les animaux) à cause d’une bataille ancienne. Comme dans la série Doctor Strange, on retrouve l’idée que la magie a un prix : Wanda vieillit son âme chaque fois qu’elle prononce un sortilège puissant. Cette enquête lui révèle une menace plus grande – quelqu’un transforme la magie – et Wanda va parcourir le monde pour réparer la magie. A chaque voyage correspond un problème surnaturel. Cela offre une grande souplesse au scénariste qui peut lui aussi faire voyager le lecteur entre récit en un épisode ou fil narratif. Ces voyages poussent Robinson à se renseigner sur les folklores. On voit un oni démon japonais. Les fantômes sont très présents et ces douleurs passées nourrissent le mal du présent. Mais la magie guérit les blessures anciennes – de l’histoire du pays ou d’une histoire intime. Un sorcier japonais a détourné la bombe atomique de Kyoto à Hiroshima. On y retrouve des moments historiques : l’Inquisition en Espagne, la période confuse de la chute de l’Empire romain en Irlande, les bandes de truands – les Apaches – dans le Paris 1900. Wanda d’ailleurs fait souvent à ses connaissances du passé ou à ses recherches. A Hong-Kong, on retrouve l’inspecteur Gulliver, vu dans Doctor Strange, né d’un père anglais et d’une mère sorcière chinoise. En raison du meurtre de ses deux parents, elle a repris le métier de son père mais en usant de la magie de sa mère sur ses armes. Hélas l’ennemi est plus stéréotypé : un Fu-Manchu, magicien dirigeant une triade. Ces voyages me font penser à Hellboy. Ce voyage aussi donne dans le machisme : un inspecteur français trop entreprenant se fait remettre à sa place par Wanda.

Chaque épisode est dessiné par un artiste différent, souvent des femmes. Des dessinateurs m’ont plu. Le dessin de Vanessa del Rey m’a fait penser à Alex Maleev par ses traits nombreux et son dessin dense, le plus souvent sans horizon. Ce sont souvent des artistes avec un style sortant du banal réalisme ce qui est une bonne idée, sauf que le résultat est inégal et le changement constant n’aide pas à s’adapter à cette mosaïque de styles. Ces changements constants empêchent aussi au récit d’accrocher le lecteur. Après le style précis et épuré de DillonChris Visions est foisonnant avec des formes comme dessinées au feutre. Ce style cartoony gâche le combat et c’est encore plus frustrant quand Dillon réussi à inquiéter avec un simple vol de corbeau. Le dessin de Jonathan Marks-Barravecchia est très proche d’Andrea Sorrentino en jouant sur les textures avec des photos – comme Kirby – et des pages des épisodes précédents avec les bulles. Cependant, le style des visages change selon les pages du plus rond aux plus anguleux. Le contraste est brutal quand Shawn Crystal réalise avec des formes et des couleurs très cartoony. Ce n’est pas le meilleur choix pour le combat final. Plusieurs artistes ont un lien avec le pays représenté. Est-ce pour éviter le risque d’accusation d’appropriation culturelle ? Marguerite Sauvage se charge de Paris et semble inspiré par les affiches Art nouveau. Alors que j’ai cru voir Marcos Martin, il s’agissait en fait de Javier Pulido au style très proche. Il réalise de belles pages horizontales où, sans dialogue, Wanda est frappée des visions puis combat les squelettes des tortionnaires. Annie Wu nous emporte en Chine en commençant par une copie des estampes.

Alors, convaincus ?

La route des sorcières est au départ une très bonne idée en offrant enfin à ce personnage majeur une série en solo. J’avais beaucoup d’attentes car je trouve que la continuité a détruit ce personnage. Robinson cherche à rendre plus clair ce passé mais l’obscurcit. Même si la série est irrégulière selon les voyages, le scénariste peut faire preuve d’un réel talent comme l’enquête à Kyoto où, par une suite d’interviews avec des proches, Wanda cherche à connaître le mort. En parallèle, réincarné dans un renard, le sorcier assassiné la suit.

Thomas Savidan

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