[review] Dawn of X (tomes 1 & 2)

L’avis de Thomas

Après avoir adoré House of X/Power of X, il était logique que je poursuive le retour en grâce des X-Men avec Dawn of X mais cette multiplication des séries augmente-t-elle le plaisir de lecture ?

Un résumé pour la route

Ces volumes rassemblent les deux premiers épisodes de chacune des six séries mutantes. X-Men est écrit par Jonathan Hickman (House of X/Power of XThe Dying and the dead) et dessiné par Leinil Francis Yu (Silent DragonSecret Empire). Marauders est scénarisé par Gerry Duggan (Deadpool Flash-BackNova) et illustré par Matteo Lolli (DeadpoolMarvel Adventures Spider-Man). Le récit d’Excalibur vient de Tini Howard (Pocket MortysLa reine oubliée) et les dessins par Marcus To (Red RobinHuntress). New Mutants est écrit par Ed Brisson (Old Man LoganProphet) et Jonathan Hickman et dessiné par Rod Reis (Doctor Strange DamnationTeen Titans). X-Force est scénarisé par Benjamin Percy (Green ArrowTeen Titans) et dessiné par Joshua Cassara (FalconThe Troop). Enfin, Fallen Angels est écrit par Brian Hill (WitchbladeDetective Comics) et dessiné par Szymon Kudranski (Black Eyed KidsSpawn). Ces épisodes ont été publiés par Marvel en décembre 2019 et janvier 2019 puis par Panini en octobre de la même année.

Les X-Men ont totalement changé d’objectifs. Xavier ne vise plus la coexistence pacifique avec les humains mais veut créer son propre État sur l’île de Krakoa pour ensuite imposer sa domination au monde. Pour cela, il rassemble autour de lui l’ensemble des bons et des mauvais mutants et utilise les fruits de l’île mutante comme monnaie d’échange avec les États humains.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Chaque série commence par un premier épisode double. On y retrouve une organisation commune – des textes additionnels souvent réussis – et des liens entre les séries car Hickman est chargé de la cohérence de l’ensemble. Toujours aussi populaire, on retrouve Wolverine dans trois équipes sans compter sa série solo. Ces bosquets pour la téléportation que l’on voit dans X-Men sont un sujet d’étude pour Apocalypse dans Excalibur. Des cristaux apparaissent dans X-Men et dans Excalibur. Le corps de Malicia est transporté par le bateau des Marauders. Lors de la traversée, Kitty est aussi espiègle voire pénible que dans sa série. Elle tente de dérider Gambit alors que son épouse est dans un coma floral. Par le plan de la résidence d’été lunaire, l’enfant restant des heures à regarder les pages dans de Strange Spécial Origine ressort en moi. Par contre, à nouveau, je n’ai rien compris à la liste de ragots de Fort Sinistre ou les textes ésotériques des grimoires de Krakoa. Cependant, chaque série est surtout l’occasion de donner une autre vision du changement de statut des mutants. C’est pour cela que la suite de l’article est classée par série.

X-Men

De nombreux mutants affluent vers Krakoa et les X-Men sont l’équipe chargée de les protéger. Ils partent dans une mission de sauvetage de mutants cobaye de ces humains extrémistes.

Jonathan Hickman commence par plusieurs épisodes centrés sur la famille Summers enfin réunie. Lors d’un repas de famille entre les Summers, les Starjammers, Cyclope est très émouvant en parlant de ses peurs de jeune père dans un monde extérieur violent. Malgré les problèmes qu’a connu Nathan, Scott a gardé foi et aujourd’hui il est pleinement heureux dans ce nouveau projet. Pour lui, les mutants n’ont connu que de petites victoires dans le passé mais désormais ils s’imposent. Mais, sur la page suivante, on voit les cadavres humains, conséquence de l’attaque de son équipe. La relation avec les humains est définitivement passée du côté de la séparation et de la crainte, je ne suis pas certain d’aimer ce statut de vainqueur. Cyclope assume son rôle de père d’une fille adulte et d’un ado. Son côté dur à cuire m’a fait penser à Eastwood. Le nouveau Cable a l’enthousiasme de la jeunesse : il veut échanger des armes avec Raza des Starjammers car c’est tout de même une étrange famille. Quand Cyclope découvre une seconde île mutante hostile, il décide de faire une sortie en famille avec Cable et Prestige. Étrangement, le troisième frère, Gabriel, n’est plus un fou criminel mais attardé car « il a un manque affectif ».

Fan depuis des années de ces mutants je suis ébloui et inquiet par ces changements. Quand les mutants attaquent la dernière base de l’organisation humaine antimutante Orchids, Tornade est heureuse de voir dans les yeux des humains la peur, le signe d’une race vaincue. Elle parle comme une souveraine ou une déesse. Son arrogance m’impressionne mais j’ai mal car ce n’est pas ma Tornade. Déstabilisé par le nouveau programme, je cherche des indices d’un mensonge. Dans le passé, au moment où Scott peut ouvrir les yeux grâce à ses nouvelles lunettes, Xavier lui dit qu’il lui montrera la réalité : est-ce la promesse de merveilles à venir ou pour signifier que c’est lui qui le contrôle ? 

On en découvre aussi plus sur l’île : les fleurs des premières pages de House of X sont non seulement des éléments de Krakoa mais, elles forment des portails quand elles fleurissent. Même la vaisselle a changé grâce à un produit de Krakoa qui mange les bactéries. Une fois la seconde île mutante apparue, Krakoa s’en approche comme un aimant ou un amant. On retrouve sur cet île les marottes d’Hickman comme cet étrange homme albinos avec un symbole noir au milieu ainsi que ces hiérarchies étranges. Le groupe d’Invocateurs d’Arakko est chargé de défendre l’île pour une mère invisible alors qu’Apocalypse aurait été le père de Krakoa. Cette île est en effet le négatif de Krakoa. Non seulement la nature y est dangereuse mais la mère produit des graines alors qu’Apocalypse produit des cavaliers. Des passages restent encore nébuleux : une fille représentée comme le négatif photo d’une femme se dit hors du temps et tient des propos incohérents. Tout en reconnaissant son talent, je ne suis pas forcément fan du style de Leinil Francis Yu que je trouve froid.

Marauders

Cette série a un ton très différent de la précédente. Le scénariste Gerry Duggan insiste plus sur l’humour. Cela passe par le texte (l’extrait du journal de bord de Kitty et liste de courses pour Logan) mais aussi par le personnage de Kitty Pride. Dans la première page, Kitty se cogne dans le portail car, étrangement, elle n’est pas acceptée sur l’île. Pour aider tout de même les X-Men, elle rassemble une équipe hétéroclite : Tornade, Iceberg, Bishop, le retour du Pyro d’origine ressuscité – tant mieux. On suit à la fois la dérive de Kitty et le rôle du Club des damnés dans le projet mutant. En effet, Kitty est une agent d’Emma. Les manigances commerciales d’Emma autour du cercle devenu le comptoir des damnés alternent avec les combats navals du navire de Kitty. J’extrapole sans doute mais, selon moi, Marauders est un récit sur la crise de la quarantaine. Kitty explose toutes ses limites morales. Elle embrasse un inconnu, picole beaucoup et prend des décisions immatures. Elle décide que l’équipe doit se tatouer. Alors que Pyro se fait une tête de mort sur l’ensemble du visage, Kitty imite Robert Mitchum dans La nuit du chasseur avec hold east sur les paumes des mains.

Comme dans House of X 4, on retrouve une réflexion sur le capitalisme. Emma veut faire de la compagnie de fret mutante un exemple de progrès dans un secteur marqué par l’exploitation. L’entreprise est chargée d’aller dans les pays qui empêchent les mutants de sortir : le Brésil, le Valnon du Nord. Il me semble que Duggan présente une géographie des États populiste ou dictatoriaux – le Valnon pour la Corée du Nod. La vision de la Russie est très datée par des propos communistes : les mutants doivent servir l’État. La vision du projet de Xavier est ici assez proche du sionisme. Par contre, le dessin de Matteo Lolli est assez banal.

Excalibur

Apocalypse fait appel aux magiciens pour soutenir le projet global. En parallèle, un monde magique Outremonde connaît une guerre mais aussi l’invasion des plantes de Krakoa sortant d’un puit magique. La reine Morgane vient priver la terre de sa magie en représailles. Cette partie me fait penser au run d’Aaron sur Doctor Strange. Brian Braddock, Captain Britain se retrouve impliqué. Défait, son pouvoir revient à Betsy, anciennement Psylocke. Une équipe se constitue suite aux rencontres de Betsy. C’est agréable mais cela semble un rassemblement au hasard. On voit vite apparaître des signes d’une division qui mine l’équipe. Gambit ne pense qu’à Malicia, Jubilé à son fils alors que tout le monde est manipulé par Apocalypse. La dimension magique traverse le récit sans jamais alourdir l’action. Un groupe de druides reconnaît le titre de Betsy en échange d’une aide contre le Cercle d’Akkaba, des anciens alliés d’Apocalypse qu’il a rejetés quand ils se sont crus puissants. Tout comme ces magiciens, je suis totalement convaincu par Betsy en Captain Britain. Ses nouvelles armes psychiques – un bouclier et une épée – coïncident très bien avec son nouveau rôle de défenseur du royaume. Ces créatures donnent également une image plus respectueuse du folklore britannique : les sirènes sont inquiétantes.

Comme dans X-Men, on retrouve le thème de la famille avec Betsy, son jumeau Brian et son frère Jamie. Plusieurs héros doivent choisir entre leur famille et leur devoir. Betsy laisse ses terres pour aller sauver son frère dans l’Outremonde. Jamie parle d’un retour au statut originel qui en prenant exemple sur sa famille. Mais cela dépend des héros car plusieurs personnages veulent changer de nom comme preuve de leur transformation d’identité. Kitty veut se faire appeler Katya car elle a grandi, Psylocke veut redevenir Betsy et Apocalypse a un nouveau nom en typographie mutante. Fabio, Boule d’or, devenu Egg est chargé de l’écloserie : le lieu de renaissance des mutants. C’est aussi un récit sur la possession. Sous l’influence de la fée Morgane, Brian devient son chevalier puis Malicia est prise par sa magie. Son corps ressemble alors à la mise en scène des cadavres sur les photos du XIXe siècle. Apocalypse est logiquement possédé par le projet de Xavier car la sélection naturelle et la survie des plus forts ont toujours été à la base de ses actions. 

C’est une des séries que j’apprécie les plus car j’adore la série originale et le casting de l’équipe m’a vraiment hypé. Tini Howard fait également un clin d’œil à la série d’origine : équipe retrouve à la base d’origine. Le dessin de Marcus To m’est apparu au départ quelconque. Il est cependant extrêmement doué pour les costumes en modernisant des références anciennes comme la tenue de Gambit.

New Mutants

La plupart des New Mutants de l’équipe d’origine se retrouvent sur l’île mais leur camarade Cannonball manque à Roberto. Ils décident de partir le chercher dans l’empire Shi-ar. Mais le tempérament des héros les fait intervenir pour libérer des prisonniers détenus par des fondamentalistes. Suite à leurs démêlés judiciaires, les mutants reçoivent une mission en échange de l’amnistie : aller chercher Deathbird qui doit devenir la conseillère de la jeune princesse en stratégie politique. Lorsqu’ils retrouvent Sam, les New Mutants réalisent que leur vie a changé : Sam n’est pas le triste père esseulé mais un heureux père de famille. Roberto n’arrive pas plus à convaincre Sam du bien-fondé du plan de Xavier car Rocket flaire une manipulation politique.

Ce n’est pas cependant tout à fait l’équipe originelle car il manque des personnages clefs comme Magma et l’équipe inclut des nouveaux membres : Chamber et Mondo, un homme plante qui seul peut communiquer avec Krakoa. Disparue dans le run de Matt Rosenberg, Rahne ressuscite mais sans ses troubles passés. Elle se sent au paradis mais cette catholique convaincue devrait en être troublée. Cypher a un rôle bien plus important que dans les séries récentes. De plus, son duo avec Mondo, symbolisant le lien entre nature et technologie, fonctionne bien. Contrairement à Tornade, l’arrogance de Solar fait sourire car ses résultats sont loin de sa prétention. Le dessin de Rod Reis me rappelle Sienkiewicz sur la même série par l’absence de profondeur et d’encrage, une colorisation brutale mais ses formes sont plus rondes. La série est écrite par deux personnes différentes. Jonathan Hickman se charge du versant spatial puis Ed Brisson de la partie sur Terre. Hélas, les dialogues sonnent creux.

X-Force

Les Marauders rentrent de mission en Russie avec Piotr gravement blessé. Les mutants décident alors de créer une équipe secrète : X-Force. Benjamin Percy écrit une série sombre. Wolverine est ici plus méfiant sur l’avenir de l’île car ce paradis attire les animaux prédateurs qui peuvent être dangereux. On découvre aussi l’hypocrisie politique des mutant face aux nations non-alignées – cette expression vient des pays du tiers-monde pendant la guerre froide alors que leur politique évoque celle des États-Unis contre l’URSS. Ils abordent une bienveillance de façade et font une intense lobbying ou prononcent des menaces si un État touche aux mutants locaux. Mais, en même temps, ils organisent en secret un trafic de produits de Krakoa pour fragiliser les États opposés. Xavier est empoisonné en Sokovie alors que le gouvernement prétend signer le traité de reconnaissance de l’État mutant. Le début de la série est très prenant avec un cliffhanger surprenant pour une série secondaire. En effet, un complot complexe est mis en place pour tuer Xavier. Certains enquêtent pendant que Wolverine part en chasse. En parallèle, on découvre comment faire revenir Charles à la vie. Heureusement, Kid Oméga apporte une touche d’humour par sa prétention démesurée. Même des mutants mineurs ont un rôle dans le projet global : Black Tom Cassidy est un hôte des plantes de Krakoa. Il supervise les systèmes de sécurité de l’île dans l’eau et dans l’air. 

Le dessin de Joshua Cassara est très foisonnant avec beaucoup de détail autour d’un décor assez vide. Il réalise de très belles images – quand Jean rentre dans la tête d’un tueur, une couronne de masques blancs l’entoure – donne une vision originale des mutants : le Fauve parait encore plus animal qu’avant. Cette série est assez gore. Colossus a été ouvert comme une boîte de conserve. Un des tueurs s’était fait greffer la peau de Domino pour échapper aux radars de Krakoa et son corps est truffé d’armes : des dents explosives, leur oreille devient un fil pour étrangler… La colorisation très sombre correspond bien à l’ambiance.

Fallen Angels

J’ai été au départ surpris du contraste entre un lettre de Kwannon – la personnalité asiatique de Psylocke – à sa fille qu’elle n’a pas connue et l’image d’une fillette utilisée comme kamikaze pour faire dérailler un métro au Japon. C’est le début d’une guerre entre des mutants et le dieu Apoth. Ce dernier produit l’overlock, une drogue de synthèse. Il s’agit en fait d’une machine faisant ressentir les mêmes effets que l’héroïne sans risquer une overdose. Cependant, il est très addictif et déconnecte du réel. Les hikikomori, jeunes adultes en dépression qui ne peuvent sortir de chez eux, en ont fait une secte. En fait, Apoth s’empare de l’esprit de ces enfants pendant le trip. Psylocke veut retrouver sa fille que la Main lui avait enlevée. Pour cela, Sinistre lui conseille de rassembler sur le paradis une équipe de tueurs. Mais, en fait, l’équipe est le lieu d’apprentissage mutuel car chacun recherche de l’aide par l’information, le partage de connaissance. X-23 demande à Kwannon de lui apprendre comment maîtriser sa colère intérieure. Cable veut aider les opprimés car, ne pensant qu’à la guerre, il ne peut se lier aux autres mutants. Psylocke veut aussi apprendre d’eux. Le trio demande l’aide de Sinistre assoiffé de connaissances.

Cependant, ce projet ambitieux se heurte à un scénario et des dialogues très légers. De plus, les membres de l’équipe ne semblent rien avoir en commun. Psylocke paraît affreusement datée car cette guerrière sexy semble perpétuellement en colère. X-23 a oublié le calme d’All-New Wolverine. Le dessin de Szymon Kudranski ont de réelles qualités avec de belles couleurs et des textures numériques variées mais le réalisme échoue car les corps semblent tordus et les visages figés.

Alors, convaincus ?

Bien entendu qu’après le chambardement d’House of X/Power of X, la suite pouvait décevoir. Le dessin est souvent plus banal que les scénarios. Je ne nie pas que certaines sériés sont décevantes – Fallen Angels – mais dans l’ensemble c’est la lecture la plus enthousiasmante chez les mutants depuis des années car on sent un projet global neuf en particulier dans X-Men. La supervision d’Hickman permet d’éviter les contradictions. Mieux, chaque série complète l’autre et permet de visiter des contrées neuves de l’île. Il y a également de très bonnes surprises. J’ai aimé retrouver une Kitty espiègle des années 1980 dans Marauders. Avec ExcaliburTini Howard écrit un bon récit d’action classique avec de bon cliffhangers. Je suis donc accro chaque mois d’autant que, pour une fois, les bonus sont nombreux.

L’avis de Siegfried

En guise de disclaimer, commençons par perdre toute crédibilité : je ne suis pas amateur de ces comics commençant au premier numéro mais incompréhensibles sans en avoir lu d’autres, comme je ne suis pas amateur de ces comics dont l’histoire unique se déploie dans différents titres qu’il faut suivre parallèlement, ce qui se tient parce qu’elles offrent différentes perspectives, mais disperse l’intrigue et sa publication, en plus de contraindre à une immense diversité de styles. Il faut du coup à la fois analyser chaque titre et l’ensemble, sans qu’il s’agisse tout à fait d’œuvres différentes ou de la même.

L’ « event » est ainsi l’aboutissement de tout ce qui peut me gêner dans la continuité, moi l’amateur d’histoires affichant une vraie personnalité créative, sachant où elles vont pour nous conduire où elles veulent, souvent dans le cadre plus rassurant et libre du hors-continuité. Et quand on ajoute à cela le fait qu’avant le run de Hickman, je n’ai pas réellement lu de X-Men depuis quelques années… on se demande comment j’ose écrire quoi que ce soit ici !

Je dois cependant confesser avoir trouvé passionnante l’idée de ce nouveau Krakoa, qu’après tant de conflits, les mutants tentent d’avoir leur État, leur havre de paix, à l’abri des vexations constantes de l’homo inferior. Bien sûr la « solution » est frustrante, en ce qu’ils acceptent l’isolement du monde, loin de leur vocation super-héroïque, mais cela ouvre des pistes assez fraîches pour raconter autre chose, d’autant que l’on part du même postulat que Fables, avec une volonté de faire table rase du passé des mutants, y compris des pires super-vilains, dans une utopie conciliant enfin les idéaux de Xavier et de Magneto.

C’est même d’autant plus captivant… qu’il est trop évident qu’une telle utopie ne peut pas fonctionner, parce que trop de personnages ont leur propre agenda, et que l’on n’imagine pas un Apocalypse ou un Mister Sinister (!) par exemple deviser pacifiquement avec le reste des héros présents pendant l’ensemble de l’arc. Or si c’est trop évident, c’est que le scénariste ne peut pas se permettre de platement faire voler l’utopie en éclats à cause de la « trahison » d’un traître tout désigné. Il doit se montrer beaucoup plus fin que l’évidence, ce qui ne peut manquer d’intriguer.

Cette utopie semble d’ailleurs peu ou prou fonctionner dans ces premiers numéros, parce que Krakoa apparaît comme une solution pour beaucoup de mutants comme d’humains, et que son gouvernement parvient à un semblant d’équilibre avec le monde extérieur. J’aimerais probablement que l’on insiste davantage sur Krakoa comme État, sur la manière dont la coexistence de tant de pouvoirs et de personnalités est assurée, ce qui est suggéré plusieurs fois mais pas traité si frontalement que cela… peut-être volontairement d’ailleurs, justement pour rester dans quelque chose de plus subtil qu’une proposition politique.

L’un des points m’ayant embarqué assez vite est d’ailleurs la prégnance initiale de Magneto, un personnage que (sans aucune originalité) j’ai toujours trouvé particulièrement intéressant dans la communauté mutante, et dont la vénération dont il jouit auprès de ses compatriotes est curieuse tant elle est lumineuse : il se qualifie lui-même de Dieu, paraît régner sur Krakoa bien que le pouvoir soit en fait partagé (et il ne semble pas en prendre ombrage), l’étendue de ses capacités est particulièrement soulignée, et il est apprécié, voire admiré, pour tant d’aspects qui en faisaient naguère un super-vilain redoutable. Difficile de ne pas être intrigué par les développements que l’on peut nous réserver après un statu quo pareil.

Enfin un statu quo, cela reste vite dit. La dispersion de l’intrigue en autant de titres fait que l’on multiplie les personnages et les situations, les événements centraux ne se déroulant pas toujours dans le même fascicule afin de donner de la valeur à tous – même si, bien sûr, X-Men et X-Force sont plus centraux que les autres. Et une telle disparité conduit assez logiquement et regrettablement à une grande disparité dans la qualité desdits fascicules, pour certains desquels on affichera vite une préférence assez marquée au détriment des autres.

Dans DoX 1, c’est sans aucun doute Fallen Angels que j’ai ainsi le mieux aimé, parce que la mise en place très lente de l’intrigue permet à Kudranski de déployer tout son talent pour les ambiances sombres et torturées, mais j’ai aussi beaucoup admiré les quelques touches d’inventivité de Joshua Cassara dans X-Force et la picturalité de Rod Reis dans New Mutants, lorgnant évidemment sur Sienkiewicz en moins bien, mais plus égal que les autres…

Au point que dans DoX2, j’ai beaucoup plus clairement accordé ma préférence à la fraîcheur de ces New Mutants, pour l’instant déconnectés de l’intrigue de Krakoa et apportant donc une touche cosmique colorée qui tranche avec l’obscurité du reste. Les personnages y ont d’ailleurs beaucoup plus de personnalité que dans l’ensemble des autres séries, et comme elle est scénarisée par Hickman, je suis curieux de la voir se mêler aux fils rouges structurant tout l’event – mais pas tout de suite, prenons le temps d’apprécier sa différence avec le reste et l’écriture de Hickman dans un autre registre.

On s’étonnera d’ailleurs que cette volonté d’une bulle d’air soit aussi redondante avec la série Maraudeurs, qui tente la même chose en beaucoup moins bien. DoX 2 marque d’ailleurs la chute de Fallen Angels, parce qu’il fallait bien un jour y raconter une histoire et qu’elle est pour l’heure insipide, en plus de dévoiler un Kudranski soudain bien mal inspiré, quand X-Force s’impose comme la série forte de l’event, the place to be, refusant tout temps mort, et toujours aussi intéressant visuellement.

Le jeu étant de critiquer réellement au fur et à mesure, vous vous moquerez peut-être de mes intuitions amenées à être brutalement contredites. J’annonce cependant d’ores et déjà (et à moins que vous ne me les recommandiez chaleureusement) abandonner Maraudeurs et Excalibur (trop confus et classique) afin de mieux me concentrer sur Krakoa avec X-Force et X-Men, en me laissant la si jolie bulle d’air New Mutants. Quant à Fallen Angels, je lui donne encore une chance pour le prochain article au moins, parce qu’il y a dans le glauque de son histoire une matière que Kudranski pourrait encore bien sublimer.

3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Blondin dit :

    Merci pour ces avis. Je lis moi aussi peu de super-heros comics et préfère les one-shot ou arcs courts. J’avais adoré les All new Xmen, surtout du fait de la présence du monstrueux Immonen aux dessins. HOXPOX semble un passage obligé et j’avais hâte de savoir si la suite était nécessaire. Apparemment oui même pour un casual lecteur

    Aimé par 2 personnes

  2. thomassavidan dit :

    Je ne sais pas si la suite est nécessaire. C’est un peu plus inégal que HOX/POX car il y a plus de séries et d’auteurs mais cela reste un passionnant moment de lecture. Merci pour le retour

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