[review] Undiscovered Country tome 1

La situation américaine contemporaine prête à bien des interprétations et nul doute qu’elle inspire et inspirera des œuvres de fiction. C’est déjà le cas avec Undiscovered Country, une dystopie écrite à quatre mains par Scott Snyder et Charles Soule qui forment ici une alliance inattendue et nous entraine dans un monde sauvage et sanglant.

Un résumé pour la route

Undiscovered Country est scénarisé par Charles Soule et Scott Snyder et illustré par Giuseppe Camuncoli. L’encrage est confié à Daniele Orlandini pour les chapitres 1 à 4 et Leonardo Marcello Grassi pour les chapitres 4 à 6. Matt Wilson est chargé de la couleur. Le titre est édité aux Etats-Unis chez Image comics et en France chez Delcourt en 2020.

Il y a trente ans, les Etats-Unis ont brutalement fermé leurs frontières sans aucune explication et se sont entièrement coupés du monde extérieur. Personne ne sait ce qui se passe derrière les hautes murailles et les brouilleurs installés dans le pays. Le reste du monde, divisé en deux blocs, est aux prises avec une pandémie qui décime la population : le virus azur pour lequel aucun traitement n’existe. C’est dans cette période troublée que le monde reçoit un message de l’Amérique proposant une rencontre et un traitement contre le virus…

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Une pandémie qui décime la planète, des Etats-Unis d’Amérique isolés derrières de hautes murailles, on se croirait presque dans la réalité avec quelques exagérations. La représentation du monde que nous proposent les auteurs est assez significative d’une représentation géopolitique très américaine. on retrouve d’un côté une alliance euro-africaine et de l’autre la zone de prospérité panasiatique. Les deux entités se détestent et se méprisent évidemment, personne ne se coordonne pour endiguer la pandémie. Un des aspects étonnants du titre est d’ailleurs le contraste entre une technologie avancée et le peu d’utilité qu’elle a au quotidien.

Alors que tout le monde se débat au quotidien, un message arrive de l’Amérique, muette depuis trente ans, invitant une délégation à pénétrer sur le territoire sous prétexte d’échanges de savoir. L’équipe choisie est évidemment une combinaison mal assortie avec des militaires aguerris courageux, des diplomates engoncés dans leur couardise et des techniciens abimés par la vie. On se doute assez vite que tout va partir en vrille et cela ne manque pas.

Le lecteur est inévitablement très intrigué par le monde imaginé par Scott Snyder et Charles Soule : quelle est leur vision d’une Amérique isolée depuis trente ans ? Je dois avouer que je m’attendais à quelque chose de plus surprenant : on a affaire à un univers qui ressemble beaucoup à celui de Mad Max avec une atmosphère malsaine et morbide qui m’a personnellement mis mal à l’aise. Le maître de la Destinée est particulièrement écœurant et Giuseppe Camuncoli sait magnifiquement rendre l’aspect sadique du personnage. Les Etats-Unis se sont morcelés en plusieurs factions ou entités et aucune n’a l’air très rassurante pour l’instant y compris la figure de l’Oncle Sam qui apparaît tout au long du récit. Oncle Sam conserve sous la plume de Snyder et Soule son aspect mobilisateur mais les auteurs lui confèrent également un caractère sectaire qui n’est pas plus rassurant que le sadisme du maître de la Destinée. Tous les deux beuglent la même devise : « vivre libre ou mourir » tout en aliénant leur entourage.

Quant au groupe envoyé en Amérique, il est composé de personnalités intéressantes : des génies à l’esprit fragile, un médecin altruiste jusqu’au sacrifice personnel, un militaire à l’honneur sans faille, une informaticienne ingénieuse et un traître évidemment parce qu’il en faut un, même si le doute est permis sur ses intentions. Les diplomates des deux zones rivales sont de vraies caricatures, l’un des deux est un couard imbu de lui même et l’autre est une femme rigide. Si cette équipe est assez classique dans sa composition, les personnages sont bien écrits et les interactions fonctionnent plutôt bien.

Si le scénario est plaisant bien que parfois confus, le grand point fort du titre est, à mon sens, l’univers graphique de Giuseppe Camuncoli. J’aimais déjà beaucoup cet artiste sur ses titres plus mainstream mais je trouve que son talent explose vraiment sur Undiscovered Country. Aussi doué pour planter des décors et un univers apocalyptique que pour caractériser ses personnages, Camuncoli est vraiment le grand artiste de ce récit. Rien que pour ses planches, il faut lire Undiscovered Country !

Alors, convaincus ?

Dans le genre dystopique, Undiscovered Country est un titre efficace qui se lit avec plaisir, même si on se demande parfois où les deux scénaristes veulent nous emmener. L’univers décrit dans cette dystopie est parfois un peu dérangeant ou ressemble à des choses connues – on ne peut que penser à Mad Max en lisant ce titre – mais cette lecture vaut vraiment le coup, ne serait-ce que pour le talent de Giuseppe Camuncoli et pour la vision d’une Amérique isolationniste et divisée qui nous rappelle parfois notre réalité.

Sonia Dollinger

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