[review] House of X/ Power of X 3

Que l’attente fût longue après la révélation du tome 2 !!!! J’ai lu la troisième partie de cette fantastique relance d’une traite même si je suis un peu en retard dans la rédaction des reviews alors que Dawn of X est en cours.

Un résumé pour la route

Ce volume rassemble les épisodes 3 à 5 d’House of X et 4 de Power of X. Comme pour les épisodes précédents, le scénariste des deux séries est Jonathan Hickman (Black Monday MurdersThe Dying and the dead) et le coloriste est Marte Gracia. Le dessinateur d’House of X est Pepe Larraz (ExterminationAvengers) alors que celui de Power of X est R.B. Silva (X-Men BlueSuperboy). Ces épisodes sont sortis aux États-Unis chez Marvel entre octobre et décembre 2019 et puis en France en août 2020 chez Panini comics.

Sur l’île Krakoa, Xavier propose aux nations de reconnaître ce refuge pour mutants comme un État souverain. En échange, les humains pourront profiter des bienfaits apportés par l’île dans le présent utopique d’House of X. Le précédent volume a apporté une révélation majeure : le professeur Moira MacTaggert est une mutante capable de revivre sa vie onze fois. Elle n’a eu de cesse de sauver son peuple en secret… sans succès pour l’instant. Dans le futur proche de Powers of X, les mutants ont fui pour migrer dans l’empire Shi-ar. Sur Terre, Apocalypse accompagné de quatre chevaliers a mené pour les X-Men une mission suicide dans les Archives des sentinelles. Avec les informations trouvées, Wolverine les a implantées dans le corps de Moira avant de la tuer pour qu’elle revienne dans le présent. Dans un futur lointain, une élite vient accueillir les phalanx, une entité techno-organique, pour assimilation de la Terre. 

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Avec House of X, une grande partie du volume se passe dans le présent. Scott part en mission suicide avec une équipe neuve et hétéroclite : Jean Grey, Diablo, Wolverine, Archangel mais aussi Mystique, Husk et Monet Ste-Croix. Cette attaque est prenante et très surprenante car tous les héros meurent, même des personnages majeurs mais cela ne dure pas… Cette partie m’a permis aussi de voir le lien entre ce présent positif et le futur sombre. Avant de mourir, le Moule matrice considère que les êtres humains sont devenus des dieux et les mutants des titans, leurs enfants dégénérés. Il considère donc que l’humanité est aussi mauvaise et planifie de l’exterminer. Le texte du scénariste précise ce que j’ai écrit la dernière fois : certes le progrès est inéluctable mais l’apparition d’un Nemrod peut être empêché. Par ailleurs, ce discours est un exemple des nombreuses références à la mythologie : l’Olympe, Achille, le nom de la prison pour les pires super-vilains rappelle le héros de l’Iliade.

Malgré l’épisode quatre centré sur l’action, les deux séries tournent surtout autour des projets sur Krakoa. Tout se passe (trop) bien et l’idéalisme des X-Men bascule dans l’apartheid. Ce communautarisme est poussé jusqu’au bout avec une langue mutante implantée par les télépathes à chaque nouveau en arrivant sur l’île. J’adore ces inventions techno-organiques sur Krakoa : une fleur géante sur la lune permet à l’équipe de Cyclope de démarrer hors de l’atmosphère terrestre. Xavier est redevenu le stratège et le père de tous mais, contrairement à ce que je pensais avant, il n’est pas l’unique chef car il travaille à égalité avec Magnéto. Avec ces deux pères du renouveau mutant, on retrouve le paternalisme du début des X-Men. Ils parlent à Scott comme à leur fils… ou à leur disciple ? Ces relations familiales se retrouvent entre la reine blanche et les sœurs Cuckoos. Cette vaste union mutante devient religieuse quand le contact télépathique est vu comme une communion. Tornade présente les mutants revenus de mission comme des apôtres – « aimez-les […] les voyez-vous ? » – puis les mutants les touchent comme des saints. Tornade retrouve ici sa fonction de déesse. Sa prétention si inhumaine me fait peur car elle paraît contrôler la foule de mutants par son discours.

Assez logiquement avec ce projet génétique, Sinistre arrive et j’étais bien heureux que cela ne soit plus sa ridicule version féminine croisée dans X-Men Blue. Il a été recruté par Magneto et Xavier pour faire un inventaire complet du gène mutant – on peut même comprendre que ce choix s’explique par une collection génétique qu’il avait dans sa base dans les années 1990. Cependant, ce personnage change le ton de la série et prouve qu’Hickman peut être drôle. Sinistre s’est fabriqué un ensemble de clones avec des personnalités différentes dont le très drôle gardien de l’île qui parle comme le physionomiste d’une boîte de nuit. Ce ton méprisant ne peut durer face à Magneto… Autrefois, un personnage inquiétant, Sinistre est ici un bouffon.

Étant donné que la Reine blanche a aussi rejoint le projet, n’existe-t-il plus aucun super-vilain ? Ou alors ce sont les X-Men leurs propres ennemis ? En effet, Xavier se réjouit qu’Emma ait manipulé mentalement l’ambassadeur russe à l’ONU. De plus, les États ayant refusé ce traité sont considérés comme ennemis, on peut penser à la liste des « États voyous » de Bush Jr. La fin du volume semble le confirmer et démontrer qu’Hickman bascule la frontière entre le bien et le mal : l’ensemble des ennemis se soumettent et rejoignent le projet après un serment de fidélité. Une frontière morale ne traverse plus les mutants en deux groupes (les bons et les mauvais) mais tous les mutant sont associés contre des humains racistes. Cette limite devient stratégique et, pour moi, les X-Men ne sont plus des héros. On retrouve certes un débat classique entre les héros sur les civils collaborant à un projet d’extermination de mutants : Cyclope obéît aux ordres – bien qu’il se soit émancipé depuis plusieurs années –, Jean refuse de sacrifier ces scientifiques innocents alors que pour Wolverine ce sont des soldats. Cependant, les plus radicaux sont les humains comme le prouve le sacrifice d’Erasmus pour empêcher les mutants de détruire le moule matrice. De plus, On croit voir se réaliser la théorie raciste de Magneto quand le Département d’État américain déclare que tous les habitants de Krakoa sont membres du corps diplomatique. Cela propulse les mutants au-delà de la justice des humains et ils deviennent de facto des êtres supérieurs. En évoquant une nouvelle loi fédérale des douze coups, le scénariste adresse une critique au système judiciaire américain : en cas de récidive, un accusé peut-il être condamné à mort pour une participation ou sans tout savoir ?

Des discussions avec d’autres passionnés m’ont aussi fait réfléchir sur ma vision de Krakoa et je me permets de reprendre leurs apports. L’île n’est pas une réussite mais un cauchemar total. Tout a l’air angélique mais, en réalité, il est opposé à la nature même des X-Men. Ma gêne vis-à-vis de ce projet n’est pas un défaut du récit car ce projet nous donne un sentiment de trahison. Des personnages jusque-là considérés comme des parias jouant aux héros envers et contre tout ne sont plus des « gentils » puisqu’ils n’ont pas peur de mettre en place un rapport de force avec les humains et qu’ils ne veulent plus mettre leurs services à disposition gratuitement. Ce ne sont pas non plus des « méchants » à la manière du Magnéto « classique ». Cette absence de manichéisme – trop rare dans les comics de super héros – représente plus fidèlement la réalité.

Les compléments à chaque volume modifient la lecture et enrichissent la compréhension. Parfois, c’est un simple clin d’œil pour le fan comme le tableau statistique des morts mutants lors des précédents events. Dans le texte sur le cycle Oméga, on voit comment, dans le futur un hôte, un humain infecté est progressivement remplacé par la machine. Après la liste des intelligences artificielles du tome précédent, on a la liste des sentinelles. Étrangement, Nemrod est le plus puissant. En effet, le scénariste s’approprie totalement le passé des mutants mais il modifie aussi constamment le présent. Un texte résume tout ce qui s’est passé depuis le début de la série mais en intégrant désormais la nouvelle révélation du pouvoir de réincarnation de Moira X. Il y a également la revue du Diamant rouge qui compile les rumeurs récoltées par Sinistre. C’est sympathique mais très crypté pour le néophyte : le texte fait référence au phénix de 1979, à Cyclope des années 1980 etc. Des parties me restent encore obscures comme cette ligne Heller-Faust et le futur lointain. Ce jugement de l’humanité pour être intégré à la phalanx me semble totalement déconnecté du reste. Ce n’est pas désagréable mais quel est l’enjeu ? 

Hickman continue à créer – en la bouleversant – une encyclopédie du monde mutant. Il a l’ambition de reprendre une grande partie des mutants de Jean Grey à Trinary. Le scénariste utilise de manière très originale le pouvoir de Doug Ramsey, nouveau mutant trop souvent délaissé. Il a créé la langue mutante et est le seul à comprendre Krakoa. Ce passage introduit aussi Swords of X, le futur crossover.  Monet redevient M le monstre de Generation X. Pour expliquer les résurrections, Hickman refaçonne complètement des personnages secondaires pour en faire des personnages majeurs dans le plan de Xavier : ces Cinq vivent tout le temps en symbiose et sont vénérés dans la communauté comme des parangons culturels. Fabio Medina, Boule d’or qui me faisait rire dans le run de Bendis change ici d’ampleur. Ses boules sont des œufs, Proteus les modifie, Elixir lance la duplication cellulaire, Eva Bell accélère le temps et Hope rassemble tout ce groupe pour créer de l’harmonie dans une danse magique. Il ne reste plus qu’à y introduire les âmes stockées par Cérébro. On comprend alors la première image et la nouvelle tenue de Xavier. Je suis encore surpris par la capacité du scénariste à réutiliser des personnages si nombreux et parfois obscurs comme Karima Shapandar d’X-Men Red qui a rejoint le camp des humains. Le scénariste connaît très bien les personnages et sait les écrire mais voulant multiplier les mutants, il n’approfondit pour l’instant pas leur évolution– Hickman est un scénariste conceptuel plus que psychologique. 

A l’image du scénario, le dessin est tout aussi excellent. Visuellement, Pepe Larraz est souvent original : ces amusants écrans au-dessus de fruits, sa superbe réinvention du Blackbird. Il n’hésite pas montrer la violence comme cette scène gore dans un coin de case où on voit un moignon dégoulinant de sang. C’est tout ce qu’il reste du bras de Wolverine. Il rend Xavier très inquiétant : son sourire m’a fait penser au Joker puis à un dictateur quand il relève les nouveaux X-Men. R.B. Silva n’est souvent pas en reste par le superbe design de l’île de Sinistre : un ensemble de cristaux incandescent s’élevant vers le ciel. Dans une case, Xavier porte la même tenue coloniale que sa jumelle maléfique. Est-ce indice ?

Alors, convaincus ?

House of X/Power of X est de loin le meilleur récit d’Hickman à ce jour car il arrive à tout faire : multiplier les personnages, saisir les enjeux de chacun tout en les projetant bien plus haut, créer une construction narrative complexe qui progressivement fait sens. Le scénario me déstabilise encore car son projet me fait souvent peur : le séparatisme des mutants, les résurrections faciles. Il fait tout ce que je n’aime pas avec les X-Men (de nombreux personnages, un récit centré sur l’action et sans relation humaine…) mais pourtant il me passionne car il multiplie les bons cliffhanger.

Thomas Savidan

3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Salut Thomas! Attaquant Dawn of X, évidemment, le souffle épique retombe, mais du coup je m’y retrouve dans ce très bon article. J’aurai quand même toujours du mal avec ce traitement un peu trop froid de Hickman, mais clairement, HoX/PoX est une pièce maîtresse de Marvel… J’espère qu’elle le restera, en tant que source pour la suite, durablement, et qu’il n’y aura pas les habituels reboot mercantiles. Très bon réveillon à toi, et merci pour ces articles fréquemment impeccables!

    Aimé par 1 personne

  2. thomassavidan dit :

    Tout d’abord merci beaucoup pour tes très gentils compliments. Je suis d’accord qu’Hickman est plus dans le concept que dans les personnages mais cette fois-ci cela fonctionne très bien. Je suis en pleine lecture de Dawn of X avant de futurs articles et, bien entendu qu’avec la multiplication des séries, c’est inégal mais cela reste bien plus intéressant que les séries précédentes d’autant plus que tout n’est pas fini.

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