[review] D-Day le jour du désastre

Et si ?… Combien de personnes se sont posées un jour cette question, et si ?

Et si votre belle-mère ne ressemblait pas à un phacochère bouffi répandant des effluves de gymnase ? Ne mentez pas, ça vous a déjà traversé l’esprit ! Ou plus fou encore : et si Dédé le boucher arrêtait de se curer les cavités nasales avec les knackies qui lui servent de doigts, est-ce que son otorhino aurait toujours besoin de son matos de spéléo ? De l’imaginaire à l’infini qui peut conduire loin, jusqu’à envisager l’histoire officielle autrement ! Et si, l’uchronie !

Et si les nazis avaient gagné, classique me direz-vous. Mais s’ils avaient vaincu les alliés avec l’aide des divinités scandinaves ! C’est le postulat de base de « D-day le jour du désastre ».

Was ist das ?

Dans les ruines d’un temple, sur une colline d’Asgard, un échanson des dieux se souvient de l’image d’un homme qui l’a marqué à jamais alors qu’il était enfant. Un soldat qui, avec ses compagnons, avait traversé un océan glacial dans des cercueils sous-marins. À leurs côtés et pour les guider, un traitre parmi les Ases qui leur avait promis une dernière chance de vaincre les dieux et leurs alliés nazis. Oui, Loki leur avait promis une mort glorieuse pour que l’espoir persiste et c’est précisément ce qui manquait aux alliés : de l’espoir ! Depuis ce jour funeste du D-Day : le jour du désastre ! Tout ce que les forces de la liberté comptaient d’hommes avait été jeté dans la plus grande opération militaire de l’histoire afin de créer une tête de pont en France par un débarquement massif. Mais la flotte et les aéronefs ne parvinrent jamais sur les côtes normandes, des cyclones par centaines détruisirent les armées dans leur quasi-totalité relançant le cours de la guerre au bénéfice des nazis ! Et depuis, tout allait de mal en pis. En cette année 1962, ne restait plus que l’Amérique comme terre de liberté et bientôt, si la mission échouait, elle tomberait à son tour sous les coups de ces dieux guerriers et des monstres fascistes qui les avaient invoqués !

Oui, l’échanson se souvenait de ce temps d’avant où les hommes se battaient désespérément dans une guerre qu’ils ne pouvaient pas gagner et des sacrifices auxquels ils consentirent en défiant Odin et les siens, juste pour une once d’espoir !

Vingt ans plus tard, les hommes ont été vaincus mais ce sont désormais les dieux de toutes les mythologies qui se battent entre eux avec des armées humaines au travers du monde ! Mais qu’est-ce qui a pu les amener à prendre corps dans notre monde et pourquoi sèment-ils la mort partout sur le globe !

Le combat des dieux

J’ai découvert ce comic édité en France par les Humanoïdes associés sans en avoir jamais entendu parler et complètement par hasard un jour de juillet 2004 dans une librairie de La Rochelle, en bref des conditions totalement improbables. Et ce fut une belle gifle !

Bon, il faut dire que je suis client des uchronies à fond , Le maître du Haut château de Philip K. Dick est un de mes livres de chevet alors imaginez bien que d’ajouter la mythologie nordique et toute sa magie à la victoire des nazis, c’était l’extase. Mais ce récit va bien plus loin qu’un simple orgasme geek ! En fait, David Brin est un auteur d’anticipation plusieurs fois récompensé par des prix de prestige (Hugo et Nebula pour son cycle de l’élévation) et cela se ressent dans le texte par son foisonnement et sa profusion. Il nous offre ici une vision particulière de la motivation des nazis, au-delà du concept fasciste, en passant par une forme de nécromancie divine. On sait qu’Hitler et ses sbires avaient une certaine fascination pour l’ésotérisme, Himmler et Hess avaient même organisé des expéditions et recherches mystiques ancrées dans le pangermanisme ! C’est bien cet aspect des choses que l’auteur exploite ici avec un « Et si » on ne peut plus intéressant, le « Et s’ils avaient réussi ». Le parti pris de nous montrer l’évolution de ce monde où les dieux ont pris corps et donc ont finalement envahi notre réalité est brillant et tellement intelligent.

Pour aller un peu plus loin et sans vous révéler trop d’éléments, c’est aussi finalement une allégorie qui met en avant le fait que finalement c’est l’humanité elle-même qui crée ses propres symboles, ses propres divinités et qu’il faut peu de choses pour que ceux-ci ne deviennent des démons pour terminer par être les architectes de la destruction des hommes. Le coup de maître du scénariste est de déborder sur les autres mythologies et d’en profiter pour placer plusieurs messages notamment écologiques.

En matière de dessin, Scott Hampton offre des planches superbes avec un réalisme très dynamique. L’artiste est un peintre et son travail s’en ressent avec une qualité graphique tout à fait appréciable à plus forte raison parce que le récit qu’il illustre lui offre une possibilité d’expression énorme et variée. C’est donc une franche réussite et une caresse à l’œil !

Pour en finir

Ce « D-Day, le jour du désastre » m’est tombé dessus comme un coït le mercredi après-midi quand les enfants sont dans le jardin ! De l’inattendu tout à fait jouissif. Ce qu’il y a de meilleur quand on lit ce genre de récit c’est quand on peut y trouver autant d’action, de dynamisme mais aussi de la réflexion et c’est très précisément le cas avec ce comic que j’estime vraiment très injustement méconnu ! Alors « Et si » vous sautiez dessus !

Dragnir

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