[review] Walking Dead: l’étranger

Il y a des moments qu’on aimerait voir s’achever le plus rapidement possible. Quand l’anesthésie s’arrête avant la fin de la coloscopie par exemple ou encore lorsque tu refermes précipitamment la braguette de ton falzar en n’ayant pas rentré la paille dans la grange ! Et puis il y a ces plaisirs, à chaque fois renouvelés et dont on voudrait qu’ils soient éternels comme la série TV « Des jours et des vies» et ses 14 000 épisodes (true fact!). Ces petits instants d’éternité comme quand ma coiffeuse Josiane colle son 120 D sur le creux de ma nuque me déplaçant du même coup les vertèbres cervicales pour coiffer mes trois survivants capillaires… Mais je m’égare.

Parmi les choses que j’aimerais ne jamais voir finir, il y le monument Walking Dead ! Alors que Delcourt nous rajoute non pas un mais deux petits digestifs à un repas déjà bien copieux car oui nous avons bel et bien deux récits dans ce pack, moi je dis qu’ils font les choses bien !

Qu’est-ce qu’on mange ?

Nous sommes à Barcelone alors que débute l’apocalypse mort-vivant ! Un homme dort en haut d’un échafaudage quand il entend un hurlement déchirant la nuit ! En contrebas, dans la rue, un jeune garçon est poursuivi par une horde d’individus qui ne semble pas avoir les meilleures motivations du monde. Voulant prêter assistance au fugitif, le squatter de façade dégringole jusqu’à la ruelle où il se trouve nez à nez avec un cadavre animé ! Fort heureusement pour lui, une hallebarde vient empaler son agresseur et lui sauve du même coup la vie ! Son ange gardien n’est autre qu’une femme dotée d’une cuirasse médiévale et juchée sur un scooter! Malgré la barrière de la langue, car le rescapé ne pratique pas l’espagnol étant américain, ils fuient tous deux échappant à un festin dont ils auraient fait les frais. La belle Claudia va alors proposer à celui qui déclare se nommer Jeff de s’échapper de ce piège qu’est devenue la capitale catalane pour tenter de rejoindre les USA !

La deuxième histoire, quant à elle, revient en terre connue puisque nous retrouvons ce bon vieux Negan. Cet immonde salopard s’affaire à rendre hommage à sa Lucille qu’il a enterrée, il y a peu. Pour autant, il a l’étrange sensation d’être observé et ce doute va être confirmé par l’apparition d’une jeune et jolie femme qui vient lui réclamer sa protection. Mais chacun sait que dans ce drôle de monde, les apparences peuvent être trompeuses.

Comment survit-on sur Comics have the Power ?

C’est avec un regard bienveillant à la fois pour la série mais aussi pour l’auteur de ce Walking dead : l’étranger que j’ai ouvert ce ou plutôt ces recueils. En tant que fan de la première heure de l’œuvre de Kirkman, je ne pouvais que me réjouir de voir une histoire se déroulant en Europe quand bien même ce ne devait qu’un récit court et unique. En vérité, j’appelais de mes vœux que cette fin du monde s’internationalise étant fort curieux du sort qui nous était réservé sur le vieux continent et surtout de voir comment nous y faisions face. Bon de ce côté, je dois avouer que je reste carrément sur ma faim même si ça ne change rien à la qualité du récit. Le fait est que ces événements pourraient se dérouler n’importe où, que ça ne changerait pas grand-chose. Mais il n’en demeure pas moins que la narration est plaisante et l’on ne pouvait pas en attendre moins de Brian K Vaughan ! L’auteur est, rappelons-le, le premier à écrire du Walking Dead en lieu et place du créateur Robert Kirkman. Aussi court que soit ce one shot, Vaughan fait la démonstration de son savoir-faire et parvient en quelques pages à rendre les personnages attachants mais aussi à faire naître cette angoisse apocalyptique et le désespoir propre à cette série ! De plus, il se permet même des surprises scénaristiques vraiment bienvenues. Il est accompagné ici par le régional de l’étape en la personne de Marcos Martin aux illustrations. Le dessinateur espagnol, détenteur avec Mark Waid d’un Eisner Award pour sa série Daredevil, reprend les codes graphiques de Charlie Adlard et nous sommes bel et bien face à du Walking Dead avec ses zombies aux dentitions éclatantes de blancheur sur le fond noir de leurs morphologies. Ceci dit, l’artiste impose malgré tout sa propre patte et se démarque malgré tout des dessins d’origine. On notera qu’il excelle à représenter les architectures barcelonnaises que l’on reconnait vraiment au premier coup d’œil. Une belle association scénariste/ dessinateur donc qui avait déjà très bien fonctionné sur the Private Eye elle aussi récompensé d’un Eisner Award.

Le deuxième fascicule, le retour de Negan, est quant à lui assuré par le duo habituel Kirkman /Adlard et si le fait de voir encore Negan et d’approfondir encore le personnage est toujours plaisant, le résultat est somme tout assez « classique » en tout cas selon les critères de cet univers. Du plaisir indéniablement mais rien de transcendant.

Mais revenons un peu sur l’édition en elle-même et j’entends déjà dans le fond de twitter et facebook quelques couinements. Delcourt nous propose une version cartonnée du comic écrit par Vaughan/ Martin et voilà t’y pas que les amateurs de bibliothèque uniforme et rangée en « rang par deux je ne veux voir qu’une tête » grincent des dents ! Sachez d’abord que l’éditeur français a décidé de reprendre la version cartonnée US c’est à dire la plus récente parue. C’est un choix !

Mais je crois entendre aussi les porte-monnaie grincer car et je cite « 50 pages pour 13 balles c’est plus cher qu’une passe dans le quartier rouge d’Amsterdam » . Alors de un déjà , la misère sexuelle c’est pas beau , de deux Delcourt nous ajoute un sketch book qui comprend les recherches de personnages, le découpage des planches et les croquis pour les couvertures de Marcos. Et puis, il y a ce deuxième fascicule en souple sur Negan qui compte 26 pages. Si l’on prend l’ensemble, Delcourt ne vole personne avec ce nouvel opus qui d’ailleurs n’est pas essentiel pour qui veut avoir la trame principale au complet. Bien sur, l’éditeur exploite le filon jusqu’au bout mais peut-on lui reprocher surtout quand il permet aux fans de prolonger le plaisir ?

C’est nous les mort-vivants !

Soyons clair, nous sommes face à du matériel qui comblera les fans absolus de cet univers mais pour ce qui est du lecteur occasionnel , l’ouvrage ne sera qu’une curiosité qui peut être lue totalement indépendamment de la série principale. L’histoire reste cependant tout à fait respectueuse de l’univers et fort agréable. Et comme dirait mon Tonton Jojo à la fin du repas : « on va pas repartir sur trois pattes, fait péter le calva !! »

Dragnir

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