[review] The Crow

Partons du principe que toi, lecteur téméraire , tu sois heureux comme un pape .

Mais quand je dis heureux, je veux dire que la veille t’a gagné une blinde en jouant au casino ( l’établissement de jeux hein, pas la cafétéria self-service qui pratique des tarifs qui t’obligent à vendre un rein et te ruine les intestins) puis t’as réussi à te brancher la créature de tes rêves que tu as ramenée dans une voiture de sport que Pizza Presto vient de t’offrir pour 10 pizzas achetées. Donc en gros, t’as une cacahuète olympique et tu pètes le feu tel Chuck Norris après un suppositoire à la nitroglycérine et aux piments d’Espelette.

Bon bah même là, fais gaffe, parce que ma lecture du soir va te ruiner le moral comme sept heures consécutives de « petite maison dans la prairie ». Putain Charles et sa tenue de nuit avec le petit carré boutonné au niveau du cul pour aller faire le popo nocturne dans un bol en faïence ça m’a toujours collé le noyau de la cerise à l’air moi.

Donc parlons d’un monument de tristesse, d’une ode à la déprime, parlons de The Crow de James O’Barr.

 Alors d’abord évacuons les références au film avec Brandon Lee qui bien qu’étant un bon fight gun est à l’œuvre originale ce que BFM Tv est à l’impartialité journalistique. Même si Alex Proyas avait fait l’effort de proposer une esthétique sombre et proche du comic, les libertés avec le scénario d’origine sont légion.

Donc si vous avez vu le film ne pensez pas que rien ne sert de lire le livre. Je ne crois rien vous apprendre en vous disant que les œuvres originales sont toujours mieux ou presque exception faite de mon cousin Jean-Kévin qui pourrait pas être pire si on faisait une autre version du bousin vu que le gars a le quotient intellectuel d’un pétoncle qui sèche au soleil. Mais je m’égare.

Qu’en est-il de l’histoire

Parlons de l’œuvre en elle-même et là ça va plus rigoler longtemps. L’histoire est terrible de simplicité : Il s’agit d’une vengeance d’outre-tombe.

Pourtant, le corbeau lui avait dit de ne pas regarder. Mais Eric Draven a tout vu. Il a vu des monstres ordinaires souiller son amour et la tuer. Il a vu l’ignominie de ceux dont le quotidien est la dépravation. Il a vu qu’en cet instant, il avait perdu bien plus que la vie. Alors le sombre volatile convoyeur d’âme vers l’au-delà l’a laissé revenir pour assouvir son implacable revanche, sa terrible vengeance. Tout au long du récit, on plongera dans un tourbillon de violence ou la haine de ce qu’il faut bien appeler un fantôme s’exercera face à quiconque se mettra entre lui et ses proies.  Mais toute cette rage ne le conduit pas à l’apaisement et c’est bien la triste cruauté de l’absence qui vient persécuter l’âme torturée.

Car elle n’est plus là et ni l’odeur de la poudre ni le sang de ceux qui furent leurs tortionnaires n’apaise cette horreur ultime du vide. De cette certitude que rien ne reste que le souvenir entaché de cette mort injuste et gratuite.

Et c’est dans cette danse funèbre qui laisse à chaque pas un cadavre de plus que sous les coups d’archer meurtrier de ce violoniste fantomatique va se jouer la trame du désespoir d’une  âme que le destin aveugle a condamné à une souffrance éternelle : Celle de  l’absence !

Alors oui le pitch semble convenu mais je puis vous jurer que nous sommes face à une œuvre majeure, sombre, triste, violente  et gothique. L’auteur alterne les phases de décors urbains sales, étouffants et peuplés des monstres du quotidien avec des chapitres oniriques où le « héros » est confronté au cauchemar de sa douleur. Et aucune de ses deux parties n’apporte le repos au fantôme ou au lecteur. La monstruosité est partout : dans les hommes, sans foi ni loi mais qui ne sont en fait que le reflet de cette société fétide où l’inacceptable devient la norme. Dans la violence quotidienne qui frappe au cœur même des familles quand une toxico laisse dans la rue une petite fille sans espoir et sans avenir. Mais le monstre ultime celui que n’arrivera jamais à vaincre le spectre c’est bel et bien l’horrible souffrance de la disparition.

Ce Qu’on en pense sur Comics have the Power

Je vous l’avais dit que ça rigolait plus !

James O’Barr réussit un tour de force en déposant dans ses pages sa propre douleur. En effet c’est la mort de sa petite amie dans un accident de voiture causé par un chauffard qui va inspirer à l’auteur cette œuvre. Il écrit là un poème plein de violence et de fureur mais dont la base reste et demeure sa peine insondable. Les références sont nombreuses et il cite entre les chapitres à la fois Villon ou Baudelaire mais aussi The Cure et Joy Division laissant planer sur l’œuvre un ombre mélancolique.  Au niveau graphique est-il nécessaire de vous dire que le récit est intégralement en noir et blanc. Deux styles s’opposent pour autant, lors des chapitres oniriques, le trait est doux, rond tout en nuances de gris alors que les phases urbaines présentent un noir et blanc tranché sans déclinaison ou presque, témoins de la violence du milieu que cela représente.

C’est le premier comic de chez Caliber comics que j’ai acheté en VO en 1991 et malgré ses presque 30 ans, le livre n’a pas pris une ride ni dans le texte ni dans le dessin. Mes biens chers camarades nous sommes face à une œuvre intemporelle ! « The Crow » fait l’objet d’une adaptation VF chez Disjoncteur avant de reparaître il y a quelques années en édition définitive chez Delcourt. Il y a eu aussi quelques autres textes sur la base du mythe du corbeau mais peu ont atteint un niveau de qualité équivalant à l’œuvre originelle.

Soyons clair « The Crow » est un classique ! Ce livre est à la poésie et à la mélancolie ce que « V pour Vendetta » est à la politique et à la subversion. C’est une claque graphique monumentale que le temps n’a pas atteinte et donc, vous l’aurez compris c’est un ouvrage à posséder et à exhiber sur les étagères de votre bibliothèque.

Dragnir

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s