[review] Fantastic Four : Grand design

Nous vous présentons ici un premier article à quatre voix, les Fantastic Four le méritaient bien !

L’avis de Thomas « Johnny Storm » Savidan

C’est à nouveau un élément assez négligeable qui m’a poussé à la lecture : le format assez unique de ce volume. Pipe au bec et bien installé dans mon canapé, j’ai ouvert ce livre au format d’un journal pour découvrir l’histoire des Fantastic Four.

Un résumé pour la route

Ce volume compile les longs épisodes un et deux de la série Fantastic Four Grand design scénarisée et dessinée par Tom Scioli (Godland, The Transformers vs. G.I. Joe) de 2019 ainsi que Fantastic Four 51 de juin 1966 par Stan Lee (Hulk, Silver Surfer) et Jack Kirby (Le Quatrième Monde, X-Men). Cependant, cet épisode a été recolorisé par Ed Piskor (Hip Hop Familly Tree, X-Men : Grand Design). Ces titres ont été publiés par Marvel aux États-Unis et en France par Panini comics en septembre 2020.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Fantastic Four : Grand Design est le prolongement des trois volumes sur X-Men mais Marvel a recruté un auteur différent pour raconter l’histoire de la famille la plus célèbre de super-héros. Cette collection est aussi originale par son format que par son propos. Proche d’un journal, ces grandes pages empêchent de regarder l’ensemble d’un regard mais poussent les yeux à se déplacer et offrent des ressources décuplées pour la mise en page. J’ai aussi apprécié la texture du livre qui imite un journal jauni. C’est certes un détail d’édition mais c’est très agréable. Pour le propos, Marvel confie à un artiste underground les clefs d’une série ancienne, à charge pour lui de résumer seul l’histoire d’une série veille de plusieurs dizaines d’années.

Connaissant très mal la série d’origine, j’ai, au départ, pensé que Sciolli modifiait les origines des Fantastic Four. Tout débute par l’accident d’une navette spatiale. Les rayons cosmiques ravagent les corps de trois hommes et une femme. Cependant, ce ne sont pas les FF mais Galactus sauvé ensuite par le Gardien. L’auteur fait le choix de commencer par les interventions des FF sur le passé avant de raconter les origines des super-héros. On revient au début de l’humanité quand les Célestes ont façonné trois groupes : les humains, les déviants et les éternels. On assiste à l’arrivée des Kree qui, par leurs expériences génétiques créent les Inhumains. Scioli nous propose en condensé ces différentes genèses de Kirby et Lee en gardant l’empreinte biblique : on assiste à une apocalypse par des dieux en colère puis à la renaissance de l’humanité. En quelques cases, on passe ensuite de l’Égypte antique pour voir comment les FF sont intervenus dans contre Ram-Tut à l’Angleterre médiévale avec Merlin. Ce prologue est perturbant car on parcourt le temps et l’espace. Le fan est comblé mais le néophyte est perdu – peut-être volontairement pour monter l’univers foisonnant créé par Kirby et Lee – malgré les annotations en fin de volume. Sciolli présente par une page des personnages secondaires – Namor, Black Panther et Fatalis – puis après seulement chaque membre des FF. L’histoire intègre les réécritures successives des origines. J’ai découvert le père de Reed, passionné par l’histoire secrète du monde.

Fantastic Four Grand design devient bien plus intéressant quand on le lit comme une interprétation de ce passé. Tom Scioli fait le tri dans cette série mythique et le lecteur pénètre dans son âme découvrant ses cases ou ses pages préférées. Il propose des histoires mythiques – le premier combat contre Namor – ou plus anecdotiques – comment le prince des mers est devenu un producteur de cinéma. Il n’hésite pas à consacrer une seule case à une aventure mineure puis plusieurs pages à une autre. J’ai eu l’impression qu’il reprenait une grande partie des pages consacrées aux Inhumains puis l’attaque de Galactus. On peut suivre les épisodes même sans avoir besoin de l’original. Le fan reconnaît des planches mais tout est bouleversé par une mise en page différente. J’ai également été surpris par la place importante de Warlock. Globalement, il y a beaucoup de pages sur les récits spatiaux et moins sur les ennemis terriens. Par tous ces choix, l’auteur propose un rythme différent qui explique pourquoi ma lecture a été perturbée. C’est ainsi la blague récurrente sur le gang de Yancy Street qui piège la Chose revenant comme le refrain d’une chanson. S’il reprend le vocabulaire pseudo-scientifique créé par Lee, l’auteur bénéficie d’une liberté car le récit devient parfois ironique dans les dialogues. Il laisse aussi des éléments terriblement kitsch : le Pantherion est un robot géant wakandais composé de panthères de différentes couleurs à l’image des Power Rangers. Dans le dessin également, il y a un jeu sur l’anachronisme. Susan utilise un test moderne de grossesse. La fin de l’accident m’a paru modifié lorsque Ben s’énerve en comprenant que Reed est amoureux de Susan. Comme je l’ai écrit, je connais mal toute cette période des FF mais j’ai eu l’impression qu’il insiste plus sur les problèmes du couple Richards. La représentation du pouvoir de la femme invisible est très différente. Susan n’est pas un halo invisible mais une ombre lumineuse dont le lecteur voit les entrailles. J’ai trouvé le choix audacieux de garder Alicia, la compagne de La Chose afro-américaine comme dans le film.

Dès les premières pages, j’ai été marqué par un dessin très différent des canons actuels de la Maison des idées. Tom Scioli ne vise ni le réalisme photographique, ni la copie d’un cartoon mais adopte un dessin classique à la Jack Kirby. Le dessinateur ne copie pas le géant du comics car il ajoute un flou ou un inachèvement délibéré. L’encrage est aussi à peine visible. Ce style est cependant la partie qui m’a le plus gênée. Je n’ai pas été convaincu et j’ai trouvé de nombreuses cases bâclées. La troisième partie du livre est très différente car il s’agit d’un épisode mythique de Lee et Kirby – Fantastic Four 51 – mais colorisé par Piskor. La comparaison avec ce qui précède est redoutable pour Scioli. Le texte simple mais très juste reste encore très touchant. De plus, la taille et colorisation nouvelle sont passionnants. Cela modernise le récit et le rapproche du pop art.

Alors, convaincus ?

Ce grand livre m’a complètement perturbé. Il y a certes le format et le dessin mais aussi le contenu. N’ayant jamais vu ces épisodes, je n’ai par exemple rien compris à la fin de l’épisode deux. Tributaires des épisodes d’origine, Scioli n’arrive pas à pousser vers le haut ces épisodes sans doute faibles à l’origine alors que l’on est passionné par la première attaque de Galactus. Cependant, c’est aussi passionnant de voir ce qu’un auteur fait du passé : que garde-t-il et met-il en avant ? Que met-il de côté et quoi se moque-t-il ? Si on lit ce livre comme l’interprétation d’un auteur du XXIe siècle d’une série longue de plusieurs dizaines d’années, Grand Design devient alors intéressant comme l’intervention de Piskor sur Fantastic Four 51.

L’avis de Dragnir « Ben Grimm »

Rien n’est plus important que la famille… Bon à part pour tonton Jojo, l’oncle facho qu’a eu son BEP pichetroleur option gros rouge qui tache, ce qui l’a doté d’une culture qui ferait passer Nabila pour une agrégé de sciences physiques. Mais mis à part pour cet homme au coude en zinc et au cerveau en guano, la Famille, c’est la base.

Alors comprenez bien que lorsque j’ai vu annoncé un grand Design au couleur de la famille Marvel j’étais comme un représentant des pompes funèbres dans une maison de retraite de l’état de New York !! Je suis un grand fan des 4 Fantastiques depuis plus de 40 ans et donc la possibilité d’avoir cet hommage retraçant leur vie depuis le début avec ce vernis « old fashion » déjà présent dans le grand design de Piskor sur les X-Men m’enchantait au plus haut point. Et bien, mes petits loulous, mes attentes ont été assouvies et j’en ai été aussi joyeux qu’un éditorialiste de Cnews recevant la croix de guerre allemande !

Tout d’abord, par la forme bien sur. Le très grand format apporte un confort indéniable et une lisibilité on ne peut plus agréable bien qu’un peu inhabituelle pour les lecteurs de comics. Il y a en, terme graphique, des hommages très poussés aux réalisations de Kirby et même celles de Byrne tout en respectant une certaine « modernité ».Pour autant, le choix d’un fond de page coloré en sépia apporte un coté « vieux livre » qui, bien sûr, colle totalement à l’œuvre en elle même et à l’aspect historique qu’elle prétend revêtir.

Et justement parlons d’histoire. Le récit reprend la trame chronologique de ce qu’il faut bien appeler la mythologie Marvel depuis son début en y incorporant de façon on ne peut plus cohérente les aventures des habitants du Baxter Building. Comprenez donc que l’on ne commence pas par l’origine des pouvoirs de Richards et consorts mais par leur implication dans l’Histoire avec un grand H. Ce parti pris est un régal qui comble le vieux lecteur que je suis, en sera-t-il de même avec des néophytes ? Sincèrement , je ne le crois pas car il y a une certaine complexité dans les aventures des Fantastic Four et notamment concernant les va-et-vient temporels qui pourra être déconcertant. Au même titre, il y a dans presque chacune des cases une référence ou un clin d’œil aux fans aguerris mais il est fort à parier qu’un lecteur récent passera à côté et donc ne dégustera pas la substantifique moelle de ce projet.

Bien au-delà d’un comics courant, je crois qu’il s’agit bien davantage d’un objet de collection et même d’un objet d’art qui ravira les amoureux des FF et qui pourra, vu le format, être utilisé pour coller l’équivalent d’un bon coup de pelle dans la gueule de tonton Jojo pour lui faire fermer sa mouille. Double emploi donc , c’est toujours ça de pris.

L’avis de Siegfried « Reed Richards» Würtz : Fantastic Four : Middle Design

Après le succès de X-Men : Grand Design, Marvel lance un Fantastic Four : Grand Design, assurément une idée judicieuse tant la famille a d’importance dans la mythologie de la maison des idées, et tant elle a traversé d’aventures depuis 1961. Au lieu de reprendre Ed Piskor, elle a eu la jolie idée de confier ce projet à un artiste différent, marquant mieux son désir que ces Grand Design ne deviennent pas que des répétitions mercantiles et sans âme mais se dotent à chaque fois d’une personnalité propre. Et le choix de Tom Scioli faisait parfaitement sens, lui dont le style est connu pour sa ressemblance avec celui du King !

S’il se défait de son angulosité, sans doute parce que compte tenu de la longueur de l’ouvrage, l’effet de style finirait par rendre le tout assez daté, surtout au fur et à mesure que l’on s’approche du plus contemporain, il en applique les recettes pour faire ressortir le dynamisme des scènes ou illustrer des technologies complexes, bref créer un minimalisme sophistiqué, plus intemporel que le seul dessin de Kirby.

En lissant le tout, il ne retranscrit cependant pas les mutations graphiques qui ont ponctuent l’évolution du medium. Ce n’est certes pas son projet, mais en mettant à égalité le vintage et le contemporain, il peut inspirer le sentiment que le ton de ces aventures n’a pas tant changé que cela. Piskor trouvait à ce problème un remède imparable, en se réappropriant créativement cette histoire, dans un style plus « underground » que « vintage », plutôt proche de celui d’un Daniel Clowes par exemple, de sorte qu’elle gagnait une véritable seconde vie à passer sous des pinceaux inhabituels.

Il faisait ainsi régulièrement de véritables trouvailles graphiques pour témoigner de sa volonté de restituer au mieux « son » histoire des X-Men, quand Scioli semble s’enfermer dans un style de dessins, dans un style de narration et dans et un gaufrier qui empêche tout brillant. Il paraît vouloir de temps à autre faire le parti-pris de l’humour, qui serait une piste personnelle valable, mais pas de façon assez constante pour que cela dépasse réellement la reproduction de l’humour d’alors.

On reste ainsi assez strictement dans « la synthèse de X » plutôt que dans « l’histoire de X racontée par Y ». En ce sens, le volume est très agréable, et parvient effectivement à résumer rapidement des événements forts avec une grande amplitude dans sa perspective chronologique, puisqu’il commence… par la genèse de l’univers, une manière astucieuse d’inscrire sa petite famille dans un Tout infini.

Il peut arriver que l’on ne comprenne pas tout ce qu’il se passe, parce que l’idée de raconter soixante ans de comics sans séparations, sans balises, et particulièrement avec des comics parfois aussi… bizarres, ne peut donner lieu à un seul comics sans bizarreries. On pourrait en conclure que l’exercice n’est pas toujours réussi, mais je ne suis pas sûr que cela importe tant que cela. Être un peu dépassé de temps à autre prouve après tout aussi la densité du matériau, qu’il aurait été triste d’avoir l’impression d’appréhender parfaitement en si peu de pages, comme si ces soixante ans pouvaient réellement être racontés en une centaine de planches.

Aussi Fantastic Four : Grand Design n’est-il pas un comics qui se lit en totale autonomie. Il sera d’autant plus appréciable que l’on aura déjà des bases solides, permettant d’apprécier la démarche de Scioli, sa manière de narrer des événements connus, ses choix amusants dans la continuité à côté des péripéties incontournables ; ou il offrira une bonne première grille à qui voudrait ensuite se lancer sérieusement dans les aventures des Fantastic Four.

D’autant que l’on retrouvera en fin d’ouvrage des pages faisant le lien entre Grand Design et les comics de la continuité Marvel, expliquant pour chaque élément les fascicules dans lesquels il apparaît, une touche érudite propre à combler fan et néophyte curieux !

L’avis de Sonia « Sue Storm » Dollinger

Amatrice d’histoire et de comics, j’aime donc particulièrement l’histoire des comics et j’apprécié également les What if ? Avec la collection Grand Design, mes deux passions peuvent s’assouvir. Ayant été complètement bluffée par le travail d’Ed Piskor sur les X-Men, j’étais assez impatiente de voir ce que Tom Scioli allait faire avec la famille de super-héros la plus célèbres de l’univers Marvel. Sur le plan formel, le concept est le même que pour les X-Men : un grand format et un papier volontairement vieilli pour donner un côté ancien à l’ouvrage.

L’ensemble de l’ouvrage est traversé par l’admiration que Tom Scioli porte à Jack Kirby. Son style s’en inspire sans le singer, avec respect et l’auteur place des thématiques chères au King, notamment dans la naissance de la Terre. Toutefois, la première planche est avant tout une référence à la Bible : l’homme naît du sable comme Adam naquit de la glaise, la créature tend la main vers son potentiel sauveur qui se détourne avant de se raviser. Uatu le Gardien, qui est censé n’être qu’un observateur, devient le sauveur. L’auteur reprend même une citation talmudique qui prétend que sauver une vie est sauver le monde. Pourtant, lorsque Uatu achève sa tâche, il vient de donner naissance à Galactus, le dévoreur de mondes. Toute vie mérite-t-elle donc d’être sauvée ? C’est avec cette interrogation, balancée de plein fouet à son lecteur, que Tom Scioli débute son récit. On retrouve plus loin cet aspect biblique avec la naissance d’Adam Warlock au prénom ô combien symbolique.

Plus que l’histoire des Fantastic Four, l’auteur nous offre sa version de la Genèse, empruntant à la suite de Jack Kirby, les chemins des théories des Grands Anciens venus peupler le monde de différentes espèces. Le clin d’oeil au maître est même poussé jusqu’à la représentation du Devil Dinosaur parmi les grands sauriens. On passe assez vite d’une proximité biblique à un monde polythéiste où les dieux sont soit des entités cosmiques comme les Célestes ou des extra-terrestres comme les Krees. Tout au long du récit, Scioli est fasciné par l’histoire secrète avec laquelle il s’amuse. On peut y voir une moquerie bienveillante des théories complotistes dans lesquelles les Illuminati et autres aliens dirigeraient le monde et écriraient une histoire bien plus complexe que celle que nous, pauvres mortels, sommes susceptibles de percevoir.

La vie, multiple, foisonnante et parfois effrayante, pullule à chaque page : dans les océans, dans l’Egypte ancienne ou encore en Avallon. Scioli semble vouloir unir tous les mythes en un seul récit, ce qui force l’exploit mais oblige à un foisonnement parfois un peu dense qui peut risquer de perdre un lecteur néophyte. Nous parcourons l’histoire de l’Humanité avec un oeil neuf pour arriver à la période contemporaine où nous assistons à la naissance de Black Panther, Namor ou Fatalis. C’est enfin l’arrivée de nos quatre personnages principaux qui ne sont donc vus que comme de petits confettis dans un grand Tout.

Chez Scioli, les relations entre les personnages sont bien plus matures que dans les récits d’origine, époque oblige. Dans les années 1960, Sue paraît bien moins tourmentée par les différentes possibilités amoureuses qui se présentent à elle tandis que Tom Scioli peut se permettre d’insister sur ses doutes et son attirance pour le ténébreux Namor. Johnny est bien moins sûr de lui ici, Scioli en fait un adolescent instable, plus complexe que le petit whasp énervant des années 1960. Ben Grimm reste fidèle aux origines avec un caractère tonitruant et pourtant si peu sûr de lui. Scioli n’oublie pas les blagues foireuses du gang de Yancy Street si chères à Kirby. Enfin, Reed est tout aussi pénible que dans les versions antérieures et pourtant, on s’y attache toujours autant à ce savant stressé de la vie !

L’auteur se concentre beaucoup sur les relations interpersonnelles, des relations de rivalité, de haine, d’amour comme celle qui lie Crystal et Johnny ou Ben Grimm et Alicia qui, dans cette version, est une jeune femme noire dont le cœur balance entre la Chose et le Silver Surfer. Les relations parents / enfants sont également assez développées et démontrent qu’un parent est avant tout un être humain et ne doit pas être idéalisé. C’est le cas du père d’Alicia ou encore de celui de Sue et Johnny. Pourtant, comme chez Lee et Kirby, Tom Scioli croît en la rédemption : un être humain a la possibilité de se racheter jusqu’à la dernière minute.

Comme dans la plupart des histoires des FF, le ton est à la fois grave sur le fond et humoristique sur la forme. De nombreuses touches d’humour parsèment le récit, même si, je trouve qu’il s’agit parfois plus de cynisme que d’humour pur. J’ai toujours trouvé que les histoires des Fantastiques étaient plutôt sombres et Tom Scioli arrive vraiment bien à rendre cette impression. C’est même étonnant de retrouver ses premières impressions de lecture, comme au premier jour ! Cette impression de malaise face aux aléas subis par les personnages est permanente, elle confère un côté mélancolique à l’histoire malgré son aspect de saga historique. Mais l’Histoire n’est-elle pas faite de bruit et de fureur ?

L’hommage de Tom Scioli le pousse à insérer dans son récit les deux créateurs des Fantastic Four, Stan Lee et Jack Kirby qui apparaissent dans leur propre rôle d’auteurs de comics sur les Fantastiques. Dans une métaphore amère, Scioli montre les deux artistes écartés du mariage de Sue et Reed qui ne les ont même pas invités. Une façon sans doute de montrer que le monde des comics peut être parfois cruel, allant jusqu’à écarter les créateurs de leurs créatures qui finissent même par les renier.

Graphiquement, le style de Tom Scioli est très – trop ? proche de celui de son maître Jack Kirby, tout en s’en détachant, notamment dans le traitement surprenant et dérangeant du pouvoir de Sue qui est, certes, invisible, mais dont le lecteur voit tout le squelette grimaçant. Est-ce une façon d’inverser le caractère lisse et glamour du personnage des origines ? Afin de pouvoir retracer toute l’histoire des FF, Scioli choisit l’accumulation de toutes petites cases dans un gaufrier parfois un peu oppressant. Cependant, le lecteur fan des FF aura plaisir à prendre son temps et les scruter pour y retrouver toutes les références planquées ou ouvertement assumées comme la reproduction de la première couverture des aventures des FF et tant d’autres !

A la fin de l’ouvrage, comme pour X-Men Grand Design, on retrouve une histoire des Fantastic Four par Stan Lee et Jack Kirby accompagnés par Joe Sinnott à l’encrage tandis que la colorisation est revue par Ed Piskor. Autant vous avouer tout de suite que je ne me souvenais pas avoir jamais lu cette histoire. Un savant, rejeté par tous, prend l’apparence de la Chose pour se venger de Reed Richards qui s’était moqué de ses théories. Tandis que le faux Ben doit aider Reed dans la zone négative, il ne peut se résoudre à le laisser mourir et se sacrifie. Un récit tout simple mais d’une grande dramaturgie, c’est aussi cela les FF de Stan Lee et Jack Kirby et Ed Piskor aime à le rappeler. Nous clôturons donc ce volume avec une histoire d’une grande profondeur et d’une tristesse infinie. Le travail graphique de Jack Kirby est ici extraordinairement mis en valeur par les pages de grande taille et la colorisation respectueuse d’Ed Piskor. Rien que la page d’ouverture montrant un Ben Grimm renfrogné sous la pluie est une splendeur. On retrouve avec plaisir le talent de Kirby lorsqu’il dessine des machines et j’ai réellement été éblouie par la page dans laquelle Reed flotte aux confins des mondes, c’est d’une beauté à couper le souffle.

Si j’ai trouvé Fantastic Four Grand Design vraiment intéressant, à la fois respectueux et inventif, voire troublant par moments, j’ai peur qu’un lecteur néophyte se trouve un peu perdu dans cet ouvrage foisonnant voire érudit. Mais peut-être, tout au contraire un nouveau lecteur, aidé des notes rassemblées en fin d’ouvrage, sera-t-il intrigué et voudra-t-il découvrir cet univers d’une formidable richesse.

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