[review] Legion Of Super-Heroes (tome 1), Millénium

Du hasard comme conseiller… Je ne connaissais rien à cette équipe et je n’avais pas de bons souvenirs du passage du scénariste sur les jeunes X-Men mais il faut parfois faire confiance à des dessins agréables croisés dans une boutique pour découvrir une série fraîche et positive.

Un résumé pour la route

Ces six épisodes avec un prélude sont écrits par Brian Michael Bendis (Ultimate Spider-ManLeviathan). Dans le prélude, les dessinateurs très nombreux sont Jim Lee (WildCATSX-Men), Dustin Nguyen (DescenderLittle Gotham), Andrea Sorrentino (Green ArrowSmile Killer), André Lima Araújo (Avengers A.I.Spider-Man), Nicola Scott (Black MagickWonder Woman), Jim Cheung (Young AvengersMarvel 2 in one) et Jeff Dekal (Iron FistJourney Inot Mystery). Mais l’essentiel des épisodes est de Ryan Sook (The New 52 : Future endX-Factor) aidé de Travis Moore (The Wolf Among Us) pour l’épisode trois Mikel Janín (BatmanSuperman Requiem) pour le quatre et Scott Godlewski (CopperheadDracula) pour le cinq. Ce titre a été publié par DC comics aux États-Unis entre janvier et août 2020 puis en France chez Urban comics en octobre 2020.

Au XXXIe siècle, un groupe d’adolescents a été rassemblé dans la Legion pour défendre l’union des planètes. Ces êtres dotés de superpouvoirs vont former la Légion. Ils viennent dans le présent chercher Superboy alias Jon Kent, le fils de Superman pour les aider à défendre les valeurs des héros. En même temps, le légionnaire Ultra Boy pourchasse un vaisseau et découvre dans une caisse le trident d’Aquaman.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Le volume s’ouvre par un prélude distrayant où le lecteur voyage dans les différents futurs de DC à travers le personnage ambivalent de l’Épine. Elle confesse à la présidente Supergirl souffrir d’un trouble de dissociation de la réalité entre Rose l’humaine et l’Épine la psychopathe. Son mal avait été contenu pendant plusieurs siècles mais son médicament n’est plus fabriqué. Elle lutte ensuite contre Batman Beyond puis cherche à devenir Superman au temps de Kamandi. On découvre que c’est elle qui, par inadvertance pousse Booster Gold à voyager dans le temps. Après avoir aidé O.M.A.C. , elle finit par quitter la planète et ne revient vers une nouvelle Terre que pour rentrer dans la légion. Cependant, ce n’est pas cette immortelle qui est au centre du récit mais les autres légionnaires. En effet, même si ce n’est pas une série du label Wonder comics, elle fait intègre le renouveau de l’univers jeunesse de DC coordonné par Bendis. Cette série est également liée à sa série Superman : Superboy a rejoint la légion car ils veulent que les idéaux de l’ère des super-héros du XXIe siècle viennent à la rescousse des problèmes de leur époque. En arrivant au XXXIe siècle, il est accueilli comme un héros par l’équipe au complet.

Le principe original de ce groupe est d’avoir de très nombreux légionnaires venus chacun d’une planète différente. Ils sont si nombreux qu’on a fait un règlement. Certains ressemblent à des personnages du « passé » – ils ont leur Brainiac, leur Docteur Fate – alors que d’autres sont uniques comme Karaté Kid. Cependant, le scénariste sait faciliter la compréhension du néophyte. A partir de l’épisode deux, chaque chapitre, commence par un résumé fait par un(e) des légionnaires. De plus, Superboy est le candide qui permet au lecteur de comprendre ce futur, la composition de l’équipe et parfois son passé. L’éditeur facilite aussi l’intégration dans cette équipe méconnue en France par la préface expliquant tout l’historique et une image donnant le nom de chaque légionnaire. Le plus souvent, je déteste les groupes pléthoriques mais la qualité de cette série m’a convaincu que ce n’est pas toujours un défaut. En effet, cette masse est un moyen pour le scénariste de faire un éloge de la diversité. Par exemple, Dawnstar est une héroïne amérindienne dont la planète Starhaven est très proche de la Terre au XIIIe siècle et Garth Rannz a deux mères. Si ce sont tous des jeunes, on trouve différentes couleurs de peaux, bien entendu des extra-terrestres et, plus rare, différentes corpulences. Tout cela se passe sans aucune exclusion ou racisme. Ultra Boy est soutenu par l’ensemble de la Légion quand il avoue avoir caché ses origines.

Par la composition de cette équipe, Bendis construit un récit sur l’adolescence. Une nouvelle technologie permet d’identifier des individus sans se présenter. Cette invention est liée à l’adolescence car cette crainte des gaffes en société est typique de cet âge de transition. On retrouve les codes des films de lycée : Rokk est la star de sport de sa planète, Cosmic boy et Shadow Lass flirtent tout se donnant des petits noms. Ces héros adolescents sont volontaires et idéalistes. Contrairement à son père Crav, Ultra Boy défend l’unité de sa planète Rimbor bien qu’elle soit ravagée par une guerre sainte. Leurs actions impulsives les rendent parfois maladroits. Mon-el ayant battu Crav, il est censé devenir le nouveau guerrier souverain. La situation est plus complexe pour Superboy qui ne connaît non seulement pas les codes du futur mais encore moins ceux des différentes planètes. Le mémo préparé pour lui reprend les souvenirs des moments marquants de différents légionnaires. Chaque moment marquant correspond à un rite de passage des adolescents : comment ils se sont émancipés et sont devenus les représentants de leur planète dans la Légion. Saturn Girl a choisi de quitter le collectif, la pensée collective de sa planète qui est une parabole de sa famille.

Comme chez de nombreux adolescents, les relations avec leurs parents sont parfois complexes. Ces tensions sont explicites quand Ultra Boy est en conflit avec son père. Ayant honte de ses origines, il s’est émancipé de son éducation stricte et autoritaire en devenant un super-héros et qui plus est dans la Legion détestée par son père. D’une manière assez drôle, les voyages dans le temps rendent complexes ces rapports : Mon-El est le descendant de Superboy bien qu’ils aient le même âge. Il est jaloux de la présence son aïeul et veut prouver sa force. Les parents sont aussi symbolisés par le Conseil des planètes unies qui dirige ce monde mais est aussi lié à la Légion. La Président Brande sermonne l’Épine en raison des actions inconsidérées de la Legion. On voit donc une séparation entre un mauvais père violent et une mère symbolique qui sera plus reconnaissante. Elle leur reproche d’avoir perturbé le continuum espace-temps et veut imposer son autorité mais d’une manière très directive. Même si je doute que Bendis l’ai voulu, cette partie peut être lue par certains lecteurs comme une dénonciation de l’ONU. En effet, ce groupe est reconnu par le Conseil des planètes unies mais les relations sont complexes à l’image de celle de la JLA avec les Nations unies. Pour comprendre l’origine de cette tension, des flashbacks montreront la fondation de la Legion. Leur enthousiasme se heurte donc aux adultes à la tête des institutions comme plus loin la police scientifique. Par leur uniforme faisant référence à des CRS, on pense aux manifestations Black Lives Matters. Cette dimension sociale est renforcée par une citation d’un successeur d’Oliver Queen, Green Arrow chez DC, qui est souvent un symbole du progressisme. Cependant, comme toujours chez Bendis les conflits politiques n’aboutissent pas à l’émeute mais au dialogue.

Legion of Super-Heroes est aussi un récit d’action léger dès le début par une course poursuite. Dans le dernier épisode, l’action plus présente culmine par un dénouement prévisible mais très agréable. Fidèles à ses origines, la légion apporte une vision optimiste de la science-fiction auparavant poussée par le Comic Code Authority et stimulée par le contexte : elle contrastait avec le pessimisme de la guerre froide. Aujourd’hui elle me semble encore plus lumineuse après une année 2020 sombre. Ce récit est aussi léger par les blagues qui parsèment les dialogues. En effet, les légionnaires combattent en faisant des blagues comme Spider-Man que Bendis connaît bien. Il y a également le running gag du mémo préparé par la légion que Superboy ne prend jamais le temps de lire. On ne peut nier qu’il y a tout de même quelques incohérences. Ultra Boy se présente alors que, grâce à une nouvelle technologie, une pancarte apparaît pour faciliter les rapports sociaux. L’ennemi principal, le collectif Horraz ressemblant à des crustacés, manque de charisme.

Quand on regarde le sommaire, on ne peut être que sonné par l’incroyable équipe de dessinateurs mais la plupart ne font que quelques pages très agréables dans le prélude. Pour le reste de la série, Ryan Sook est un dessinateur classique imprégné d’autres artistes des années 1980 et 90 comme George Pérez mais il fait très bien son travail en particulier pour les très belles doubles pages qui sont parfaitement adaptées pour les scènes de combat massif et les décors futuristes. Par des couleurs vives et claires, des visages réalistes et souriants, il plonge le lecteur dans la tonalité optimiste du récit. J’ai beaucoup apprécié son design futuriste très réussi des véhicules et des villes. On prend plaisir à découvrir non seulement le futur mais aussi les différentes planètes. Bendis glisse une référence à Paul Dini scénariste de référence de Batman qui a sa propre ville sur la planète New Gotham financée par la Qwayne Foundation. Les interventions des autres dessinateurs se remarquent peut car leur style est proche. Travis Moore intervient pour la planète Rinkor avec une ambiance plus sombre bien adaptée ce qui permet de se fondre dans le récit même si ses personnages sont plus petits.

Alors, convaincus ?

La vie de chroniqueurs comics est parfois proche de l’addiction… Au départ, quand j’ai commencé la lecture de ce tome, c’était une lecture peinarde entre deux autres sur lesquelles j’avais prévu d’écrire un texte. Cependant, au fil des pages du prélude, j’ai été conquis et j’ai voulu partager avec vous mon intérêt croissant. Des notes prises au fil des pages est né cet article. On peut certes trouver que le premier tome de Legion Of Super-Heroes est un récit sans innovation mais ce volume est très agréable à suivre et accorde un très bon moment de lecture. Bendis prouve ici sa valeur retrouvée. Dernier argument pour vous convaincre, la série se poursuit certes mais ce récit peut se lire en un tome.

Thomas Savidan

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s