[interview] Terry Moore

A l’occasion de la sortie de son dernier opus et crossover Cinq ans chez Delcourt, Terry Moore a bien voulu accorder un entretien à Comics have the Power. Nous tenons à remercier Solène Ubino, attachée de presse chez Delcourt, d’avoir eu la gentillesse de faire l’intermédiaire avec l’artiste.

Comics have the Power : Avec cinq ans, voici l’acmé du Terryverse, était-il prévu depuis longtemps de réunir toutes vos héroïnes dans un même récit ? Comment vous est venu cette idée ?

Terry Moore ©VOLLMER_LO

Terry Moore : Quand j’ai commencé à imaginer mon deuxième livre (Echo), j’ai dû réfléchir où il se placerait dans la chronologie et j’ai aimé l’idée que cela se déroule juste après les dernières pages de Strangers in Paradise. Pourquoi pas ? En effet, vous quittez l’histoire SiP au Nouveau Mexique et pile le jour suivant en Californie… Echo commence.

Par la suite, j’ai abordé chaque livre de la même manière et cela m’a permis de construire tous mes personnages, n’importe lequel comme s’ils venaient de croiser leurs routes et d’avoir des relations entre eux. C’est venu naturellement et je suis tellement heureux de l’avoir fait. J’ai toujours eu peur de laisser de côté des travaux éparpillés qui auraient été en grande partie oubliés. Maintenant, chaque livre est le chapitre d’une saga qui vous transporte dans mon univers. J’ai tous ces livres dans des genres différents mais qui sont en même temps reliés entre eux.

Comics have the Power : D’ailleurs, on voit encore mieux ici combien vous aimez les héroïnes plutôt que les héros, pourquoi vos personnages forts sont-ils exclusivement des femmes ?

Terry Moore : J’ai simplement eu le sentiment que nous n’avions pas assez d’histoires avec des personnages féminins forts. Par exemple, Superman est la star de DC. Si DC fait un poster en ne choisissant que trois personnages pour représenter sa maison d’édition, Superman serait l’un d’entre eux. Les deux autres seraient vraisemblablement Batman et Wonder Woman. Mais où est Supergirl ? Pourquoi Supergirl n’est-elle pas au même niveau que Superman ? Elle aussi peut pousser la Terre jusqu’au soleil. Ne devrions-nous pas la traiter avec un respect équivalent ? Elle n’est pas une sidekick. Elle est plus puissante que Wonder Woman mais que savons-nous d’elle ? Qu’aime-t-elle manger ? Qui est son meilleur ami ? Quels sont ses loisirs ? Pourquoi tous les extraterrestres s’attaquent à elle ? Avec qui dort-elle, préfère-t-elle les bains ou les douches ? A-t-elle déjà eu des maux d’estomac ? Vous comprenez ce que je veux dire ? Superman concentre toutes les meilleures idées de la part des scénaristes. Il ne reste à Supergirl qu’à sortir avec le chien Krypto, d’être tuée pour booster les ventes et de poursuivre des aliens. Voilà pourquoi j’écris sur des personnages féminins.

Comics have the Power : Ces femmes ont souvent subi un ou plusieurs traumatisme, est-ce nécessaire pour en faire un bon personnage ?

Terry Moore : C’est un trait de la nature humaine qui fait que plus vous connaissez quelqu’un, plus vous tenez à lui ou elle. Si vous voyez John au travail et de bonne humeur, c’est une étape. Si vous rentrez à la maison avec lui comme si nous étions cachés et que vous comprenez qu’il doit gérer une épouse toxique, une nouvelle inquiétante de la part du médecin et qu’il n’a pas assez d’argent pour payer les soins de sa mère âgée, si bien qu’il en est au point de songer à faire quelque chose qu’il n’a pas fait depuis des années… Alors, je suis bien plus intéressé par John et je veux savoir ce qu’il fera demain.

Si vous avez deux nonnes assises sur un banc dans un parc qui sont d’accord sur tout c’est agréable mais sur quoi vais-je écrire ? Je suis plus attiré par le couple sur le banc d’à côté qui est en train de rompre. Tout ce dont ils parlent fait référence à une histoire passée qui vous intrigue. Chaque menace qu’ils se lancent est une allusion à ce qu’ils vont faire demain. Chaque moment de cette dispute révèle qui sont réellement ces personnes et l’un d’entre eux semble très proche de vous-même. Mais pendant que vous regardez le couple se disputer, les nonnes vous ont fait les poches et ont fui. Voici le récit de ma journée dans le parc.

Comics have the Power : Votre vision de la société est assez sombre, vous annoncez un avenir difficile et même si vos héroïnes se battent, on sent que la fin du monde vous travaille, que pouvez-vous nous dire là-dessus ?

Terry Moore : Pour moi le bonheur vient des détails du quotidien, en amour comme dans les relations humaines et je suis reconnaissant quand cela m’arrive. J’ai tendance à écrire dans cette perspective souvent masquée par l’envahissante réalité. On déjeune avec l’amour de notre vie…et on espère qu’un missile ne viendra pas nous déranger.

Comics have the Power : Tout comme dans vos autres œuvres et notamment Motor Girl, on note votre aversion pour l’armée et les complexes militaro industriels, pensez-vous, à l’heure des changements climatiques, qu’il s’agisse de la principale des menaces ?

Terry Moore : C’est un dilemme terrible, quelle menace est la plus grave ? Je n’en sais rien. J’espère que l’on sortira de cette tempête avec sagesse et en pensant aux générations futures.

Comics have the Power : Pensez-vous que seules les femmes sont susceptibles de sauver l’humanité ? Pensez-vous réellement que la sororité peut dépasser les frontières et que les femmes peuvent s’unir par delà les nations ?

Terry Moore : Oui et oui. Il y a toujours de hommes bons qui se soucieront du monde et voudront le guérir. Mais ils se retrouveront face à des hommes qui eux ne désirent que le pouvoir et les trophées. Les hommes alpha n’écoutent pas les hommes betas alors que les deux écouteront la femme providentielle au bon moment. Il y a de l’espoir et il traverse toutes les cultures.

Comics have the Power : Peut-on rêver de voir un spin off avec Tante Libby en héroïne ? Ne trouvez-vous pas que ce personnage a un réel potentiel à développer ?

Terry Moore : Je l’adore. Elle est si fougueuse et pleine de vie. Elle a un bon spin-off dans Motor Girl et j’aimerais lire une histoire où elle était plus jeune. Je me demande toujours comment étaient les personnes âgées dans leur prime jeunesse.

Comics have the Power : La fin de Cinq ans laisse espérer une suite, est-ce un simple rêve de ma part ou y avez-vous réellement pensé ?

Terry Moore : Quatre ans, la suite ! lol. Me connaissant, je cacherais plutôt la suite dans une autre livre sur une histoire différente. Je suis ce genre de personne sournoise.

Un grand merci à Terry Moore d’avoir bien voulu répondre à nos questions, à Solène Ubino ainsi qu’à Thomas et Vaness pour la traduction !

Sonia Dollinger

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