[review] Ronin Island (tome 2)

Alors que l’on parle de plus en plus des comics young adults en France, j’avais envie d’y goûter par la découverte des éditions Kinaye alors que Sonia plus connaisseuse avait déjà apprécié le tome 1 et 2 de Misfit City. Vais-je me plaire sur cette île de samouraïs ?

Un résumé pour la route

Ce deuxième volume est écrit par Greg Pak (Planète HulkMech Academy) et dessiné par Giannis Milonogiannis (Old City BluesProphet). Il regroupe les épisodes 5 à 8 de la série Ronin Island publiée aux États-Unis par Boom ! Studios en 2019 et sortis en France par Kinaye le 19 juin 2020.

Hana et Kenichi, adolescents japonais vivant à l’époque médiévale, sont sur le continent pour raisonner le shogun– sorte de Premier ministre très puissant de l’empereur. Au cours de cette mission, ils sont séparés et doivent se débrouiller seuls pour rentrer sur l’île. Kenichi a même été banni et affronte de nouveaux ennemis tandis qu’Hana accompagne avec des réfugiés la suite du shogun vers l’île.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Les deux héros commencent ici à mieux cerner la menace mutante, les Byõnins que le shogun a créée avec des scientifiques pour se constituer une armée invincible. Le jeune shogun est certes l’ennemi, car son ambition dévorante et incontrôlable menace la population autour de lui. Cependant, sa garde rapprochée est plus ambivalente. Sato, le général réprouve une partie des actions de son chef bien que, pour suivre la voie de l’honneur, il se doit de lui obéir.

Ce récit était au départ destiné aux adolescents et aux jeunes adultes. Les dialogues sont réduits à l’essentiel et l’histoire centrée autour d’une poignée de personnages que l’on reconnaît facilement est très facile à lire. L’alternance entre l’action présente et les révélations sur le passé de certains personnages est clairement construite. Le cadre historique du Japon médiéval n’est pas envahissant mais facilement compréhensible. Je pense qu’un(e) adolescent(e) y prendra beaucoup de plaisir… mais pas seulement car j’ai passé un agréable moment de lecture. J’ai été touché par Hana qui a été élevée par une mère célibataire pauvre. On sent également que cette série est assez personnelle pour le scénariste Greg Pak.  Hana, l’héroïne, a vécu une enfance solitaire car elle était exclue par les autres en raison de ses origines coréennes – comme le scénariste dont le père est en partie coréen. Elle a réussi à devenir amie avec Kenichi qui est pourtant le fils d’un samouraï. On retrouve ce thème de l’inégalité sociale pour plusieurs personnages. Le père du shogun est un simple soldat qui a profité de l’anarchie pour prendre le pouvoir. Fils de forgeron, le général Sato s’est fait à la force de l’épée pendant le Grand vent, une guerre civile. Ne devant sa position qu’à sa science militaire et au soutien du shogun, ce passé explique ses choix dans le présent. On a l’impression que le scénariste transpose l’American Dream du succès personnel au Japon tout en le critiquant car il dresse une limite entre réussite personnelle et ambition destructrice.

Ce tome est centré sur l’opposition entre l’idéal confronté à la monstruosité du réel. Cette monstruosité se retrouve bien entendu chez les mutants mais aussi avec le shogun et les brigands. Face à eux, l’idéal est littéraire. Sato veut seulement survivre par pragmatisme alors que l’immigrée idéaliste Hana veut suivre le bushido – le code d’honneur des samouraïs.  En effet, le Japonais Sato sait ce que sont uniquement des histoires sans existence réelle. C’est d’ailleurs lui qui est plus proche de la réalité historique : ce prétendu code d’honneur japonais a en fait été créé par un Japonais vivant au Texas afin de lutter contre les mépris des Blancs. L’idéal est aussi géographique avec l’île. Le Shogun veut profiter de ses richesses mystérieuses mais Hana, pourtant méprisée par la société insulaire, est prête à tout pour la défendre. Certains naviguent entre idéal et opportunisme. Kenichi convainc des Bandits du fléau de l’ouest de l’aider à tuer le shogun contre de l’argent mais il est battu quand le Shogun propose plus d’argent. Le bon ne doit donc pas se compromettre même si son idéal est juste.

Dans les premières pages, le dessin de Giannis Milonogiannis m’a surpris. Il m’a semblé plus proche du dessin franco-belge pour enfant que du manga ou du comics. Le nez de ses personnages m’a rappelé Spirou. Les bonus sont réduits mais agréables avec une galerie de l’ensemble des couvertures et des croquis de personnages et de mutants.

Alors, convaincus ?

Ronin Island est un récit historique d’action vif et facile à lire. Il me semble qu’il peut plaire à beaucoup d’adolescents mais il se lit tout aussi bien par un adulte. J’y ai apprécié le conflit entre l’honneur et l’idéal. Chaque personnage est poussé à faire des choix par la menace grandissante des mutants. Je vais avec plaisir lire la suite et fin de cette série dans le tome 3.

Thomas Savidan

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