[review] Once and future tome 1

Les mythes arthuriens parcourent l’histoire des comics avec plus ou moins de bonheur. Il existe de véritables chefs d’oeuvre comme le magistral Camelot 3000 ou d’oeuvres plus anecdotiques comme Unholy Grail. Bien qu’ayant assez peu accroché à The Wicked and the Divine, je souhaitais voir ce que Kieron Gillen avait à dire sur le sujet. Le résultat est plutôt surprenant et assez convainquant.

Un résumé pour la route

Once and Future est un titre scénarisé par Kieron Gillen et illustré par Dan Mora avec Tamra Bonvillain à la couleur. Cet album contient les six premiers chapitres de la série américaine sortie chez Boom Studio aux Etats-Unis en 2020. En France, Once and Future paraît chez Delcourt en 2020, la série est prévue en trois tomes.

Alors que des archéologues effectuent des fouilles en Cornouailles et découvrent des artefacts du Ve siècle, des nationalistes nostalgiques des temps anciens veulent faire revenir à la vie le roi Arthur et sa cour. Comment empêcher le chaos de s’installer au sein du Royaume-Uni ? La solution semble venir de l’endroit le plus inattendu : Bridgette McGuire sort de sa maison de retraite et s’associe à son petit-fils Duncan, un conservateur de Musées maladroit et pacifique.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Le sujet principal est finalement assez grave et plutôt d’actualité : la manipulation des mythes anciens par des nationalistes fanatiques à leur profit. Kieron Gillen touche là un des fondamentaux : l’Histoire et les mythes sont les jouets des ambitions modernes et des discours politiques. Ici, un groupe fasciste prend Arthur comme emblème pour faire revivre la grande Albion, nostalgiques qu’ils sont de la grandeur d’une Angleterre rêvée. J’ai trouvé que cette thématique était fort intéressante dans la période où nous nous trouvons, celle d’un Brexit qui a redonné de l’écho aux thèses nationalistes et à une volonté de retrouver une indépendance et une prééminence que d’aucuns estiment perdues. Kieron Gillen propose une relecture des problématiques contemporaines à la lecture des légendes arthuriennes. D’ailleurs, il ne propose pas un roi brave et sympathique : Arthur est un squelette couronné qui se repaît de sang. Pour le servir, certains sont prêts à sacrifier leur existence et surtout celle des autres.

Si le contenu est sombre, Kieron Gillen propose malgré tout un espoir incarné par un trio assez mal assorti, ce qui confère un caractère humoristique au récit. Le personnage de Bridgette McGuire est détonant : elle sort du fin fond de sa maison de retraite pour combattre le mal. Là encore, le fond du discours est métaphorique : Bridgette est d’une génération qui a fait l’Europe, qui a laissé derrière elle un nationalisme de mauvais aloi mais qui a donné naissance à une génération bien plus refermée sur elle-même : est-ce l’échec d’une certaine vision de la vie qui se heurte à une réalité toute différente ? C’est donc avec la génération de son petit-fils, bien plus jeune et plus altruiste que Bridgette s’allie pour faire échec au retour d’Arthur. Le personnage de Duncan est touchant : c’est une forme d’anti-héros, il est maladroit dans sa vie comme en amour, peu sûr de lui et pourtant, il suit sa grand-mère dans sa croisade et finit par endosser malgré lui le costume du guerrier. La troisième figure du trio est la collègue et potentielle petite amie de Duncan, l’intellectuelle du groupe qui connaît les mythes anciens mais a su s’en détacher par l’étude scientifique de l’Histoire. Ce trio, déterminé à préserver un monde de paix et d’ouverture face à un univers guerrier et replié sur lui-même, mène sa lutte avec panache et Kieron Gillen insuffle un ton léger à l’ensemble. Les héros sont aussi inattendus que leurs opposants et les liens qui les unissent plus étroits qu’il n’y paraît.

La partie graphique est confiée à Dan Mora que j’ai beaucoup apprécié pour sa prestation sur Klaus. Ses planches sont extrêmement dynamiques et son sens du détail sur les accessoires montre un grand soin apporté à son travail. Il a à la fois le sens du mouvement, très précieux dans les scènes de bataille ou de fuite et le sens de la solennité lorsqu’il présente les artefacts arthuriens (épée, fourreau, couronne, tombeau). La pleine page dans laquelle le squelette d’Arthur sort du tombeau est tout simplement époustouflante. D’ailleurs, la représentation de ce roi décharné est vraiment une réussite, on croirait un écorché de la Renaissance.

Alors, convaincus ?

Cette revisite des mythes arthuriens par Kieron Gillen et Dan Mora résonne de manière extrêmement forte avec les problématiques du monde contemporain. On peut évidemment lire Once and Future comme un récit d’aventure opposant des êtres maléfiques revenus d’entre les morts et des chasseurs de surnaturels mais l’auteur nous offre le choix d’une lecture plus politique. Evidemment, pour profiter pleinement du titre, il est préférable d’être un peu au fait des écrits arthuriens même si Delcourt a pris soin d’ajouter un lexique permettant de s’y retrouver plus facilement. Ce premier volume d’Once and Future est très prometteur, à la fois profond et léger.

Sonia Dollinger

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Blondin dit :

    Un peu déçu pour ma part malgré des dessins superbes, les décors sont franchement vides et sur un thème vraiment proche le Skybourne de Frank Cho est bien plus jouissif et réussi. Mais ça reste une bonne bd… en fonction de la progression sur les deux tomes a venir.

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, il faut voir sur la longueur, mais j’ai trouvé ça plus marrant que Skybourne pour ma part

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