[Interview] Simone Di Meo, des Power Ranger à l’indé

Malgré le contexte sanitaire très compliqué, Hi comics a eu le courage d’organiser une tournée de rencontre avec le dessinateur italien Simone Di Meo à l’occasion de la sortie de Power Ranger et Tortues Ninja. C’est lors de ces rencontres que j’ai eu la chance de me greffer à sa séance parisienne dans la libraire comics Album.

En tant qu’Italien, pourquoi avoir fait le choix du comics plutôt que d’être le nouveau Hugo Pratt ?

Je suis né en Italie où il y a de nombreuses bandes dessinées italiennes mais je n’aime pas vraiment cela. C’est très vieux et, pour un jeune artiste, il n’y pas beaucoup de possibilités de faire carrière ou de créer. Par contre, il y a vraiment énormément d’écoles de bande dessinée. J’ai commencé dans une école à Turin où je suis né. Rapidement, j’ai travaillé comme assistant pour mes professeurs sur le marché italien mais je n’ai pas aimé cela. J’ai donc voulu essayer dans un autre pays. Tous les ans pendant cinq ans, je prenais un vol pour New York afin de montrer mon portfolio à des éditeurs. Progressivement, je me suis amélioré et j’ai commencé à avoir un peu de travail pour le plus gros éditeur italien Sergio Bonelli Editore. Ensuite, j’ai commencé à travailler pour Boom et j’ai senti que j’avais trouvé ma voie.

Que lisez-vous adolescent, seulement des comics ou un peu de tout ?

Rien (rire). J’ai commencé à en lire il y a neuf ans. Quand j’étais jeune, mes parents lisaient de la bande dessinée et j’en voyais mais je n’en lisais pas. Quand j’ai commencé par hasard à dix-neuf ans, cela m’a explosé le cerveau et j’ai commencé à y voir une possibilité de carrière.

Vous dessiniez donc avant d’en lire ?

Non plus. Quand j’ai décidé de me lancer dans ce truc, j’ai dessiné quinze à seize heures par jour, sept jours sur sept et cela pendant cinq ans. Ce travail m’a fait comprendre que je prenais la bonne direction et cela m’a poussé à suivre des cours dans cette école.

Étiez-vous un fan de Power rangers enfant ?

Je suis un grand fan de l’animation japonaise comme Dragon Ball et cela se voit dans mon style. J’ai lu beaucoup de mangas mais j’étais surtout très fan des Power Rangers. J’ai vu un grand nombre d’épisodes mais aussi des Super Sentaï japonais. En tant que dessinateur, je cherche à changer le comics américain en y injectant des influences japonaises. Les Américains sont très ouverts à cela et je pense que les Power Rangers a été la meilleure série pour le faire. 

Vous avez commencé à travailler sur les Power Rangers avec la scénariste Marguerite Bennett.

J’ai pris beaucoup de plaisir à travailler sur les Power RangersDan Mora et Daniel di Nicuolo sont deux de mes meilleurs amis. De plus, les Power Rangers ont été ma première série d’importance dans les comics américains. Cela m’a permis d’améliorer mon style et de lancer ma carrière. Ce travail a été intense avec des deadlines courtes mais j’ai adoré les scripts de Marguerite. Elle m’a dit que j’étais libre de créer mon univers et j’ai pu créer une nouvelle Power Ranger, Solar Ranger. J’ai fait sept essais de costumes. Hasbro me donnait une direction et cela m’a donné de la confiance, du temps pour lire et trouver la bonne direction. J’adore les Super sentaï que j’ai pu les mélanger avec l’univers des Rangers pour créer un nouveau héros. C’est dingue car je joue désormais avec mon Power ranger dans un jeux vidéo ! Pour l’instant, je ne suis pas dans les relances des séries. Au bout de deux ans sur cette série, j’ai voulu faire autre chose. 

Vous étiez donc déjà familier de l’univers Power Rangers mais dans Power Rangers et Tortues ninja, comment avez-vous fait pour vous fondre dans celui des Tortues ninja ?

Les Power Ranger est une série japonaise alors que les Tortues sont américaines avec un design différent. Pour les insérer dans l’univers des Rangers, j’ai tenté de trouver une direction différente et, après le premier numéro, j’avais trouvé le truc. Nickelodeon (propriétaire des droits des Tortues) a aimé ce que je proposais et m’a laissé très libre.

Avez-vous rencontré des difficultés sur cette série ?

La création de designs mixte m’a demandé beaucoup de travail à cause de la gestion des droits de propriétés entre Nickelodeon et Hasbro. Tous les jours, Hasbro voulait contrôler chaque page, chaque personnage, chaque ligne de toutes les tenues. Mais travailler sur ces personnages iconiques (de la culture populaire) a été incroyable. 

Est-ce que le confinement n’a pas été un moment pour les autres de vivre le quotidien d’un dessinateur ?

Il y a tout de même des différences. A Turin, je travaille dans un studio en dehors de mon domicile mais, à partir de mars, j’ai travaillé à la maison avec ma copine et ce n’est pas facile. De plus, elle est illustratrice et travaille avec moi.

Ce studio est-il partagé avec d’autres dessinateurs de comics ?

A Turin, je connais trois dessinateurs qui travaillent pour le marché américain mais ils vivent dans une autre partie de la ville. Par contre, je partage le studio avec un Youtubeur très célèbre en Italie qui m’apprend beaucoup sur les réseaux sociaux et la communication.

Le confinement a-t-il perturbé vos projets ?

Quand j’ai commencé à travailler sur ma nouvelle série, je n’avais plus aucune date de sortie. J’en ai ressenti beaucoup de frustration. Mon éditeur me rassurait et me disant que ce n’était qu’un retard. Avant le confinement, je devais travailler sur les Champions mais Marvel a tout arrêté. Je n’ai fait qu’un seul épisode car j’ai dû trouver d’autres sources de revenu pour payer les factures. Maintenant, je travaille pour DC. 

Mais il y a aussi eu l’annonce récente de votre série avec Al Ewing, We only find them when they’dead. Votre série pour DC sera-t-elle après?

Non c’est en même temps mais seulement pour trois mois. 

C’est impressionnant ! Comment faites-vous pour dessiner deux séries par mois ?

Oh mais j’ai une assistante (sa compagne) et ma petite amie me déteste (rires). Mais, pour être sérieux, l’année prochaine, je vais ralentir pour ma santé et me concentrer sur ma série.

Justement, que change We only find them when they’dead pour vous ?

Boom Studio m’a offert la possibilité de créer quelque chose d’important et la science-fiction est mon genre préféré. Al Ewing est un de mes scénaristes préférés. Je pense que notre travail est un de mes meilleurs car la grande différence est que je suis le co-créateur de cette série. Avec l’aide d’Al Ewing et de l’éditeur, je suis totalement libre d’explorer mon âme, de regarder beaucoup de films et de séries puis de les intégrer pour créer tout l’univers. On a prévu quinze numéros. Cela représente beaucoup de travail dans les années à venir. Le numéro un est sorti et il en est à sa troisième impression. On a eu une réponse incroyable des lecteurs et j’en suis très heureux. De plus, après cette sortie, plusieurs éditeurs m’ont appelé pour me féliciter et me proposer de travailler ensemble.

Comment expliquez-vous ce succès ?

Je n’en sais rien. Al est un super écrivain et il a écrit un fantastique arc sur Hulk. Les gens ont adoré et ont voulu découvrir sa nouvelle série. Cela leur a permis de découvrir mon style.

Et pour la suite, quels sont vos rêves ?

Je rêve de continuer à travailler en creator owned. J’ai adoré créer mon univers et mes personnages. J’adore les super-héros et le meilleur moyen d’y apporter quelque chose de neuf est dans l’indépendant car il y a plus de possibilités.

Pour terminer, je tiens à remercier Sullivan Rouault, directeur de collection d’Hi comics de m’avoir offert la possibilité de rencontrer ce dessinateur charmant et prometteur ainsi que l’ensemble de l’équipe de la boutique Album qui m’a accueilli pour l’interview et nous a offert les meilleures conditions pour la réaliser.

Thomas Savidan

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