[review] Livewire

J’attendais avec curiosité la suite des aventures de Livewire depuis Harbinger Wars : Blackout mais l’envie est encore montée d’un cran en apprenant que le début est l’œuvre d’un duo de dessinateurs que j’adore…

Un résumé pour la route

Ce volume rassemble les douze épisodes de la série Livewire écrite par Vita Ayala (James Bond,Magic: The Gathering: Chandra). Les quatre premiers épisodes sont dessinés par Raúl Allén et Patricia Martín (Secret WeaponsRai), les chapitres 5 à 8 par Kano (Vie et mort de Toyo HaradaSuperman) et la fin par Tana Ford (SilkLaGuardia) aidée par Bruno Oliviera dans le dernier épisode. Les coloristes sont Kelly Fitzpatrick et Ruth Redmond. Ces épisodes ont été publiés aux États-Unis par Valiant entertainment entre décembre 2018 et novembre 2019 et puis en France par Bliss éditions le 3 juillet.

Livewire, Amanda McKee dans le civil, est une psiotique, c’est-à-dire une mutante dans l’univers Valiant qui a décidé de sauver son peuple en commençant par un groupe de jeunes, les Secret Weapons. Ce choix l’a poussé à des mesures extrêmes comme l’attaque de bâtiments de guerre et surtout un black out planétaire temporaire. Cette coupure électrique a provoqué de nombreux morts innocents et en a fait la personne la plus recherchée au monde.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Trois récits dénommés fugitive, gardienne et championne composent ce volume centré autour de l’héroïne éponyme, ce qui est une très bonne chose. Si vous ne connaissez rien à ce fantastique personnage, quelques pages du premier épisode expliquent les moments marquants de sa vie – la soldate d’Harada, la membre d’Unity et enfin le héraut des psiotiques – alors que l’on voit l’étendue de son pouvoir en action. Lors d’un combat dans le monde virtuel contre des pare-feu, Amanda cherche la vérité sur internet et, telle une lanceuse d’alerte, elle dévoilera la vérité sur l’État et des politiciens. Par Harada, elle a été éduquée à faire passer le bien du collectif avant ses besoins mais son départ et surtout sa rencontre avec les Secret Weapons lui ont appris l’importance de défendre des individus. C’est pourquoi elle se présente comme une gardienne de jeunes psiotiques. Pour moi, elle est plutôt leur mère de substitution comme lorsqu’elle cherche le meilleur quartier où s’installer ou quand, très compétitrice, Amanda accepte de perdre pour la première fois afin de ne pas paraître mauvaise devant une enfant. On découvre aussi sa famille. Son frère Pan, ancien élève d’Harada, est devenu un mercenaire qui est chargé de la tuer. Il accepte avec plaisir car, depuis l’adolescence, il était jaloux qu’elle ait été la préférée d’Harada. Par réaction, il devenu encore plus fanatique en apprenant la trahison de sa sœur. Regrettant ses échecs passés, il a un pouvoir très symbolique : il se nourrit des souvenirs des autres pour être plus fort. Il apparaît peu mais je serai ravi de revoir ce personnage.

Livewire, comme tout être humain, est imparfaite. Elle finit plusieurs épisodes à terre. L’effondrement de la plus grande psiotique est le grand mérite de ce début en fanfare. En effet, pour prouver sa force morale, il est nécessaire qu’elle chute car, malgré des pouvoirs bloqués, elle ne se laisse pas faire et s’enfuit d’une prison. Malgré cela, son frère la bat en lui montrant les contradictions de ses motivations. Voulant défendre son peuple, elle ne cesse d’abandonner sa famille. Ensuite, elle cherche à revenir alors que ses actes ont fait souffrir ses proches. En effet, la jeune cousine d’Avi a été tuée pendant le black out. Leur relation s’inverse car c’est lui qui fait un cours de morale. Amanda est une femme pleine de remords. Elle s’en veut d’avoir abandonné ces ados. Au temps de leur formation à Harbinger, elle regrette d’avoir poussé Pan à cacher ses sentiments, à s’endurcir pour devenir meilleur. Amanda regrette d’avoir perdu le contrôle lors Harbinger Wars : Blackout à cause de sa peur de l’avenir. Elle ne cesse de questionner sa morale. Son intervention en politique est aussi l’occasion d’un débat entre l’utopie et la compromission. Par les paroles d’Avi, elle accepte que, même si le but est louable, tous les moyens ne sont pas bons. Puis le frère et la sœur échangent des arguments sur la justesse du programme d’Harada tout en échangeant des coups. Pénétrant dans ses souvenirs, c’est lui qui révèle le secret de Livewire. Bien qu’elle affirme s’opposer à la fondation Harbinger, elle adopte pourtant la même attitude en créant une armée avec les Secret Weapons qu’elle appelle sa famille. Les secrets parcourent d’ailleurs le récit comme John Wright, homme politique qui a une fille psiotiques cachée.

La scénariste est une femme cependant, elle ne transforme pas la super-héroïne en porte-parole du féminisme mais montre la complexité des femmes par une grande variété de figures dans un deuxième cycle majoritairement féminin : l’héroïne Amanda, une directrice manipulatrice, son assistante violente et la jeune victime Phoebe. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Magnéto pour Harada et Xavier pour LiveWire mais l’opposition est moins binaire que dans les années 1980 car si Amanda est certes protectrice avec son groupe de jeunes, elle est moins passive et plus active que le professeur.

La scénariste vient d’arriver chez Valiant mais elle semble avoir tout lu sur l’univers de psiotiques. Depuis la fin d’Harbinger Renegade, Livewire est la seule série à aborder les psiotiques dans leur ensemble car Imperium et Vie et mort de Toyo Harada sont plus centrés sur le personnage complexe du grand méchant. A travers les aventures de l’héroïne, la scénariste enrichit l’univers de ces mutants, vus comme des dangers à l’ordre public. Dans le dernier arc, John Wright, candidat progressiste, est en campagne contre le sénateur McCoy dont le programme est de voter une loi anti-psiotiques. Wright vient chercher Livewire pour restaurer sa réputation en créant tout un storytelling. Son assistante ambitieuse fait appel à une union des minorités. Les pauvres et les psiotiques vivent l’exclusion et meurent à cause de la société. Amanda la remet très justement à sa place en mettant en avant la différence de degrés. Comme les X-Men, les psiotiques sont rejetés par la société et menacés par l’État. Une société obtient un financement public pour créer une puce qui annihile les pouvoirs de Livewire. Dans le deuxième récit, un programme privé de sécurité et d’éducation des psiotiques est également financé par le gouvernement. Des parents confient leurs enfants qui apprennent à contrôler leurs pouvoirs. Présenté comme la « solution » au problème psiotique, cette école est surtout une alternative à l’incarcération. En effet, contrairement à l’institut Xavier, les élèves sont embrigadés et contrôlés par un collier inhibiteur. Cette réponse à priori facile cache un problème bien plus grave comme Génosha dans les X-Men ou plus récemment le vaccin contre les mutations. L’école ressemble plus à une secte qu’à un lieu d’émancipation quand la jeune élève Phoebe fait une confession publique devant la directrice qui trône en majesté autour des élèves. J’ai pensé à la fondation des Mauvais mutants d’Emma Frost mais, à nouveau, la frontière entre bien et mal est moins nette. Contrairement à Livewire, je n’étais pas sûr que l’école soit mauvaise car la directrice libère Phoebe une fois qu’elle contrôle son pouvoir. Elle est plus subtile que les premières apparitions d’Emma Frost. Elle ne s’oppose pas frontalement à Livewire car elle veut la recruter et, ayant confiance dans son conditionnement, elle permet une longue discussion entre Amanda et Phoebe.

Comme dans de nombreux débuts épisodes de Claremont, le commentaire médiatique des actions de Livewire se diffuse par la télé et par des tweets. Sur les plateaux télé, on trouve de simples peoples diffusant une parole convenue sur les psiotiques. Les hommes politiques échangent les idées lors d’un talk-show racoleur avec un public réactif entre les deux candidats. Bien qu’il y ait certes une critique des politiciens, la vie des psiotiques change en arrière-plan grâce à la politique. Cette mise en avant du progressisme par le système est assez rare aujourd’hui.

J’adore le dessin Raúl Allén et Patricia Martín. Leur trait me semble proche du style franco-belge par leur précision et le cadre entièrement dessinée jusqu’à moindre détail. Les designs des vêtements, des bases et des architectures urbaines sont toujours superbes. Les visages sont aussi très expressifs. La mise en page est fluide et subtilement magnifique par sa diversité : un gaufrier côtoie une pleine page, une structure verticale précède une organisation horizontale. Cette mise en page est encore plus complexe quand j’ai réalisé que les cases de souvenir d’Amanda lors du combat contre son frère sont réalisées par un autre dessinateur non crédité – ou par un encrage différent ? Leur talent rend le récit puissant. Ils ajoutent aussi un très subtil jeu sur les couleurs avec des camaïeux parfois sur une page contrastant avec des couleurs plus « réalistes » sur une case. Je n’ai pas encore percé des détails qui me semblent significatifs. Comme un refrain revenant dans une chanson, on retrouve souvent des images en fin d’épisodes : Amanda à terre ou vue d’en bas lévitant dans son repaire. Mais pourquoi retrouve-t-on régulièrement une case avec Livewire dans sa base entourée de mannequin sans visage ? Kano a un style proche mais avec des visages plus grimaçants et une mise en page moins inventive mais je ne suis pas très objectif ayant adoré les premiers épisodes. Par contre, le récit en parallèle sur Phoebe et Amanda par une page divisée en deux est très réussi. Le choix de Tana Ford est, par contre, très étrange. Son style proche du cartoon ne correspond pas au sujet mais plus à un récit d’humour. Son dessin caricature les idées – le sénateur ambitieux est forcément gros, poilu et ricaneur. Bruno Oliviera a un style plus épuré et anguleux intéressant mais il n’intervient que sur quelques pages.

Alors, convaincus ?

Tout comme Punk Mambo, j’ai adoré ce prolongement d’un personnage féminin riche. Les échecs de Livewire rendent cette héroïne autrefois surpuissante plus fragile. Cette longue série permet de prolonger des pistes du départ construisant une héroïne de plus en plus passionnante. La réussite de ce volume long fait encore plus regretter le choix de séries limitées ailleurs.

Thomas Savidan

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