[review] Sonata tome 1

Un peu de Shakespeare et de Lovecraft, un univers qui respire à la fois la Science-fiction et la Fantasy, Ce premier tome de Sonata sorti chez Delcourt est un titre qui mérite vraiment le détour.

Un résumé pour la route

Sonata est un titre scénarisé par David Hine et Brian Haberlin qui réalise aussi la partie graphique avec Geirrod Van Dyke à la couleur. Sonata : The valley of the Gods #1 à 6 sort en vo chez Image Comics sous le label Shadowline. En France, le titre sort chez Delcourt en 2020.

Perdita est une planète colonisée par deux peuples humanoïdes aux cultures bien différentes. Les deux groupes ont fui leur planète d’origine dont les ressources naturelles sont épuisées et qui est devenue presque invivable. Pourtant, ces deux groupes sont bien différents l’un de l’autre. D’un côté vivent les Rans, un peuple pacifique, proche de la Nature qui chevauche des Thermasaures ailés au long bec et de l’autre les Tayans, des humanoïdes guerriers qui cherchent à confisquer l’eau à leur profit. Entre les deux, une troisième espèce, les Lumani, semble plus primitive mais les apparences peuvent parfois être trompeuses…

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

La quatrième de couverture évoque une série de Science-fiction mâtinée de Steampunk, ce qui est effectivement vrai. Toutefois, Sonata est bien plus que cela puisqu’on y trouve une bonne dose de drame Shakespearien. En effet, on retrouve tous les caractéristiques d’un récit à la Roméo et Juliette. Inévitablement, Sonata, jeune femme du clan des Rans et Pau, le fils du chef du clan des Tayans. On voit très vite l’affaire arriver, d’autant que l’opposition entre les deux groupes est savamment cultivée par les scénaristes que sont David Hine et Brian Haberlin. On ressent bien sûr beaucoup plus d’empathie pour les Rans, à l’idéologie pacifique et dont la cheffe respectée est une matriarche et qui cherche avant tout à apaiser les conflits qui se préparent. Au contraire, les Tayans, belliqueux, méprisants et égoïstes n’entraînent aucune sympathie. Ils reproduisent tous les travers qui ont entraîné le départ de leur planète mère complètement épuisée. Au lieu de partager équitablement les ressources, les Tayans veulent se les approprier au détriment des deux autres peuples de Perdita. Rejouer encore une fois Roméo et Juliette pourrait passer pour un manque d’originalité mais les personnages sont fort bien écrits et c’est Sonata l’héroïne principale – le livre porte d’ailleurs son nom – et non Pau. Des deux, c’est lui qui manque à sa parole alors que Sonata sait conserver son honneur. Elle est à la fois pleine d’empathie, y compris avec les animaux, et d’un courage à toute épreuve.

Les Lumani, un peuple à la fois proche de l’animal et de l’humain, est sans doute le plus ambigu. Ils semblent ne pas connaître la technologie fort bien maîtrisée par les Tayans et se contentent d’une vie rudimentaire respectueuse des traditions – parfois à l’excès – et en apparence pacifique. J’ai beaucoup aimé le passage au cours duquel David Hine et Brian Haberlin détaillent le mode de reproduction des Lumani qui peuvent changer de sexe lorsqu’ils donnent la vie, offrant une vision très ouverte des relations entre les individus qui ne sont pas sexuées et sont donc moins crispées que dans les deux autres communautés. Des trois groupes, les Lumani sont ceux qui ont le plus de profondeur. Méprisés par les Tayans pour leur allure bestiale, ils sont proches des Rans mais conservent toutefois une bonne part de mystère. Petit à petit, on se rend compte qu’ils sont peut-être au cœur du récit.

Ces alliances et oppositions entre peuplades qui oscillent entre conquête et défense de leur mode de vie ainsi qu’une quête involontaire donnent un aspect fantasy au récit tandis que la présence de vaisseaux spatiaux et la colonisation des planètes offrent une teinte plus Science-fiction. La touche Steampunk est apportée par le look de Sonata et certains moyens de transport mais n’est pas primordiale dans ce titre. Par contre, on y trouve une forte influence de l’univers lovecraftien avec les Dormeurs, des dieux de taille gigantesque qui sont considérés comme les premiers habitants de la planète Perdita, des dieux qu’il est mortellement dangereux de réveiller et que seuls les Lumani semblent être en mesure d’apaiser. Ces divinités rappellent immanquablement les Grands Anciens de Lovecraft et donnent un aspect mystique à l’ensemble.

Côté graphique, Brian Haberlin nous gratifie d’un découpage inventif et vif avec notamment de superbes pleines pages mettant en avant les Dormeurs dont le design rappelle à la fois les descriptions de Lovecraft mais aussi les traits des Aliens de Giger. Haberlin excelle dans la mise en scène du bestiaire de la planète, les décors grandioses et une architecture soignée. On est bien loin des comics au fond vide de décor, ici Haberlin ajoute moults détails pour notre plus grand bonheur.

Alors, convaincus ?

Tout sonne juste dans Sonata et ce n’est pas un simple jeu de mot : l’atmosphère graphique nous entraîne dans un univers complexe, mélange de terres primitives et de technologie avancée. Les antagonismes rappellent certes les grands textes shakespeariens mais l’écriture de David Hine donne un aspect particulier à ces thématiques classiques, on se croirait parfois dans le Seigneur des Anneaux puis au coeur de la cité sans nom de Lovecraft.

Sonia Dollinger

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