[Review] Intégrale X-Men 1994 (I)

Après l’année 1993, je continue à poursuivre ma relecture des intégrales X-Men sorties chez Panini Comics. Ce premier volume de l’année 1994 est centré sur le mariage de Scott et de Jean.

Un résumé pour la route

Ce volume rassemble trois séries. Uncanny X-Men 308 à 310 est scénarisé par Scott Lobdell (X-FactorWildCATs) et dessiné par John Romita Jr (Spider-ManDaredevil), X-Men 28 à 30 est écrit par Fabian Nicieza (New WarriorsThunderbolts) et illustré par Andy Kubert (1602Batman) alors que la série Unlimited X-Men change d’équipe à chaque épisode. Le numéro 4 est dessiné par Richard Bennett alors que le suivant est de Liam Sharp (Judge DreddWonder Woman). Ces épisodes sont sortis de janvier à juin 1994 par Marvel. Panini a proposé cette intégrale en juin 2019.

Comme le dit le Professeur Xavier dans le premier épisode, c’est une période sombre pour les mutants. Le virus Legacy se répand. Il a emporté Illyana ce qui a provoqué le départ de son frère Peter (Colossus) pour rejoindre les Acolytes de Magnéto.  A l’issue d’un combat sur l’astéroïde M, Wolverine, gravement blessé, a choisi de s’éloigner de l’équipe. En plus de ces événements externes, les tensions croissent avec leur mentor.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Le volume commence par Uncanny X-Men 308, un moment de transition pendant Thanksgiving. L’équipe est en pleine reconstruction après un deuil. J’ai toujours adoré ces épisodes sans vilain, spécialité de Claremont, qui permettent de voir la vie de famille. On découvre aussi les traditions de cette fête américaine – la réalisation d’un épouvantail, un match de foot américain, un repas ensemble. Bien que le choix des épisodes du tome soit chronologique, on trouve une logique autour du mariage. Pour Jean, l’amour permet de s’ouvrir à l’autre et de braver les différents futurs alternatifs apocalyptiques. On assiste dans Uncanny X-Men 310 à la préparation du côté de Cyclope. Son enterrement de vie de garçon est perturbé par ses retrouvailles avec son fils Cable. Logiquement, on assiste dans X-Men 30 à la réconciliation entre Rachel et Jean avant la grande cérémonie. 

Dans ces volumes de l’après-Claremont, le duo de scénaristes cherche à construire leur propre continuité. Pour l’histoire d’amour entre Jean et Scott, on découvre leur première rencontre. L’amour de Jean a fait exploser les barrières psy de Xavier. L’amour est plus fort que les limites parentales. Enfin, lors de la mort de Phénix, l’esprit de Jean a poussé Phénix à sauver Scott. Scott Lobdell réécrit le passé dans une vision féministe. Bien qu’en couple, Jean reste indépendante – elle propose le mariage à Scott – et forte – lors du combat contre Creed qui finit, comme un drogué, à genoux lui réclamant sa dose de réconfort psychique. Par ses pouvoirs et sa force de caractère, elle l’écrase et ce combat est un moyen symbolique de se débarrasser du poids de son aventure passée avec Logan. 

Les scénaristes choisissent de mettre en avant deux personnages peu développés avant : Xavier et Dent de sabre. Non seulement les scénaristes complexifient le passé et la psychologie de ces personnages mais leurs actions mettent en mouvement l’ensemble de l’équipe. L’institut plongé dans la nuit et sous la pluie ressemble à une maison hantée par le fou Dents de sabre ou Victor Creed. On retrouve l’ambiance horrifique de la saga sur Omega Red. Comme dans une nouvelle, Fabian Nicieza commence par le cauchemar de Jubilé et se résout dans la dernière page par cette héroïne dépassant ses peurs. Dents de sabre est le moteur de l’intrigue, ce que je n’avais pas compris à l’époque. Il est le patient à soigner mais surtout une cause de tension dans l’équipe. D’une part, il connaît des secrets sur Mystique et Gambit. D’autre part, son intégration dans l’Institut fait l’objet d’un débat au Harry’s, rendez-vous habituel des X-Men. Le Fauve le rejette car cela ne relève pas des X-Men. Pour lui, la violence aveugle de Creed est un problème psychologique et non une difficulté à contrôler ses pouvoirs comme Malicia auparavant. Scott refuse de remettre en question la décision de Xavier contrairement à Jean qui questionne moralement le choix récent du prof. Jean se rappelle que Creed prenait un plaisir pervers lors du massacre des Morlocks dans X-Factor. Jean s’émancipe du père – comme les scénaristes de Claremont. Creed force les autres à réfléchir sur eux-mêmes. Creed adore Psylocke et cela inquiète la ninja car, avec Warren, ils forment le couple aristocratique de l’école. Cette stabilité lui permet d’échapper à sa violence ancienne. Leurs parents étant au Club des Damnés, ils sont invités à rejoindre ce groupe. J’ai bien aimé le changement de génération mais tout change pour être pareil. Ces ennemis ont, comme avec Xavier, un rapport compliqué au père. Shinobi Shaw était humilié par son père. Adulte, il l’a tué mais veut recréer le cercle intérieur pour le dépasser. Warren avait un père aimant mais refuse de l’imiter en étant capitaine d’industrie ou d’intégrer l’élitisme du club. Par contre, j’ai trouvé un peu facile, d’expliquer la violence de Shinobi par l’éducation reçue de sa mère – elle le couvait – et son père. Dans Uncanny X-Men 310, c’est au tour de Cyclope et de son fils de régler leurs problèmes. Cable est en colère en raison de son abandon pour le sauver du virus techno-organique. Il accuse son père de froideur. Ils se réconcilient quand Cable découvre sa tristesse passée puis par le combat commun. Comme souvent dans ce volume, le scénario revient encore sur le passé.

Xavier est l’autre personnage au centre du récit ou des discussions. Le lecteur découvre des parties cachées de son passé par son dialogue dans son subconscient avec Magnéto. Nicieza en donne une vision encore très moderne. Il rend ce personnage parfois distant perfectible et complexe. Sa mère a été violentée par son deuxième mari et est devenue alcoolique. Le professeur serait incapable d’avoir une relation avec une femme sauf pour la sauver. Il n’aurait que des relations de domination ou à distance. Épris d’un contrôle de soi et de son pouvoir, il s’oppose à Magnéto qui est dans l’abus. On comprend que ce besoin maladif de contrôle vient du jour où Xavier a abusé de son pouvoir par amour ou fierté. Malin, le scénario montre par trois belles pages comment on passe progressivement du mensonge à la réalité. Même pendant le mariage, il intervient car il est le narrateur d’une partie du récit.

Dans X-Men unlimited 4, on retrouve ces histoires de famille en révélant que Diablo est le fils de Mystique – ce qui avait été sous-entendu il y a très longtemps – ainsi que Creed, leader d’un parti raciste et des Parvenus. La mutante polymorphe est une mère compliquée. Elle a abandonné Diablo mais recueille Malicia. Est-ce par charité ou pour l’intégrer dans son équipe ? Je trouve ce personnage fascinant. C’est une des seuls – ou la seule ? – en couple lesbien à l’époque. Lodbell y fait une allusion assez nette en lui faisant dire qu’elle n’a ressenti des sentiments que pour sa fille Malicia et Irène. Cependant, la partie action est assez bâclée – Pourquoi Diablo ne se téléporte pas en cas de danger ?

J’ai été content de retrouver Caliban, un personnage intéressant dont je connais mal la période apocalypse dans l’Annual 18. Hélas, cet épisode est anecdotique en particulier le kraken, un calamar géant dans des tunnels sous New York. De la même manière, The Wedding Album n’a aucun intérêt à part d’être inédit. Même si j’adore les shi’ar, j’ai hélas pensé la même chose du X-Men Unlimited 5.

Dans Uncanny X-MenJohn Romita Jr se lance dans l’utilisation de la longueur et la verticalité. Le superbe épisode 309 prouve qu’il peut être au sommet. Il a tout un jeu sur les couleurs : une grande partie des pages a un cadre noir alors que chaque case joue sur quelques couleurs (noir, blanc et bleu marine). Même s’il est moins précis que dans Daredevil par exemple, il a beaucoup de jeux sur la matière par des coups de feutre. Dans la série X-Men, Andy Kubert rend Victor Creed magnifiquement sauvage et inquiétant avec les ombres, le regard et ses ongles démesurément griffus. J’ai cependant toujours du mal avec la colorisation et les poses un peu trop top modèles. L’encrage et surtout les couleurs criardes aplatissent le dessin. Si dans les séries régulières, les dessinateurs sont très bons, ailleurs c’est autre chose…Dans l’Annual 18, le dessin de Ian Churchill est ici très laid. Présent sur quelques pages, on reconnaît le style de Tim Sale mais sans être encore aussi épuré. Les dessins de Richard Bennett dans X-Men unlimited 4 ne sont pas plus réussis. Les formes, les mouvements et la mise en page partent dans tous les sens. Le dessin rend le récit ridicule. En fuyant, Mystique laisse tomber le bébé Diablo. La place des femmes est rétrograde car on ne présente que des victimes soumises en nuisette. Liam Sharp s’occupe de l’épisode cinq et son style a bien progressé. Il est ici typique des années 1990 avec une musculature démesurée et des positions improbables. Des cases semblent inachevées comme des éléments collés sans relief.

Alors, convaincus ?

J’ai encore passé un très bon moment sur ce volume. Progressivement, l’équipe de mutants passe de l’ombre à la lumière. Le duo de scénariste fonctionne bien comme le montre la bonne coordination sur le mariage et Xavier ou sur Dents de Sabre. J’ai bien aimé qu’ils reprennent les fils laissés inachevés pour les organiser à leur manière. Bien que j’eusse déjà lu la plupart de ces épisodes, j’ai découvert la complexité. Par contre, le problème de la période est le manque d’envergure des méchants. Le Bourreau par exemple a totalement disparu depuis.

Thomas Savidan

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