[Review] Punk Mambo

Croisée dans les pages de Shadowman, j’ai été envoûté par cette magicienne nihiliste et j’avais hâte de savoir si, en solo, elle pouvait être aussi radicale qu’en personnage secondaire.

Un résumé pour la route

Cette série limitée de cinq épisodes est écrite par Cullen Bunn (VenomBone Parish), dessinée par Adam Gorham (Dead DropNew Mutants) avec les couleurs de José Villarrubia. L’éditeur a ajouté le one-shot Punk Mambo 0 écrit par Peter Milligan (BritanniaHellblazer) et dessiné par Robert Gill (Old Man QuillX-O Manowar). La mini-série a été publiée aux États-Unis entre avril et août 2019 par Valiant entertainment et en France chez Bliss éditions le 3 juillet 2020.

Victoria est Punk Mambo, une rebelle anglaise devenue magicienne du vaudou mais elle reste une anarchiste qui doit se saouler pour agir et dont les réactions sont le plus souvent imprévisibles.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Par certains éléments, on retrouve quelques lieux communs de la magie. Punk Mambo intervient à la suite de légendes orales sur une famille de cannibales consanguins. La prêtresse vaudou agit au milieu du bayou de La Nouvelle-Orléans dans un repaire dont la réputation fait fuir les curieux. Dans cette ville souvent symbole de la tolérante, elle est membre d’une communauté de marginaux. Puis Mambo part chercher son loa à Haïti. Cette idée que la magie bouscule la frontière entre visible et invisible me fait penser que cela ferait un très bon récit géopolitique. Au fil de l’action, j’ai apprécié découvrir l’histoire locale de l’île. Marie Laveau, « reine du vaudou », apparaît. La fête de Saint-Jean-Baptiste est la première fête vaudou autorisée qui est devenue une occasion de boire. A cette occasion, la punk se montre attachée aux traditions d’une manière assez contradictoire. Le démon Tonton Macoute vient d’une police paramilitaire au service du dictateur Jean-Claude Duvalier. On suit un cours de géographique magique divertissant à différentes échelles. En effet, des pays, des espaces et des lieux magiques sont visités : La Nouvelle Orléans, Haïti, des bayous, une église pleine de fidèles envoûtés… des lieux sauvages ou de culte. On retrouve aussi l’idée que la magie est un monde d’initiés et de secrets. Tonton Macoute n’est pas le grand ennemi car il est emprisonné par un humain, Azaire Aguilliard. Comme souvent, il veut devenir le seul dieu du vaudou. Mambo devient ordinaire en présence d’Azaire. Enfin, une défaite est crédible et cela m’a fait ressentir sa colère.

Mais, avec Mambo, on sort des stéréotypes de la magicienne. Elle n’est pas pure et savante mais c’est une rockeuse en mini short dotée d’une crête rose. On apprend son passé dans le numéro zéro plus ancien et déjà publié dans l’intégrale Shadowman. Victoria est une jeune femme de la bourgeoisie qui a choisi la fugue pour rester une punk pure mais, piégée par deux amis, elle est kidnappée et utilisée pendant des années par un magicien qui lui pompe son énergie. Ce récit de Peter Milligan sent le fan de musique – le guide personnel de Mambo est Sid Vicious. Il raconte les racines anticonformistes et dangereuses du punk pour les jeunes générations qui y voient un folklore. Les méthodes de Punk Mambo sont aussi alternatives car non seulement elle fume mais doit être saoule pour agir. Elle vient faire la leçon aux cannibales avec ses poings grâce à son association avec Ayezan, le loa des passages… donc des passages à tabac. C’est le kidnapping de ce cet esprit par un vieux sorcier qui lance une enquête. L’enquête avançant, des loas (des dieux vaudous) les plus puissants viennent la voir dont le Baron samedi.

Ce volume approfondit ce personnage seulement croisé dans d’autres séries. Victoria est devenue une cynique cachant ses sentiments qui cherche sans cesse à rester libre et rebelle. Elle se sert de ses pouvoirs pour elle et les autres alors que les loas lui disent que sa fonction est d’être au service de la magie. Elle ne les écoute pas et, au contraire, les insulte ce qui lui permet de découvrir la vérité. Elle est donc une magicienne anarchiste. Cette idée assez rare en fait un personnage vraiment prometteur. Devant faire équipe avec Josef plus respectueux des rites, le duo reposant sur des opposition fonctionne très bien. C’est assez original de faire de cet haïtien noir l’incarnation de la conservation. Pour lui, Punk est une petite Anglaise pourrie gâtée et pleine d’amertume qui utilise les loas au lieu d’être traversé par eux. C’est parfois assez juste mais cela en fait un hymne à l’adolescence. De plus, selon elle, la magie puissante à la naissance disparaît en grandissant pour la plupart des gens.

Son opposant est d’ailleurs aussi un fils en conflit avec ses parents. Élevé par deux magiciens, Azaire Aguilliard n’a pas de pouvoir et, pire, il fait fuir la magie. Il a été rejeté par ses parents et a donc décidé de devenir riche. Derrière les paroles sur la recherche de puissance (financière puis magique), Azaire est un fils abandonné qui veut remplir son cœur de l’amour qu’il n’a pas eu. Mais il est aussi un moyen pour Bunn de dénoncer le système capitaliste. L’ennemi voit l’argent comme une magie et pense que Mambo « n’adhérera jamais à la politique de l’entreprise ». Son loa demande de verser la dîme. Puis, plus loin, en absorbant les loas, il exploite les autres. Face à cette menace, Mambo lance une révolution de loas et donc prend ses responsabilités grâce à sa rage. Cette lutte des dieux contre un seul m’a aussi paru dénoncer le monothéisme.

Le dessinateur Adam Gorham assure un très bon travail. Le voyage de Mambo dans le vide à l’intérieur d’Azaire est très beau. J’ai été encore plus convaincu par le dessin de Dave Sharp pour l’épisode zéro avec un encrage fin tout en étant très présent. Ses visages sont superbes.

Alors, convaincus ?

Par l’éloge de la rébellion et ce personnage adolescent, ce récit très réussi est intrinsèquement punk. Punk Mambo est aussi une histoire décalée et horrifique sur une héroïne très originale qui mériterait une série bien plus longue. En effet, le tome se clôt par un très bon cliffhanger. Cependant, on n’a pour l’instant pas d’annonce sur la suite.

Thomas Savidan

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. thomassavidan dit :

    Merci pour le partage de l’article.

    J'aime

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