[review] House of X/ Powers of X 2

Emballé par le premier volume, j’attendais avec anxiété de savoir comment Hickman allait prolonger le lancement réussi du renouveau des mutants après des années confuses ou routinières.

Un résumé pour la route

house_X_1Ce volume rassemble l’épisode 2 d’House of X daté d’octobre 2019 et les épisodes 2 et 3 de Powers of X du même mois. Ils ont été publiés aux États-Unis par Marvel et en France par Panini le 1er juillet. L’ensemble est scénarisé par Jonathan Hickman (Black Monday MurdersThe Dying and the dead) et colorisé par Marte Gracia. La première série est dessinée par Pepe Larraz (ExterminationAvengers) et la seconde par R.B. Silva (X-Men BlueSuperboy).

Xavier vient de dévoiler au monde son projet. Alors que tous les mutants volontaires peuvent venir sur réfugier sur l’île Krakoa, il propose aux nations de reconnaître ce refuge comme un État souverain. En échange, les humains pourront profiter des bienfaits apportés par l’île dans le présent utopique d’House of X. Cependant, dans le futur proche de Powers of X, les mutants ont fui la Terre pour migrer dans l’empire Shi-ar. La poignée de survivants – Apocalpyse et ses quatre cavaliers (Wolverine est Guerre, Xorn est mort, Nord est peste et une fusion Krakoa/Cypher est famine) ainsi que deux mutants clonés – est pourchassée par des sentinelles. Dans un futur lointain, une archiviste se prépare à enregistrer un mystérieux événement capital pour la Terre.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Alors que l’épisode précédent était centré sur le projet de Xavier, tout le premier épisode concerne Moira Mac Taggert. Cela fait pourtant des années que ce personnage est dans l’ombre. A nouveau, Hickman aime désarçonner le lecteur car on découvre dans la première page – présentée comme un pré-générique – que Moira est une mutante. Morte, elle s’est réincarnée dans l’utérus de sa mère car elle peut revivre sa vie précédente. Pour comprendre ce qui lui arrive et prouver qu’elle n’est pas folle, elle fait des expériences et des études à l’université. Se croyant immortelle, elle planifie alors sa vie à long terme car elle fait des études différentes à chaque vie (psychologie puis science, anthropologie et génétique). Ayant épuisé la vie rangée d’une femme de sa génération, Moira est l’exemple d’une émancipation féminine. Cependant, en montrant l’évolution négative de Moira, Hickman reprend des arguments des pires misogynes : une femme éduquée se croit supérieure aux hommes, elle ne peut exister sans mari et une femme sans enfant a une vie triste. Le savoir conduit au mépris. Elle ne peut plus tomber amoureuse car elle sait que les hommes qui lui plaisent ont des défauts insupportables. Elle meurt une deuxième fois lors d’un accident d’avion en voulant rejoindre Xavier qui s’est déclaré mutant à la télévision. Alors que l’utopiste Xavier se tourne vers sa communauté pour l’aider, la recherche sur soi de Moira est parfois proche de l’égoïsme et la ferme aux autres. On découvre un personnage bien plus complexe que par le passé. Elle est plus heureuse dans l’utérus car elle voit le monde extérieur comme un danger. C’est aussi pour cela qu’elle a caché la réalité de sa situation à ses parents. Autant l’épisode un d’House of X était lumineux, autant celui-ci est sombre.

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Hickman accompagne aussi le lecteur. Il ne présente pas tout de suite la noirceur de Moira mais, par son parcours dans ses multiples vies, le lecteur voit la complexité de sa pensée. Dès le début, elle déteste ses capacités mutantes puis elle souhaite trouver un remède pour guérir les mutants de cette maladie. L’épisode se termine par un superbe cliffhanger : elle ouvre à Charles son esprit et on peut donc penser que c’est elle qui propose le projet Krakoa. J’ai écrit qu’House of X me semblait totalement hors-sol par rapport à l’époque actuelle mais la série est totalement en résonance avec les mouvements des minorités : black lives Matter, #metoo qui critiquent une discrimination systémique. Ces mouvements prônent aussi la création d’espace protecteur pour une minorité afin qu’elle puisse s’exprimer et sortir des représentations extérieures. Krakoa est cet espace pour les mutants. En plein dans le contexte actuel des théories de l’effondrement, Moira veut dépasser la survie et chercher la prospérité. Le deuxième Powers of X est la suite directe d’House of X. Moira va avec Xavier révéler le futur et leur projet à Magnéto qui n’est pas encore le leader de la Confrérie des Mauvais Mutants. Dans l’article précédent, j’avais une vision séparatiste du projet de Xavier. Mais, après les discussions avec Sonia et la lecture de ces épisodes, j’ai une autre interprétation. Hickman montre comment une communauté persécutée reproduit les mêmes mécanismes que ses persécuteurs. Pour bien saisir, je ne saurais trop vous conseiller de lire aussi les textes et de regarder les schémas accompagnant le comics. Un ensemble de frises chronologiques reprend et complète la bd par une description des dix vies de Moira bien qu’il manque la sixième vie. Le scénariste sème des indices dans la typographie : dans le coin de la première page, on voit le nom de Krakoa coupé en deux et mélangé avec le nom d’Apocalypse. Je ne sais pas encore comment l’interpréter mais cela viendra. Ces ajouts font du run d’Hickman une œuvre totale dans le sens où chaque élément a un sens. C’est pour cela que le designer Tom Muller est cité dans l’équipe créative. 

On retrouve par ce cas individuel de Moira la réflexion du tome précédent sur les conséquences d’une action. Découvrant enfant sa situation unique, Moira adopte une démarche scientifique même si elle sait que l’observateur n’est jamais neutre et agit aussi sur les faits : si elle reproduit les actes de sa vie précédente, rien ne change mais elle peut faire « diverger » la réalité si elle agit. L’information (par les études, la réflexion personnelle ou l’expérimentation) permet l’action mais les conséquences sont multiples et inattendues. Cependant, toutes ses tentatives n’arrivent pas à empêcher un génocide par les Sentinelles dans le futur proche. Le futur lointain est très sombre car les terriens demande l’ascension qui est l’assimilation avec un virus techno-organique. Les super-héros gagnent toujours mais l’évolution est incontrôlable. Par ces différentes tentatives, Hickman fait aussi un commentaire méta sur la série X-Men. On retrouve le thème de l’homme contre la machine ou surtout du remplacement inévitable de l’Homme par la machine. Dans le tableau des types de sociétés planétaires, on retrouve les différentes intelligences informatiques créés dans X-Men : la sentinelle, Magus le père de Warlock, la phalanx. Le scénariste réécrit le Complot Phalanx : le virus techno-organique est injecté car la civilisation n’était pas assez évoluée (la Terre dans les années 1990). A chaque naissance, Moira tente une nouvelle utopie pro ou anti-mutante et elle ne cesse de la radicaliser. Dans la troisième, elle invente un sérum qui annule le gène mutant puis, après sa rencontre avec Destinée, elle commence à penser aux autres. Elle suit le projet de Xavier et passe même sa vie avec lui. Dans la cinquième, elle choisit le communautarisme : créer un refuge pour les mutants qui ressemble au projet de Cyclope sur l’astéroïde M. Dans le septième, elle tue les créateurs des Sentinelles et leurs enfants avant qu’ils ne menacent les mutants comme X-Force. Elle suit Magnéto à la huitième puis prône la survie du plus fort en devenant la compagne d’Apocalypse.

Hickman rend surtout hommage au run de Claremont. Dans le présent, Nemrod – la Sentinelle du futur datant aussi des années 1980 – va arriver. Dans le futur proche, les X-Men se préparent à une mission suicide contre des Sentinelles comme dans Days of Future Past. On retrouve des lieux anciens des X-Men : l’île M dans le triangle des Bermudes. Comme avec cette référence scénaristique des X-Men, les personnages sont très forts et d’autres personnages longtemps mis de côté reviennent. Destinée, la voyante mutante et la compagne de Mystique est la première à comprendre que Moira est une mutante invisible pour les autres mutants. Elle est rendue bien plus redoutable car elle maîtrise mieux son pouvoir : elle sait que Moira a un nombre réduit de résurrection, saurait la retrouver et sait comment la tuer définitivement. A l’inverse, il y aurait une critique des histoires récentes quand l’image sur Avengers versus X-Men est décrite comme « la décennie perdue ». Est-ce une critique de la mise de côté par Marvel ? Néanmoins, le scénariste ne nie pas les évolutions récentes car il reprend un Cyclope cynique et désabusé et l’idée que Xavier a un complexe divin. 

Bien qu’Hickman rend hommage à Claremont mais le nouveau scénariste est plus conceptuel. On suit toujours trois périodes chronologiques où les mutants se questionnent sur leur survie. L’avenir est de plus en plus sombre. Dans le futur lointain, les Humains ont baissé les bras et réclament la fin du monde. Dans le temps présent, Xavier, Magneto et Cyclope ont pris connaissance du complot des Orchis et de la Moule matrice près du Soleil, une sentinelle qui fabrique des moules initiaux mais ils s’organisent pour lutter. Dans le premier futur, il ne reste qu’une poignée se préparant à une mission de la dernière chance. Les mutants avaient toujours cherché à s’allier aux humains mais, pour l’assistante de Nemrod, il n’y a plus de terrain d’entente car, même s’ils utilisent les mêmes mots, ils n’ont plus le même langage. On pense aux débats entre Trump et les progressistes où chacun utilise les mêmes mots mais dans un sens tellement différent que le dialogue est impossible. Étrangement, le langage est très éloigné de la manière habituelle de faire parler les robots : Nemrod est sarcastique. Les résistants mutants ont face à eux non seulement les robots mais l’Église de l’ascension très fataliste avec une idéologie antihumaniste. Selon leur évêque, il vaut mieux « servir au paradis que de régner dans l’enfer humain ». L’humain est faillible et l’esprit critique est une menace. De plus, il ne peut être amélioré. Il vaut donc mieux rejeter son humanité et choisir la machine. Cela se voit lors du baptême d’un enfant qui consiste à lui injecter un virus techno-organique divisant ainsi son visage entre une part humaine et des circuits imprimés, entre l’échec présent et un côté parfait. Lors de cette action de la dernière chance, les mutants oublient leurs limites morales. Ils attaquent une église humaine et le pacifiste Cardinal a avalé une graine d’Apocalypse. Tout cela n’avait pour but que de confier une information à Moira avant de la tuer pour la neuvième fois.

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Par l’intermédiaire de l’Église de l’ascension, on peut aussi voir une critique de la religion. Un chef religieux porte une tenue inspirée du clergé catholique en reprenant la couleur des évêques. La salle a un autel mais aussi des drapeaux aux couleurs faisant penser au nazisme. Le futur proche m’évoque beaucoup le métier d’écrivain : Nemrod parle la joie de la fiction par le mensonge. Xorn affirme que la seule chose qui compte est de laisser une trace. Les archives sont très présentes dans les deux futurs : les mutants ont volé une carte mémoire mais comme les machines archivent tout, ils doivent découvrir une méthode pour trouver l’information. Le personnage principal du futur lointain de Powers of X est une archiviste. Je suis plus perdu dans cette partie. Nimbus, une intelligence collective formée par les plus grands cerveaux de la Terre, a été envoyée sur une géante gazeuse afin de devenir encore plus intelligente. Ce projet a été dévoré par la Phalanx. Mais l’intérêt de ce tableau des types de sociétés planétaires et du schéma correspondant est encore flou.

Je suis toujours aussi fan du style de Pepe Larraz. Il rend bien le regard froid de Moira mais aussi les attitudes de péroraison de Xavier. Quand Moira expose son projet, il détruit le quatrième mur car elle regarde le lecteur. Lors de la rencontre de Moira avec Xavier à l’université, on retrouve le plaisir d’Un jour sans fin avec des cases reprenant une même scène mais légèrement différente à chaque vie. La mise en page varie à chaque réincarnation. Même s’il assure très bien le travail, je trouve le dessin de R.B. Silva plus plat et la composition des cases moins immersives : il a recours à plus d’angles moyens et ses personnages sont plus petits. Cependant, il est très doué pour les paysages et les designs de science-fiction. Dans le futur, l’écriture ressemble à des idéogrammes. Il utilise l’exotisme pour montrer le futur mais j’y vois aussi un lien avec la place croissante de la Chine et de l’Inde dans la géopolitique contemporaine.

Panini, par l’introduction précise et la postface, pose les bonnes questions. Le travail est plus proche d’un livre que d’une revue. De plus, à la fin, on trouve l’ensemble des couvertures variantes.

Alors, convaincus ?

J’ai été tout autant emballé par le deuxième tome de cette mini-série. Le dessin est toujours aussi réussi. Le scénario arrive à concilier l’impossible : surprendre le spectateur à chaque épisode tout en construisant un récit dense, multiplier les personnages tout en offrant à chacun une personnalité et un destin fort, multiplier les pistes narratives tout en ayant un sens à chacune.

Thomas Savidan

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