[review] Wonder Woman 80 ans

Les anniversaires sont toujours propices aux sorties exceptionnelles, surtout quand, en plus, un film s’annonce sur le personnage en question. Entre autres anniversaires, nous célébrons, avec un peu d’avance puisque l’Amazone est née en 1941,  les quatre-vingts ans de Wonder Woman, un des personnages féminins les plus marquants de l’histoire des comics. Pour fêter l’événement, Urban Comics a choisi de ne pas sortir une anthologie de récits de différentes époques puisque cela avait déjà été fait mais de regrouper et publier en français divers récits publiés à l’occasion des 75 ans du personnage, un annual et le numéro 750 des aventures de l’Amazone. Un choix pertinent puisque l’on retrouve les plus grand talents actuels pour un hymne à la Princesse Diana.

Un résumé pour la route

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Wonder Woman 80 ans est un volume édité en France par Urban Comics en 2020. Cet ouvrage reprend les récits de Wonder Woman 75th anniversary special #1 sorti aux Etats-Unis en 2016, où l’on retrouve les scénaristes suivants : Rafael Scavone, Rafael Albuquerque, Brenden Fletcher, Karl Kerschl, Marghread Scott, Fabio Moon, Renae De Liz, Liam Sharp,  Jill Thompson, Hope Larson, Marguerite Bennett ou Gail Simone et une pléiade de dessinateurs comme Rafael Albuquerque, Karl Kerschl, Marguerite Sauvage, Riley Rossmo, Ramon Bachs, Colleen Doran. Le tout est agrémenté de pin-up de Phil Jimenez ou Yanick Paquette et de couvertures à tomber par terre de Brian Bolland.

La deuxième partie de l’ouvrage reprend Wonder Woman annual #1 avec au scénario Greg Rucka, Vita Ayala, Michel Moreci, Collin Kelly et Jackson Lanzing. Les dessins sont de Nicola Scott, Stéphanie Hans, Claire Roe.

La troisième série de récits est empruntée à  Wonder Woman #750 paru aux Etats-Unis en Janvier 2020 avec des scénarii signés Gail Simone, Mariko Tamaki, Greg Rucka, Kami Garcia, Shannon et Dean Hale, Marguerite Bennett, Vito Alaya et Scott Snyder. Les illustrations sont signées Colleen Doran, Elena Casagrande, Nicola Scott, Phil Hester, Riley Rossmo, Laura Braga, Amancay Nahuelpan, Bryan Hitch. On retrouve aussi une galerie de pin-up et de couvertures toutes plus splendides les unes que les autres.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Il s’agit ici d’offrir à un large panel d’artistes l’occasion de nous offrir leur vision de l’Amazone, chaque récit permettant de voir quelles sont les valeurs de Wonder Woman que les auteurs et autrices souhaitent mettre en avant. Ainsi, on explore toutes les facettes du personnage que l’on retrouve à toutes les époques : l’honneur, l’altruisme, l’empathie pour les êtres vivants, l’espoir indéfectible, la confiance et la droiture. Les histoires sont courtes et on accroche plus ou moins au sujet ou au dessin mais l’ensemble est tellement varié que le lecteur y trouvera forcément des petites pépites.

Le volume s’ouvre sur la Seconde Guerre mondiale, Rafael Scavone et Rafael Albuquerque rappelant ainsi la période de naissance de l’Amazone. L’histoire est touchante et se déroule en France, ce qui n’est pas pour déplaire au lecteur de l’Hexagone. De tout l’ouvrage, c’est le deuxième récit qui m’a le plus touchée, il est pourtant tout simple et presque mutique puisque les deux premières pages ne comportent aucun dialogue mais cette histoire toute simple qui veut nous sensibiliser à la cause animale m’a émue aux larmes.

Plusieurs auteurs choisissent de mettre en avant la compassion de Wonder Woman envers celles et ceux qui se sont laissé.es corrompre par le mal. Évitant une condamnation hâtive, elle laisse toujours une seconde chance à ses adversaires afin qu’ils ou elles puissent saisir cette occasion de rédemption. C’est le cas lors de son combat avec Giganta, orchestré par Marghread Scott, de sa rencontre avec la baronne von Gunther signée Renae de Liz, du pugilat l’opposant à Titano, un signe manipulé par un humain sans scrupule dans un récit de Gail Simone ou au roi Squale. L’Amazone parvient même à sauver un Kaiju en détresse. Sa volonté de sauver ses adversaires se ressent également fortement lorsqu’elle est opposée à Silver Swan chez qui elle sait déceler la fragilité sous sa colère.

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Parmi les moments forts, je retiens notamment l’histoire signée Michael Moreci et Stéphanie Hans qui s’inspire des récits japonais et dans lequel honneur et sacrifice sont mis en avant avec brio tant sur le plan de l’écriture que sur celui du dessin. C’est beau, tout simplement. J’ai également beaucoup aimé le récit signé Greg Rucka et Nicola Scott, certes parce que je suis une fan absolue de cette dessinatrice mais parce que la relation entre Diana Et Cheetah est magnifiquement exploitée, il suffit de regarder la double page qui oppose les deux adversaires pour tomber raide devant le talent de Nicola Scott.

Certains artistes préfèrent évoquer la relation complexe qui unit Diana à sa mère et à son île comme dans les deux pages signées Liam Sharp et intitulées Ô Themyscira. Les références mythologiques apparaissent fort heureusement dans les pages de Jill Thompson qui montre Diana aux prises avec des monstres tout droit sortis de la mythologie grecque. Mariko Tamaki n’oublie pas l’un des ennemis les plus tenaces de Wonder Woman puisque son histoire oppose Diana à Arès.

 

Une des autres constantes de Wonder Woman est d’être l’inspiratrice de jeunes femmes idéalistes qui souhaitent suivre ses traces. On sent que cette thématique tient particulièrement à cœur à Gail Simone qui met en scène Fleur Stellaire, une jeune fille qui cherche à faire le bien autour d’elle et qui rencontre Diana, son héroïne. Cette histoire est chargée en émotion, surtout lorsque c’est la fillette qui réconforte l’Amazone lorsque cette dernière a de la peine. On retrouve là toute la finesse de l’écriture de Gail Simone qui montre qu’on peut être héroïque sans forcément être une super-héroïne, il suffit d’être généreux et de rester ferme sur ses valeurs.

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Enfin, un des autres points forts de cet ensemble est de bien se concentrer sur Diana et son univers sans trop insister sur la présence des autres héros de l’univers DC Comics. Un seul récit met en scène Superman et Batman et évoque avec une grande douceur la première rencontre de la Trinité dans un récit du duo Greg Rucka / Nicola Scott. La brièveté des récits oblige les auteurs à aller à l’essentiel, ce qui n’est pas un exercice facile mais qui se révèle parfaitement maîtrisé par l’ensemble des artistes. Alors, certes, on peut être moins sensible à certains dessinateurs, les styles étant fort différents et certaines thématiques parleront sans doute plus que d’autres. Si le ton est parfois drôle, il est le plus souvent mélancolique, ce qui donne encore plus de force à l’ensemble.

Ajoutons à cela les magnifiques pin-up et couvertures de grands artistes comme Brian Bolland, Yanick Paquette ou Phil Jimenez dont j’aime toujours autant le style et dont je rêve qu’Urban réédite le run qu’il a consacré à Wonder Woman. En fin de volume, on retrouve encore pin-up et couvertures, j’aime beaucoup le travail volontairement rétro de Joshua Middleton, la couverture puissante de Jim Lee. Je suis tombée en admiration totale devant les Wonder Woman d’Alex Ross, de Gabrielle Dell’Otto et évidemment de Nicola Scott.

Alors, convaincus ?

Amoureux de Wonder Woman, amateurs de l’Amazone ou simples curieux devraient trouver leur bonheur avec cet ouvrage. Comme dans un recueil de nouvelles, on passe d’un récit à l’autre, d’une ambiance à l’autre avec bonheur, surprise ou émerveillement. Si des thématiques se dégagent, chaque auteur est libre de montrer la facette qui l’intéresse ou le touche chez Diana. Le lecteur ressent une grande empathie pour cette héroïne mais aussi pour tous ceux qui l’entourent, amis ou ennemis – Cheetah et Silver Swan sont extrêmement touchantes.

Chaque histoire donne envie de se replonger dans les runs des grands auteurs et de voir certains des artistes présents ici sur un récit plus long. La diversité des univers présentés est une vraie richesse et le choix d’Urban est des plus intelligents. Wonder Woman méritait bien un tel hommage et on ne saurait trop conseiller de se procurer ce titre, ne serait-ce que pour la beauté des planches qu’on y trouve.

Sonia Dollinger

 

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