[Interview] Aurélien Lemant, auteur de Watchmen : Now

Fin 2019, l’éditeur Aedon publiait dans sa collection « Le Club de la bande dessinée » le Watchmen : Now – Dieu, comics et super-héros d’Aurélien Lemant. Le livre intriguait particulièrement Siegfried, qui consacre une partie de sa thèse au comics d’Alan Moore, Dave Gibbons et John Higgins, et qui a donc eu la chance de dialoguer avec son auteur.

Bonjour Aurélien, et avant tout félicitations pour la passionnante étude littéraire, métaphysique, politique, historico-culturelle, que vous livrez avec Watchmen : Now – Dieu, comics et super-héros ! Pourriez-vous commencer par vous présenter et nous raconter un peu comment vous en êtes arrivé à écrire un livre sur Watchmen pour Aedon ?

Bonjour Siegfried, et surtout merci ! Que dire ? Je suis acteur de formation, directeur d’une compagnie théâtrale et lecteur public depuis maintenant plus de vingt ans. Mon amour de la lecture me vient notamment des comic books super-héroïques que je lis dès le début des années 1980, d’abord occasionnellement puis avec frénésie à partir de 1985. J’ai 9 ans à l’époque. Marvel a participé à mon éducation populaire, politique et sensible, au moins autant que ces grands classiques de la littérature que sont les œuvres de Mark Twain, Jules Verne ou Arthur Conan Doyle. Si je suis devenu essayiste – domaine dans lequel, contre toute attente, je suis le plus reconnu aujourd’hui –, c’est en partie grâce aux super-héros puisque je me suis mis en tête de les utiliser pour enseigner l’histoire du théâtre, puis d’écrire sur eux, ce qui a d’abord donné lieu à des articles, de nombreuses interventions, rencontres et conférences sur le sujet aussi bien à l’école auprès d’enfants qu’au Palais de Tokyo, avant d’enfin devenir des livres, comme par exemple celui qui nous occupe à présent. Celui-ci est une commande passée par les directeurs de collection Tristan Garcia et Nicolas Tellop, qui gèrent le « Club de la bande dessinée » aux éditions Aedon. De moi-même, je n’aurais jamais pensé consacrer tout un volume aux Watchmen. C’est vraiment leur idée.

Dans un livre de cent pages sur Watchmen, on s’attendrait à relire pour la centième fois l’origine des personnages chez Charlton, le conflit entre Moore et DC Comics… Pourtant vous préférez livrer des analyses plus ponctuelles d’aspects qui semblent vous avoir personnellement fasciné dans l’œuvre elle-même et dans sa résonance avec le contexte culturel… Comment résumeriez-vous votre démarche, ce que vous avez cherché à faire ?

Lorsque j’aborde l’écriture d’un de mes livres, quel qu’il soit, je me pose en premier lieu la question de la discipline artistique qu’il étudie, plutôt que celle d’une thématique isolée, d’un axe déterminé. C’est mon traitement de la discipline qui orientera mon analyse du sujet. Par exemple, lorsque l’on m’a commandé un livre sur le romancier Philip K. Dick, j’ai choisi de réfléchir sur la question du roman comme art et comme matériau, pas seulement d’écrire sur la biographie et la carrière de Dick, ce qui ne m’intéresse pas, celles-ci ayant été abondamment commentées avant moi. S’est alors posée la question du rapport du lecteur au roman, et plus uniquement celui du romancier à sa narration. La même chose s’est déroulée avec le domaine musical pour un autre ouvrage, dans lequel j’ai approché le groupe de métal Blue Öyster Cult selon une perspective moins historiographique et encyclopédique que métaphysique. Je m’y suis donné pour tâche, avec mon coauteur Mathieu Bollon, d’examiner la musique comme discipline et ses effets comme application pratique, tant sur l’auditeur que sur le musicien. Naturellement, accepter la proposition d’écrire sur Watchmen m’a conduit à spéculer avant toute chose sur le médium bande dessinée. Décision raccord avec l’objet de la collection qui voulait me publier. C’est pourquoi j’ai écrit sur le comic de Moore et Gibbons plutôt que sur le film de Snyder, qui n’occupe quant à lui que quelques lignes dans mon essai. Ça a énormément de sens de s’interroger sur le support de la fable, parce que vous ne racontez pas du tout la même histoire si vous passez par le roman, le cinéma ou la bande dessinée.

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Pourquoi vous paraissait-il important de consacrer un ouvrage à cette œuvre en particulier après avoir écrit sur Blue Öyster Cult, Philip K. Dick, Maurice Dantec et Jodorowsky ? Qu’est-ce qui vous y fascinait particulièrement ?

Le choix de me confier un tel projet n’est pas dû au hasard. Nicolas Tellop savait que je tenais comme lui Watchmen en très haute estime, et que j’avais jadis préparé des notes pour le chapitre d’un autre opus consacré aux super-héros, opus que je n’avais pas achevé, et même abandonné pour tout dire. M’avoir donné l’opportunité de rebondir sur ces notes qui datent de 2013-2014, afin de concevoir un essai tout entier dédié à ce chef-d’œuvre, j’estime que c’est un cadeau qui m’a été fait ! Il me semble que Watchmen concentre en ses pages l’idée même de bande dessinée. Que Moore et Gibbons questionnent à même leur récit le médium qu’ils ont décidé d’investir. Watchmen est déjà, dans mon regard de lecteur, une forme d’essai philosophique sur la bédé, ses langages, ses manies, sa culture, sa propre histoire de l’art. Peu d’œuvres de grande audience ont réussi à accomplir ce genre d’exploit sans tomber dans les travers du méta : Watchmen peut aussi s’appréhender comme pur récit policier, ou fantastique, ou d’anticipation, sans tenir compte de l’appareil autocritique ou postmoderne, et s’adresser au plus grand nombre. En ce sens et pour ces raisons, établir des passerelles entre cette bédé et le disque Sgt. Pepper des Beatles m’est apparu une évidence utile à exploiter pour mesurer l’impact culturel et historique de Watchmen.

Kate Polak estime dans Ethics in the Gutter que l’élément au cœur de Watchmen, la scène cruciale pour comprendre son moteur dramatique et réflexif, est le viol de Sally Jupiter par Blake. Quelqu’un de plus terre-à-terre estimerait sans doute que c’est l’arrivée de Manhattan, point de départ radical de l’uchronie, ou l’assassinat du Comédien, point de départ de l’intrigue. S’il fallait être un peu rhétorique, j’avancerais bien qu’il s’agit de la résolution par Alexandre du problème du nœud gordien. Distingueriez-vous une autre scène-clef, ne serait-ce que pour vous prêter au jeu ?

J’aime ce jeu ! Alors j’en profiterai pour jouer deux fois, et distinguerai deux séquences. La première qui me vient à l’esprit est la toute dernière vignette de la bande dessinée, puisque c’est par elle que tout est rendu possible rétroactivement. Watchmen, c’est le récit consigné dans son carnet par Rorschach, lu et interprété par un Seymour ou un Hector Godfrey (les responsables du quotidien New Frontiersman), c’est déjà le scénario quasi au complet, sous les espèces d’un journal intime tendu au lecteur. Tout peut être relu et compris autrement maintenant que nous en connaissons les issues. C’est d’ailleurs ici que commence véritablement la bande dessinée, à la toute fin ! Cette fin nous invite à réitérer notre lecture, puisque cette dernière image dessine une boucle en répondant à la première, qu’elle reprend. Et même mieux : c’est la première image du comic qui reprend la dernière, comme si la narration était consciente par avance de sa forme finale. Il n’y aurait ainsi pas de cœur, puisque c’est une boucle, ce que Dr Manhattan nous révèle très tôt dans la fable en nous expliquant qu’il vit chaque instant comme s’il avait déjà eu lieu. Ce voyage dans le temps, c’est d’abord et surtout notre lecture. L’autre moteur, c’est la dispute de Laurie avec Jon, quand ils font l’amour sans savoir (pour elle) que ce sera la dernière fois. C’est de là que part toute la dynamique. Ils se querellent, elle part, donne rendez-vous à Daniel, ils se fréquentent, sont agressés par des hooligans qu’ils mettent en déroute comme au bon vieux temps, sont tentés de redevenir les héros d’autrefois, sauvent Walter, faisant basculer le résultat de l’enquête de ce dernier. Sans cette engueulade initiale entre deux amants, plus de récit. Jon/Dr Manhattan le savait, et l’a provoqué sans intervenir, en laissant faire.

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Que répondriez-vous à un lecteur jugeant Watchmen un peu daté, notamment dans les couleurs, un rapport au texte un peu dense, une modernité bien de son temps… ?

Qu’il ne faut surtout pas qu’il ouvre une page de Balzac ou de Dostoïevski ! Que l’heure viendra où il sera comme moi un vieux croûton ! Que la contemporanéité qui est la sienne est l’Antiquité de tout un peuple encore à inventer ! Que Moore, Gibbons et Higgins ont, peut-être sans le vouloir, permis à une œuvre de littérature populaire de recueillir la patine du temps dès le départ, en singeant un conformisme de surface pour y intercaler les éléments disruptifs nécessaires à l’électrochoc, rien de moins ! Ces éléments sont, parmi d’autres, un ancrage volontaire dans l’Histoire – d’où la datation, et non l’aspect faussement « daté »  –, un hommage référentiel à l’histoire du médium comic – d’où un choix de couleurs classiques d’apparence trompeuse, puisque les dominantes sont inversées par rapport aux usages en vigueur à l’époque –, une qualité littéraire auteuriste, renforcée par la pluralité des registres de langue (Neil Gaiman dépassera son mentor et ami Alan Moore dans cet art) et l’emboîtement des narrations (comic book dans le comic book, courriers, journal intime, articles de presse et interviews, autobiographie, voix télévisuelles, informations taguées ou affichées sur les murs…), et une modernité qui est le propre du classique comme dirait Yasmina Reza, c’est-à-dire la capacité à poser une série de questions qui ne s’épuisent pas une fois sorties du contexte de publication originel. Au hasard, « pourquoi forcément accepter la violence au nom de la paix », ou encore « de quoi celui qui peut tout est-il incapable ? », et ainsi de suite. L’universalisme est toujours un peu encombrant, c’est vrai.

Watchmen est généralement considéré comme le comics initiant le Modern Age, alors même que la remise en cause super-héroïque était une antienne du strip satirique (Superduperman en tête), semblait actée dans les années 1970 par le relevant comics jusqu’au roman Superfolks (dont vous notez judicieusement l’importance présumée pour Moore), que le run Squadron Supreme de Gruenwald semble tenir un an avant Watchmen tout le propos de Moore et Gibbons… Pourquoi retient-on à ce point Watchmen, et pourquoi s’agit-il à votre avis malgré tout d’une étape importante dans la bande dessinée super-héroïque (pour ne pas dire dans la bande dessinée en général, voire dans la culture populaire), l’album « le plus ambitieux pour son époque et dans son genre, une somme dans laquelle retrouver, compilées, interrogées et magnifiées, pas moins de quarante-huit années de littératures super-héroïques » ?

Principalement pour des raisons qualitatives comme celles que j’évoquais auparavant, ce qui distingue par essence Watchmen des autres œuvres que vous citez à bon droit. Par qualité, on entendra ici à la fois le caractère même de la bande dessinée, ses propriétés intrinsèques, qui font qu’en tant que médium elle est à appréhender autrement qu’un roman (Superfolks), et même autrement qu’un pastiche de bande dessinée (Superduperman, que Moore n’oublie pas puisque Watchmen en est le versant glauque, réaliste et alarmiste assumé) ; et bien évidemment on entendra à la fois la qualité au sens de compétence comparative, voire superlative. La collégiale de Saint Aignan sur Cher est très belle et sa crypte est tout à fait renversante, mais elle ne tient pas la comparaison avec la Sagrada Familia de Barcelone, bâtie pas loin de neuf cents ans après elle. Dans les deux cas, il s’agit de lieux de culte chrétiens, mais l’analogie s’arrête là. De manière connexe, selon moi, juxtaposer les ambitions de Mark Gruenwald et Alan Moore n’est pas une option. Si Squadron Supreme aborde ouvertement des thématiques plus adultes que ce que la bande dessinée américaine mainstream, en l’occurrence Marvel, pouvait alors offrir à ses lecteurs (le totalitarisme, le lavage de cerveau – la manipulation amoureuse autant que la modification artificielle de la personnalité –, le recours aux hors-la-loi afin d’assurer le service d’ordre, l’usage contre nature de super-pouvoirs pour assouvir des fantasmes notamment sexuels, la mort d’un super-héros, le cancer incurable d’un autre, etcetera.), le traitement scénaristique demeure d’une facture extrêmement adolescente, coulée dans les travées habituelles du comic de super-héros. Le découpage est vivant mais sans invention ni trouvaille, les dialogues font souvent penser à du cartoon, ils sont répétitifs, ampoulés, redondants face au dessin, presque caricaturaux de ce que le silver age pouvait produire. Enfant, ils m’ennuyaient dans les pages de Spidey. Adulte, je suis stupéfait par le discours politique servi aux gamins qui le lisent par Gruenwald qui, sous couvert de respect du Bill of Rights, tient fermement et sans ambiguïté une position pro-armes au nom de l’amour de la liberté, ce qui bien sûr est à mille lieues de la critique anar ou gauchisante que des Britanniques tels que Gibbons et Moore défendent juste après lui dans Watchmen, une bande dessinée pourtant éditée par une maison tout aussi américaine que Marvel. Pour Moore, l’arme, c’est l’homme politique. Et, par contrecoup immédiat, le super-héros. Gruenwald, paix à son âme, a essuyé une partie des plâtres (comme d’autres avant lui), mais la dette s’arrête ici. Nous pouvons donc soutenir que l’intention ne suffit pas à faire d’un travail ambitieux un chef-d’œuvre, ce que n’est pas Squadron Supreme malgré ses quelques vraies qualités – surtout pour l’époque, convenons-en, et donc un peu avant Watchmen. D’habitude, je ne cite Squadron Supreme que dans le cas de rapprochements explicatifs avec la série The Boys de Ennis et Robertson, que beaucoup de monde compare à Watchmen, alors qu’il me semble davantage pertinent de mettre The Boys et le travail de Gruenwald en perspective, ne serait-ce que dans leurs parodies communes de la Ligue des justiciers, et leur critique d’une super-équipe toute puissante. Pour synthétiser ma réponse, c’est le travail exceptionnel du trio Moore-Gibbons-Higgins qui, en s’efforçant d’être des orfèvres en matière de narration et des visionnaires en termes de restitution, donc capables de transmettre des visions au lecteur, fait de leur Watchmen un jalon et une référence, non seulement dans le cercle un peu fermé des aficionados de héros costumés, mais aussi dans le domaine bédéique en général, ce qui a permis à Watchmen de sortir de la première catégorie pour flirter avec la seconde. Leur triomphe – et les malentendus historiques que vous soulevez – provien(nen)t de là. La fin ouverte et quasi interactive de leur comic participe aussi de ce succès et de cette longévité.

[Petit aparté pour signaler ma fascination pour la coïncidence de cette analyse avec mon travail de thèse, étudiant les enjeux politiques des comics du Modern Age où apparaissent des super-héros tout-puissants, y compris donc The Boys, et tâchant d’expliquer initialement l’exclusion de Squadron Supreme. Je crierais bien au pastiche… si ladite thèse était seulement écrite ! Un article est d’ailleurs prévu sur la série de Gruenwald dans la chronique Dictature des Dieux, interrogeant précisément les raisons pour lesquelles elle n’est pas dans ma thèse (=elle n’appartient pas pour moi au Modern Age), une jolie occasion de le teaser et de me motiver à l’achever également !]

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On dit souvent de Watchmen que Moore y a tué les super-héros avant de les réinventer dans des comics postérieurs. Et finalement, en plus de 30 ans écoulés depuis sa parution, qu’a-t-on dit de neuf sur leur valeur littéraire et morale, que peut-on encore inventer avec cette figure, en assumant l’héritage mooresque plutôt qu’en le cachant sous le tapis pour jouer par-dessus comme si de rien n’était ?

Quand est publiée la série, son scénariste n’est pas encore un magicien. Après son initiation ésotérique, entamée durant la rédaction du script de From Hell, Alan Moore s’est tourné vers des récits souvent plus lumineux, comme pour s’extirper du contexte grim and gritty qu’il avait exalté sans le souhaiter. Lui qui ne voulait plus écrire sur les super-héros s’est en effet réintéressé à eux, pour le meilleur. Chez Moore cette volonté est en soi un acte magique, que l’on y croie ou pas importe vraiment peu. Il a retravaillé son propre héritage pour nous léguer autre chose, on peut lui reconnaître cette générosité. De leur côté, les autres artistes ont pour la plupart continué de faire ce que chacun d’eux est censé accomplir, à savoir trouver des solutions au réel qui nous opprime, non par l’escapism mais par des expérimentations narratives basées sur l’observation de choses concrètes telles que l’actualité politique internationale, les innovations scientifiques, le retour du poids du religieux, l’évolution des marqueurs progressistes dans l’enseignement universitaire, et la réaction de l’opinion publique en fonction de ces quatre éléments. On a toujours fait ça depuis les débuts de l’industrie du comic book. Moore n’a rien inventé dans le fond, il s’est contenté, avec talent, ingéniosité et méticulosité, de dresser un constat aussi effarant qu’une déclaration du Joker. Watchmen, c’est un peu comme si un avatar du Joker s’incarnait sous nos yeux pour nous dire ce qui ne va pas dans notre monde, en faisant semblant de rire à la blague qu’il vient de raconter, une plaisanterie non pas triste à pleurer mais si dure à avaler qu’on en est tétanisé d’effroi. Il est donc logique que d’autres auteurs après lui aient tenté de tabler sur ce constat, en abondant dans le désarroi et le désastreux. Tous les scénaristes ne sont hélas pas en mesure de proposer des solutions, des projets alternatifs de vie, face à la faillite du rêve américain ou, comme le déclare le Comédien dans Watchmen, face à sa réalisation, qui est le cauchemar éveillé d’un consumérisme sans horizon profond ni salut vertical. J’avance que si le grim and gritty est dès lors devenu une mode chez bien des auteurs, c’est moins par émulation et tentative d’avoir du succès comme Alan Moore, que par acceptation de son constat, puis incapacité à produire et suggérer des chemins de traverse, des solutions pour sauver l’humanité d’elle-même. Les lecteurs se sont laissés séduire, parce que la surenchère dans la violence et l’injustice est une drogue. On pourrait se laisser aller à dire que Grant Morrison, avec de multiples séries super-héroïques, a su non jouer par-dessus l’héritage moorien comme si de rien n’était, mais au contraire a su jouer avec, et su nous inciter à le rejoindre en cours de partie, que nous soyons lecteurs ou bédéastes. Chez Morrison, violence extrême et salut humaniste volent conjointement, dans une énergie colorée qui n’a rien négligé des héritages précédents, je veux dire nos patrimoines bédéiques antérieurs à Watchmen, comme les meilleurs comics du silver age. C’est ce que prouvent des séries telles que Les Invisibles, ses Batman et Batman and Robin, ou Multiversity qui rend hommage à Watchmen comme personne sans sombrer dans la vénération ni la récupération ! Il est aussi là, le renouveau littéraire, éthique, politique, spirituel, du super-héros. Aussi longtemps qu’il sera écrit et dessiné, le super-héros sera continuellement « réinventable » par les artistes les plus novateurs, je ne suis pas inquiet pour lui. Quant à savoir quelles orientations et quelles formes cela peut prendre, je crains d’être un imposteur si je réponds à la question, puisque je ne suis pas du sérail, et que mes discussions avec les créateurs se font rares. Certains penchants actuels au morbide systématisé dans le mainstream me font physiquement ressentir que nous errons dans une transition zombie, une mouvance que j’appellerais le dark spiritual ; mais les tendances du genre super-héroïque telles que nous les identifions autrefois dans les grandes lignes, sous la forme d’âges d’or ou d’argent, se succèdent maintenant à des cadences accélérées par une économie qui cherche à toujours plus renouveler son lectorat plutôt qu’à (aussi) le fidéliser. Tout est en mouvement. Il suffit d’attendre. Ou de se mettre à créer.

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Dans votre article « Je suis un rêve », consacré à Captain America (Vies et Morts des super-héros), vous écriviez « une armée de métier de supermen affaiblirait la portée surnaturelle, légendaire, de la démarche, et le public en ce temps-là se projette plus facilement sur le chanteur que sur l’orchestre. » Or il me semble que Watchmen acte purement et simplement l’échec de l’équipe (les Minutemen comme les Watchmen appartiennent au passé) à une époque du comics où elle est très mise en avant comme idéal super-héroïque… sans valoriser non plus le héros solitaire, dans une narration éclatée se focalisant plutôt sur l’un puis sur l’autre qu’elle n’est soucieuse de beaux moments de solidarité, systématiquement voués à l’éphémérité. C’est peut-être la même question que la précédente, peut-être pas tout à fait, mais y a-t-il quelque chose à sauver de Watchmen, une proposition humaniste, ou n’y est-on que dans la négation de tout ce que l’on croyait sacré dans le super-héros, et que l’on découvre corrompu.

Tout est question de contexte. Quand est pour la première fois publié Captain America, on est au tout début des années 1940, au bord de voir les USA entrer en guerre sur le théâtre des opérations européen, et le grand public est de toute évidence électrisé par la notion de leader, plébiscitant le héros solitaire, malgré l’apparition des premières super-équipes comme la Justice Society of America. Quand il revient au début des années 1960, le personnage de Captain America voit le changement culturel s’opérer sous ses yeux : les groupes de rock puis de pop deviennent à la mode, tels que les Beach Boys chez lui puis la British Invasion qui débarque d’en face, détrônant Elvis ou Frank Sinatra, or les groupes de super-héros fonctionnent de même, privilégiant alors l’esprit d’équipe et associant des créatures issues de divers magazines dans un même combo (on pense à la Sorcière rouge, à Hulk ou Iron Man, unis au sein des Vengeurs). Ces idéaux de réussite selon le critère du succès individuel (Marilyn Monroe ou Superman) ou de l’union qui fait la force (les Fab Four ou les Quatre Fantastiques) sont liés aux dynamiques des époques. Avec Watchmen, Alan Moore met en présence des stars de la pop (certes d’un genre particulier : Dr Manhattan, le Hibou, Ozymandias etcetera.) qui, ne parvenant pas à s’entendre pour des raisons d’ego ou des querelles politiciennes, refusent de monter un groupe. On croirait vraiment que c’est une audition, non pas pour un film comme le dit Laurie, mais pour un boys band, un groupe vocal des sixties. La séquence se passe en 1960, à l’instigation de Nelson Gardner (Capitaine Métropolis), qui a tout compris en termes d’image, sentant que l’avenir sera à l’action groupée, mais qui n’a rien capté ni de l’air du temps, ni de l’humeur qui sera à la contestation sociale progressiste, et pas du tout à la perpétuation réactionnaire d’interventions musclées pour le compte de la bonne société. Gardner voit encore les protestations des noirs comme un problème au même titre que la drogue dans les rues, il ne vaut pas mieux que le Comédien qui ridiculise son désir de fonder un groupe. C’est drôle de voir des super-héros échouer à mettre sur pied un tel plan, l’année même où se sont formés les Beatles. Cette ironie, qu’elle soit consciente ou non, est typiquement moorienne, et Morrison en jouera pleinement quand viendra son tour. Moore acte l’échec du projet super-héroïque dans l’incapacité de ces personnalités à se réunir, et dans leur inaptitude à être heureux seuls, mais n’est-ce pas justement ce qui est dit tout au long de la bédé ? À savoir que dès lors qu’ils se sont éloignés les uns des autres pour soi-disant retrouver leur individualité, ils se sont perdus eux-mêmes. Dr Manhattan croise Laurie ce soir-là chez Gardner et cette rencontre entérine le fait qu’il va quitter Janey pour elle et entamer sa lente course vers la déshumanisation, Blake voit enfin sa fille mais c’est pour mieux être séparé d’elle par la mère de celle-ci, on ne reverra jamais Capitaine Métropolis, le Hibou va lentement dégringoler dans la nostalgie et les regrets sans rien faire de sa vie. Quant à Rorschach, privé de partenaires et décidant de poursuivre sa guerre au crime, il va laisser libre cours à ses instincts ultraviolents jusqu’à totalement s’ostraciser, lui qui était déjà sacrément borderline. Leurs vies sont tristes, et on voit combien ils éprouvent de soulagement, de joie parfois, à se retrouver et à refaire cause commune. Il s’agit moins d’une équipe que de trois duos à la Batman et Robin, mais des duos interchangeables qui permettent aux informations comme aux sentiments de circuler entre les personnages : le sauvetage orchestré par le Hibou et Spectre Soyeux au cours d’un incendie d’immeuble puis leur organisation de l’évasion de Rorschach ; l’enquête menée par ce dernier avec le Hibou, qui aboutit tout de même à démasquer le vilain, quoique trop tard pour empêcher son complot d’aboutir ; mais aussi le voyage à la fois galactique et philosophique qui réunit et oppose Dr Manhattan et Spectre Soyeux, dans une rhétorique au terme de laquelle ils reviennent tous deux sur Terre, puis rejoignent Rorschach et le Hibou pour une ultime confrontation avec leur adversaire. Au bout du compte, Spectre Soyeux et le Hibou reprennent du service dans le plaisir et la complicité, ce n’est pas du tout la fin des héros costumés, c’est même la preuve, en relative harmonie avec le Dark Knight de Frank Miller, que l’on peut mûrir son personnage, ou quel que soit son âge rester un grand enfant sous le masque. Mais mieux que ça, et c’est ce que je développe dans le dernier chapitre de mon essai sur Watchmen, le pur message humaniste adressé par cette bédé à ses lecteurs, c’est que si nos héros sont défaillants, alors le salut ne viendra que de nous. D’où la profusion de personnages extrêmement secondaires qui sont assez denses et caractérisés pour que l’on noue une relation avec eux, que l’on se projette en eux – Bernie, Bernard, Malcolm, Aline et Josephine –, eux qui n’ont ni super-pouvoirs ni arsenaux autres que leur compassion et leur sens critique. Il est là pour moi, le sacré dont vous parliez.

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Nicolas Tellop écrit dans la préface : « « Aurélien Lemant n’apprécie pas particulièrement Alan Moore. Témoin de plusieurs décennies de la guerre occulte qui oppose le charismatique barbu au glabre Grant Morrison, il a toujours pris fait et cause pour le second ». Que reprochez-vous donc à Moore ?

Je ne lui reproche rien. Je l’apprécie. Mais « pas particulièrement ». Il m’a apporté de nombreux moments de réflexion, de perplexité et de plaisir mêlés. V pour Vendetta, découvert à l’âge de 12 ans, a été mon premier point d’entrée dans la tête de Moore, au point de me marquer à vie, tant sur la question de la torture institutionnelle – l’état comme ennemi – que de l’ambiguïté de toute initiation, ou encore le flou aberrant de toute identité personnelle. Je l’apprécie comme auteur, et même beaucoup. Mais je n’en fais pas le génie insurpassable de son époque ni du médium bédéique. C’est bien cela que Nicolas Tellop veut mettre en avant. L’idée qu’avec mon essai sur Watchmen vous n’ouvrez pas le livre d’un fan aveuglé par sa fidélité à Alan Moore. Mais qu’on se le dise, j’entrevois les limites d’un tel argument : puisque je lui préfère souvent Grant Morrison pour cent raisons que je ne développerai pas ici, mon devoir est de traiter ce dernier avec la même distance, de rester juste et conscient. On peut préférer les Sex Pistols comme Morrison et savoir écouter King Crimson comme Moore.

Dans quel personnage de Watchmen vous reconnaissez-vous le mieux ? À titre personnel, je dois bien confesser que c’est le Hibou, un homme de bonne volonté mais un peu lâche, un peu médiocre, peinant à s’oublier au profit de grands projets, complètement incapable de voir the big picture et d’y trouver quelque place que ce soit. Et vous ?

Spectre Soyeux, sans doute parce que ma seule qualité est d’être sympa, et que mon principal défaut est la colère. Or c’est Laurie la plus sympathique de la bande, et de loin. Mais aussi la plus remontée. C’est quelqu’un de simple, avec qui on a envie de discuter, même pour ne pas être d’accord. Elle aime rire, écouter de la musique, aller au restaurant, faire l’amour, prendre part à l’action, argumenter, témoigner sa sensibilité. Si le Comédien n’était pas ce monstre écrasant de beaufitude et de mépris, je pourrais être attiré par son nom de guerre qui se trouve être mon métier et ma passion, ça n’est pas rien, et je pourrais à ce titre me sentir proche du concept ambigu d’un « Captain America en Joker », mi anarchiste, mi artiste. Mais il n’a ni le tempérament séditieux du premier, ni sa bonté, ni le mépris du second à l’égard des fausses morales dictées par l’establishment dans la plupart de ses aventures, il n’en a que le cynisme. Le Comédien n’est pas un résistant, il ne résiste à rien, et surtout pas à lui-même. Non, il me paraît vraiment logique de lui préférer le modèle proposé par sa fille, Spectre Soyeux.

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Avez-vous d’autres comics préférés ? Voire des comics préférés tout court, si Watchmen n’en fait pas partie ?

On peut considérer Watchmen comme faisant partie de mes comics favoris, sans hésitation. Parmi ceux qui le côtoient, on citera en tête Les Invisibles, Preacher, Sandman, Transmetropolitan, donc un très net penchant pour la collection Vertigo de chez DC. Toujours au rayon Vertigo mais davantage super-héroïque, le run de Morrison sur la Doom Patrol, son Animal Man, Kid Eternity. Puis des choses magnifiques comme Kingdom Come de Mark Waid et Alex Ross qui m’a définitivement vu basculer chez DC, ou encore Identity crisis et 52. Chez Marvel, Elektra : Assassin, ou bien Sentry, restent des moments phares de mon existence de lecteur. La Division Alpha à sa création par Byrne, le récit complet Magie paru chez LUG quand je devais être au CM1, les premières apparitions du Super- Bouffon dans Spider-Man et avant cela les prémices de la saga du clone autour du Chacal et de Gwen Stacy, sont restés des madeleines de Proust autant que des sujets sur lesquels méditer. Il m’arrive encore systématiquement de pleurer en les relisant, voire de trembler. Sacré super-pouvoir. Et si je devais citer une autre œuvre de Moore, ce serait La Ligue des gentlemen extraordinaires. Toutes ces bandes dessinées possèdent en large part des qualités conceptuelles, textuelles, imagières, rythmiques, tant symboliques que factuelles, qui interdisent au lecteur de se reposer et le frappent à force égale dans ses centres intellectuels, émotionnels, créatifs et jusque dans son corps. Bien sûr, elles sont loin d’être les seules bédés à savoir faire ça, mais voici l’échantillon qui me vient en tête.

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Entre les Before Watchmen, Doomsday Clock, l’annonce d’un mystérieux projet de Tom King, le film, la série, la réédition du comics en noir et blanc, en fascicules… on aura rarement autant bafoué le désir d’un auteur qu’on laisse son œuvre tranquille. Faudrait-il boycotter ces usages opportunistes d’une licence fructueuse, accepter que l’œuvre de Moore, Gibbons et Higgins est entrée dans une espèce de patrimoine dont les nouvelles visites témoignent d’autant de réceptions stimulantes, estimer que la demande par Moore de l’abandon de toute mention de son nom sur les « adaptations » vaut blanc-seing pour l’industrie ?

On en revient à ce que nous disions en début d’entretien, à savoir que vous ne racontez pas la même histoire quand vous faites du cinéma ou de la bande dessinée. Si Alan Moore avait souhaité écrire Vendetta, From Hell, les Gentlemen extraordinaires ou Watchmen pour le septième art, il serait passé par cette industrie-là, pas par la bande dessinée. Je comprends donc son agacement, et son refus de participer, d’autant que le résultat sur grand écran est globalement bien moins impactant que les travaux d’origine, n’est-ce pas ? Il sait en outre qu’il ne sera jamais écouté par Hollywood jusqu’au bout. Nous savons aussi que légalement, Alan Moore ne peut pas s’opposer à ce qui se passe avec ses créations. À un moment, il faut savoir accepter que, de la même manière que Moore a voulu tuer les personnages de Charlton Comics pour faire son Watchmen, d’autres scénaristes veuillent faire vivre les Gardiens de Moore comme Geoff Johns pour faire son Doomsday Clock ! Moore n’est pas responsable des conséquences, bonnes ou décevantes, d’une suite donnée à ses idées. Cependant il a voulu marquer le genre, il faut qu’il assume cette ambition sans s’étonner d’être cité, copié, détourné, caricaturé, critiqué, adulé. On devinera qu’en tant que lecteur, ma position est donc de ne pas boycotter, mais de ne pas trop se forcer non plus. Ma morale personnelle est de tenter de tirer quelque chose d’intéressant de chacune de mes expériences de lecteur, spectateur, auditeur, joueur, gastronome – et que j’aime ou pas ce que j’expérimente n’est vraiment pas le plus important, il faut surtout que j’en fasse quelque chose, une pensée, un acte, un livre, une discussion, une lettre, un cadeau. Donc si je peux transformer mes expériences en les transmettant, c’est la continuation du travail des artistes à mon échelle de consommateur, consommateur un brin sublimé par leurs œuvres que j’assimile à des produits chimiques interagissant avec mon corps, cœur et cerveau.

Une question que vous pouvez interpréter comme la même ou une toute autre : qu’avez-vous pensé de ces différentes adaptations et versions ? Vous êtes-vous intéressé à l’édition commentée en noir et blanc de Watchmen ? Je dois avouer être un peu sceptique tant les couleurs de Higgins me paraissent importantes pour appréhender et analyser l’œuvre telle qu’elle a été voulue et réalisée, même si j’apprécie de pouvoir admirer les dessins de Gibbons sans les couleurs qui accusent naturellement leur âge… Ou à sa republication française en 12 fascicules ? Finalement et surtout, quelle est/serait d’après vous la meilleure manière de découvrir le comics Watchmen ?

Oui, parfois je me suis quand même senti obligé de suivre certaines adaptations, eu égard à mon propre travail. Il y a là à boire et à manger. Encore une fois, savoir si j’ai aimé ce que j’ai bu, dévoré ou vomi, ça n’est pas le but ; en revanche il est sain de toujours se demander ce que je peux faire de ce que j’ai ingurgité. Je pense comme vous qu’une œuvre doit être connue telle que les auteurs l’ont voulue quand elle a été rendue publique, et que le travail de John Higgins fait partie de la bande dessinée autant que les phylactères et leurs dialogues, l’encrage, le découpage, tout. Son nom doit être le plus souvent possible cité aux côtés des deux autres à qui on a donné toute la place. Je comprends l’intérêt d’aller au cœur du dessin de Dave Gibbons, d’avoir envie de le contempler dépouillé, de la même façon qu’il est toujours instructif de comparer un scénario original avec le livre publié ou le film distribué, pour apprécier l’écart ou la fidélité du produit final. Pour le reste, j’y devine surtout ce que les éditeurs peuvent en faire quant à eux, à savoir de l’argent, puisque si demain sortait une version de Watchmen recolorisée, en format géant ou avec une fin alternative, au-delà du scandale que cela provoquerait chez quelques-uns, les fans comme les néophytes se jetteraient dessus, ne serait-ce que pour voir et savoir. Et pouvoir en parler. La meilleure façon de découvrir Watchmen, c’est peut-être moins celle d’un choix d’édition particulière, que celle qui consiste à vous immerger à la vie, à la mort, dans votre lecture. J’ai peut-être eu de la chance, j’ai lu pour la première fois la série en anglais en TPB – je préfère les softcovers, toujours, je trouve cela plus agréable, on bénéficie de la souplesse et l’odeur du papier à comics –, mais d’autres me soutiendront avec raison que malgré son unité éditoriale et sa singularité narrative, c’est sous forme de série, donc d’épisodes, que Watchmen a été publiée. Je n’ai pas vécu cette expérience de l’attente chapitrée et ne peux pas la qualifier, je n’ai connu que le bloc, la totalité de l’objet.

Et la question conclusive un peu attendue : d’autres projets livresques ?

Mon futur livre, qui sera à nouveau un essai entre deux publications de recueils de poésie, sort aux éditions Fage fin octobre 2020, moins d’un an après la publication de Watchmen : Now. Il s’intitule Héros et Thanatos, et comme son nom l’indique il s’agit de parler du rapport qu’entretiennent les super-héros avec la mort. Encore une fois c’est une commande spontanée d’un éditeur, pour une collection surprenante intégralement dédiée à la mort comme phénomène culturel.

Aurais-je oublié une question à laquelle vous auriez aimé répondre ?

Plein ! Quel temps fera-t-il au mariage de ma belle-sœur en septembre, est-ce que Grant Morrison donnera un tome 3 à Seaguy, quand va-t-on trouver un vaccin contre le coronavirus, est-ce que je finirai par passer mon permis de conduire un jour, Darmanin va-t-il démissionner, que puis-je faire pour éviter que ma benjamine foute en l’air tous mes livres, une bande dessinée peut-elle empêcher le 11 septembre 2001 d’avoir eu lieu dans le passé, et bien d’autres questions, mais sur mon front il n’y a pas marqué Dr Manhattan, alors je ne répondrai pas à sa place. Mais puisque vous ne me demandez pas si vos questions m’ont plu, la réponse est quand même oui, et pas qu’un peu ! Alors merci, et à bientôt, Siegfried !

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Interview réalisé par Siegfried « Moyocoyani » Würtz 

 

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