[review] Spider-Man la Saga du clone (tome 2)

Cet ensemble d’épisodes est devenu une saga mythique mais je ne l’avais encore jamais lu. En effet, j’avais presque entièrement arrêté Marvel à l’époque. Il était temps de rattraper mon retard en profitant de la réédition de ces volumes par Panini.

Un résumé pour la route

Saga_Clone_1Ce volume rassemble plusieurs séries sorties en 1995 par Marvel avec Web of Spider-Man 126 à 129, Amazing Spider-Man 403 à 406, Spider-Man 60 à 63, Spectacular Spider-Man 1 et 2, Amazing Scarlet Spider 1 et 2, Spectacular Scarlet Spider 1 et 2, Web of Scarlet Spider 1 et 2, Scarlet Spider 1 et 2, Spider-Man : Maximum Clonage Alpha et Spider-Man : Maximum Clonage Omega. Cette édition est sortie en France en juin 2020 chez Panini. Avec une telle organisation, les équipes créatives sont très nombreuses. Les scénaristes sont J. M. DeMatteis (X-Factor,Justice League International), Howard Mackie (Ghost RiderX-Factor), Tom DeFalco (Spider-GrilThor), Todd DeZago (TellosImpulse), Tom Lyle (StarmanRobin), Mike Lackey (G.I. JoeSilver surfer). Les dessinateurs sont Mark Bagley (New WarriorsX-Men Blue), Sal Buscema (New MutantsPower Man), Gil Kane (Black PantherIron Fist), John Romita Jr (Iron ManX-Men), Steven Butler (Sonic the Hedgehog, Silver Sable), Roy Burdine (NightwatchGravestone), Ron Lim (Silver SurferSecret Empire), Robert Brown (Over The EdgeUndertaker), Darick Robertson (BallisticHarbinger Renegade), Angel Medina (SpawnKiss), Paris Karounos (X-O ManowarGhost Rider), Tom Morgan (The Punisher 2099Iron Man). Hélas, par manque de place, ne peux donner la liste de nombreux encreurs et coloristes.

Depuis les années soixante à cause d’un clonage du super-criminel le Chacal, Peter Parker a un double, Ben Reily, mais il n’est pas au courant. En effet, la copie se sentant de trop avait disparu pour ne pas perturber la vie de l’original. Nomade, Ben n’a jamais pu se construire sa propre vie d’autant qu’il était poursuivi par le mystérieux Kaine. Il revient à New-York car sa tante May est mourante et Parker le rencontre. La vie de Peter devient encore plus complexe quand il est accusé de plusieurs meurtres sauvages. C’est un coup monté par Kaine mais Ben prend l’identité de Peter pour être jugé pendant que Spider-Man mène l’enquête.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Ce volume rassemble plusieurs runs qui se déroulent en même temps dans toutes les séries Spider-Man. Chaque épisode n’est qu’une partie d’un récit global ce qui signifie que les scénaristes de chaque série ne sont qu’un élément d’un ensemble plus grand coordonné par des éditeurs. Il est assez difficile de distinguer la patte d’un scénariste dans cet ensemble. On peut noter les très bons dialogues de Tom DeFalco qui apportent une profondeur au thème de la personnalité et surtout aux personnages. Sous sa plume, Mary Jane fait à Kaine un éloge de l’acquis : tout n’est pas déterminé par les gênes mais surtout par nos actions. Elle est à l’origine d’une très émouvante scène par J.M. de Matteis : les futurs parents, sentant leur enfant bouger pour la première fois dans son ventre, sont en pleurs. Mais, elle est souvent mal traitée. Elle ne cesse de dire qu’elle veut agir mais reste à la maison. Comme si un récit sur quatre séries n’était pas assez compliqué, on a aussi un crossover avec les New Warriors et l’intervention du Punisher. La coordination entre les récits est bien assurée même s’il y a parfois des répétitions contraintes par le récit sur plusieurs séries.

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Le premier récit est une histoire de procès, celui de Peter Parker même si, dans les faits, Reilly a pris sa place. Comme dans les séries judiciaires, on retrouve des incontournables avec les plaidoiries plutôt bien écrites de l’avocat et du procureur. Le Travelleur capture Peter et on retrouve deux procès : celui officiel de Peter et celui de Spider-Man. Ce dernier est le négatif de la justice officielle. Dans un asile, il est secret et tous les participants sont des criminels : Le Traveler est un juge, Carnage est le procureur, le Dr. Kafka, John Jameson et Kaine sont pour la défense. Le lancement est très bon et le procès aurait mérité de durer plus d’un épisode. Il passe ensuite à l’arrière-plan car il s’agit surtout des combats. Dans le récit suivant, Maximum Clonage, on se recentre sur l’opposition entre Chacal, Spider-Man et les clones. Le projet du Chacal bien plus clair que celui du Traveler : créer des êtres génétiquement parfaits grâce au clonage. En effet, tout part d’une vengeance. Le Chacal en veut à Peter d’avoir tué Gwen. Ce récit se lance bien mais ensuite les revirements de situations sont artificiels. Dans les deux dernières histoires, on suit l’héritage d’Octopus et des luttes entre deux clans mafieux pour s’emparer d’éléments technologiques. Cette partie ressemble parfois à un film de James Bond : Ben utilise sa toile pour faire un deltaplane. La place forte de l’informatique est destinée à montrer que la série est moderne : une guerre virtuelle, un agenda virtuel, un email… Joystick tue des gens par compétition comme dans un jeu vidéo. Le monde virtuel ressemble à Tron en couleur. C’est certes technologiquement daté mais très joli : une porte permet d’accéder à des données, des robots sont des anti-virus.

Ce tome voit l’émergence d’un nouveau héros : Ben Reily. Pendant sa fuite, Kaine l’a harcelé le forçant à fuir pour le déstabiliser et laisser ainsi Peter se créer une vie à la place de Ben. De retour à New-York, Ben ne veut pas remplacer Peter ou lui prendre sa vie mais l’aider. J’ai plutôt un attachement pour ce deuxième Spider-Man que j’avais aussi lu dans le crossover plus récent Damnation et j’étais content de lire ses débuts. Ben explique son passé et fait des erreurs de débutants en aidant des voleurs bien qu’il ait des toiles spéciales : un toile impact qui se déplace seule pour toucher sa cible. Comme l’oncle Ben de Peter Parker, un personnage important meurt dans le premier run. Dans une alternance classique entre vie professionnelle et action de super-héros, il se retrouve par hasard barman dans le club d’un chef de gang. En raison d’une machination, il devient la victime de la haine populaire – comme Peter dans les années 1960 – alors qu’il a sauvé le monde. Les scénaristes ne savent pas toujours quoi faire de lui. Je trouve que le duo de Spider fonctionne plutôt bien : d’une manière très drôle dans le début du run Exilé, ils se font des politesses pour savoir qui va agir en premier. A la fin d’un épisode, il prend sa moto et quitte la ville pour laisser Peter agir seul, puis, change d’avis dans l’épisode suivant. 

Le projet global de rajeunir la série se retrouve également chez les super vilains. Adrian Toomes, le Vautour, a retrouvé sa jeunesse mais, tel un vampire, il doit tuer régulièrement pour la garder. La nouvelle Docteur Octopus est plus moderne : c’est une femme qui a amélioré l’invention d’Otto – ses tentacules créent un champ de force, lancent des rayons lasers et se connectent au réseau informatique. Mais, on retrouve les bases – elle est une scientifique obnubilée par les découvertes, quitte à tuer. On découvre de nouveaux ennemis. Traveller est un personnage puissant et un philosophe expérimental : Spider-Man a-t-il créé ses ennemis ou ces fous vont-ils prendre le pouvoir une fois mort ? 

Kaine est un personnage plus ambivalent. Pour lui, Reily doit aller en prison car ce n’est pas un héros. On découvre dans l’épisode suivant qu’il est le premier Clone. Expérience ratée, il se considère sans avenir. Il est prêt à tout pour offrir à Peter une vie parfaite quitte à transgresser la loi. Bien que cela soit maladroit, ce dénouement est dans la logique du personnage. Il transfère sa vie chez un autre.

La Saga du clone me semble en effet par bien des aspects un moment de la vie de Spider-Man psychanalytique – bien que je m’y connaisse très mal. L’identité personnelle est ici partagée entre plusieurs personnages. Peter représente le bien, Kaine le mal et Ben, navigue entre ces deux pôles. Cela fait de lui un personnage plus ambigu et confus que le Peter un peu boy-scout. Ben a longtemps fui (sa personnalité) mais a décidé de faire le bien en devenant le Scarlet Spider. Il a encore du mal à contrôler sa violence. Ses gestes inconscients sont parfois signifiants. Ben aurait fait exprès de détruire sa moto dans le geste autodestructeur d’un homme perdu. Cependant, cette identité n’est jamais figée. Peter découvre qu’il est le clone et Ben l’original. Cette révélation bouleverse Peter qui devient fou et violent. Le Chacal veut que Peter et Ben questionnent leur identité. Il convainc Peter de rejoindre le monde des clones. On retrouve souvent la case où le héros dévoile son identité en enlevant son masque. Cette identité s’exprime aussi par le costume des clones qui sont des variations de celui de Spider-Man. Seul Kaine a un costume « original » qui montre ses cicatrices et par la cape déchirée les lambeaux de son âme torturée. 

En lien avec cette psychanalyse, on retrouve le thème de la filiation. Le Chacal se considère comme le père des Spider-Men. Cependant, il les sermonne comme des enfants. Ce père abusif classe ses enfants entre le rejet (Kaine qu’il a voulu tuer quand il a réalisé qu’il n’était pas parfait), le mépris (Ben et ce rejet le rend encore plus attachant) et l’attachement (Peter). Cette situation déclenche la jalousie ou la solidarité entre ces « frères ». Spidercide se décrit comme un « fils à papa » qui, certes, suit la programmation de son père mais cela lui plaît. Kaine cherchait l’acceptation et l’aide du Chacal. Il part tel un enfant qui grandit une fois qu’il a vu la vérité sur son père. Scarlet Spider est en quête du père mais a rejeté le Chacal car il a trouvé un père de substitution. Peter, affaibli par les récents événements, met plus de temps à réagir. Dans une autre famille, le père cause des problèmes même avant la naissance car M.J. et son enfant à naître risquent de mourir à cause du sang radioactif de Peter. Cette relation filiale se retrouve aussi avec la Docteur Octopus. Se sentant délaissée, elle a voulu prouver sa valeur à ce père qui ne la regarde pas en se plongeant dans la science. Elle se détache de lui en trouvant un père de substitution bien moins positif. Un autre ennemi, Alistair Smythe, a aussi hérité sa haine de Spider-Man de son père. Comme dans la psychanalyse, les rêves sont analysés. Peter fait un cauchemar qu’il a oublié en se réveillant mais il est certain d’y avoir vu un élément clef. En effet, Peter croit basculer dans la folie. Il a des hallucinations et se sent contraint par une force intérieure de tuer la personne qu’il aime le plus.

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Les très nombreux dessinateurs – quatre dessinateurs pour Oméga – offrent l’opportunité de réfléchir au style de l’époque. On retrouve très souvent de grandes cases. Dans de nombreux cas, la mise en page a vieilli. Pour gagner du temps, plusieurs dessinateurs laissent beaucoup de vide dans l’arrière-plan des cases, comblé par une zone de couleur sans lien avec le récit. Bagley est vraiment au sommet à l’époque. Chaque case fourmille de détails sans être surchargée : le symbiote de Carnage a des de tiges qui s’accrochent partout. Derrière une mise en page simple, les dessins de Bagley sont très dynamiques tout en gardant un sens de lecture brillant montré par le Commis des comics. Cette variété d’artistes me donne surtout l’idée d’une réflexion sur l’original et la copie. En effet, dès les premières cases du livre, Roy Burdine m’est apparu comme une pâle copie de Mark Bagley. Mais, le copiste n’est pas au niveau de l’original. Ici, Burdine a souvent un problème de perspective : une grosse tête et un petit cou. La chute du chacal est complètement ratée. Tom Lyle me semble inspiré par le même artiste mais avec une touche de Liefeld. Certains clonent des artistes qui ont marqué Spider-Man. Robert Brown veut imiter McFarlane par les sourires grimaçants, la multitude de trait sur le visage. Comme McFarlane, il multiplie la toile de Peter entre ses mains mais le script dit que Ben en manque justement. Les dessins de Steven ButlerGil KaneTom Palmer et Howard Mackie sont ici totalement impersonnels.

Parfois, on peut être dérangé par l’originalité. Je reconnais les qualités d’Angel Medina –sa mise en page dynamique qui sert le récit, les cadrages originaux qui mettent en avant la musculature des personnages – mais je n’aime pas ses visages trop grimaçants pour des comics d’action. Romita Jr. n’est certes pas à son sommet mais il garde le sens des immenses architectures futuristes. Sal Buscema a près de soixante ans à l’époque et cela se ressent. Son dessin devient maladroit. De plus, il est associé à Bill Sienkiewicz à l’encrage qui imprime toujours une touche personnelle. La confusion de Buscema est renforcée par l’encrage épais et charbonneux de Sienkiewicz. Les corps trapus avec des formes carrées de Ron Lim changeaient à l’époque. Le vide dans le décor qui marchait si bien dans l’espace du Silver Surfer, fonctionne un peu moins sur terre mais le très bon choix de composition et de cadrage des cases reste très agréable. Darick Robertson intervient sur un épisode et dès la première case, on retrouve son style avec des grandes cases où les personnages occupent l’essentiel de l’espace, une mise en page variée et dynamique.  Pat Broderick impressionne par un très bon début – dans un fond très vide, Ben est crucifié puis les cases suivantes se rapprochent de son visage pour rentrer dans ses souvenirs.

Alors, convaincus ?

Alors que le premier run de ce volume m’avait déçu, j’ai trouvé la suite nettement meilleure. Avec autant de scénaristes et des dessinateurs, il y a nécessairement une inégalité et des longueurs mais dans l’ensemble j’ai apprécié l’arrivée de Ben, la lutte pour l’identité et la mise en place d’un nouveau héros.  Je me demande comment sera négocié le retour de Peter dans le troisième tome. Ce livre m’a aussi permis une réflexion artistique : comment être original ? 

Thomas Savidan

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