[review] La vie de Captain Marvel

Captain Marvel, voilà un nom qui cache bien des identités. Pour moi, Captain Marvel, c’est avant tout un guerrier kree du nom de Mar-Vell créé en 1967. A l’époque, Carol Danvers est une femme forte, chef de la sécurité d’une base militaire mais n’a pas encore de pouvoirs. Après la mort tragique du premier Captain Marvel, c’est Monica Rambeau qui reprend le nom dans les années 1980 avant de le céder au fils de Mar-Vell, Genis-Vell dans les années 1990. Depuis 2012, c’est Carol Danvers qui endosse l’identité de Captain Marvel, après avoir subi bien des vicissitudes. En 2018, une relecture des origines du personnage est proposée sous la plume de Margaret Stohl. Méfiante mais curieuse envers ce retcon, j’ai craqué et plongé dans ce récit.

Un résumé pour la route

la-vie-de-captain-marvel-1The Life of Captain Marvel est une série en 5 épisodes scénarisée par Margaret Stohl. Le dessin est confié à Carlos Pacheco et, pour les flash-back, à Marguerite Sauvage et Erica D’Urso (pour l’épisode 4). L’encrage est signé Rafael Fonteriz et les couleurs Marcio Menyz, aidé de Federico Blee pour l’épisode 5. La série est sortie en 2018 chez Marvel aux Etats-Unis. En France, la vie de Captain Marvel sort chez Panini comics en 2019.

Carol Danvers est perturbée par ses souvenirs d’enfance. Lors des entraînements avec les Avengers, elle laisse exprimer toute sa rage. La fête des pères est toujours un moment douloureux pour celle qui, sous le costume de Captain Marvel, est pourtant l’un des êtres les plus puissants de la planète. Pour affronter ses démons, Carol Danvers va devoir replonger dans son enfance et découvrir des secrets qui lui révéleront ce qu’elle est vraiment.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

La réécriture des origines des héros est désormais un exercice classique, Carol Danvers n’échappe donc pas à la règle avec ce récit. Margaret Stohl sait assez bien saisir les tourments du personnage et décide de revenir en profondeur sur ses traumatismes familiaux et la relation complexe qui l’unit à son père notamment. Les premières pages, des flash-back de l’enfance de Carol montrent toute la violence paternelle. Le père de Carol est un homme colérique, qui n’hésite pas à battre ses enfants et à se montrer extrêmement rude et méprisant. Cette thématique de la violence intrafamiliale est intéressante car elle reste assez taboue alors qu’on en connaît les ravages. Elle est évoquée toutefois dans d’autres comics comme les Tortues Ninja qui montre la relation douloureuse qui oppose Casey et son père. Margaret Stohl montre toute la détresse de Carol, marquée à vie par cette opposition avec un père auquel elle n’a cessé de vouloir s’opposer ou duquel elle a voulu s’éloigner. La scénariste montre aussi de belle manière combien la mort du père ne résout rien, bien au contraire, les questions restées en suspend, la rage contenue ne rencontre plus d’opposition, celui qui devait rendre des comptes est parti, laissant Carol seule avec sa douleur et ses regrets. La scénariste montre la difficulté qui est la nôtre de tourner la page quand son interlocuteur a disparu avec ses mystères. Qui est vraiment le père de Carol, cet homme rageur, perpétuellement en colère ? On reste un peu sur sa faim malgré toutes les explications données : certes, cet homme est frustré par sa vie mais pourquoi s’en prendre à son enfant et lui interdire de faire des études ? Le propos manque parfois un tout petit peu de profondeur, on aurait pu aller encore plus loin afin de mieux saisir ce qui a fait de Joe un alcoolique désabusé, d’autant qu’il est vraiment présenté comme étant doux comme un agneau pour devenir un abruti sans cœur par la suite.

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La relation qu’entretient Carol avec sa mère est également très forte : qu’éprouve-t-elle réellement pour cette femme soumise, qui ne se dresse pas entre son mari et ses enfants et qui laisse son conjoint battre ses garçons ? Là encore, Margaret Stohl dépeint une situation trop souvent vécue d’une femme qui ferme les yeux sur les brutalités de son conjoint pour entretenir l’illusion d’une cellule familiale. Tout repose sur un secret que Carol va découvrir. Cela changera à jamais ses rapports avec sa mère qui est, en réalité, une femme très différente de celle qu’elle imaginait et avec laquelle elle partage bien plus de choses qu’elle ne le pensait. Les secrets sont bien souvent des poisons qui rongent les familles : pensant protéger les siens, on les expose encore davantage. La mère de Carol s’est reniée elle-même pour sauvegarder sa famille, elle n’a fait que rendre son mari et sa fille malheureux jusqu’à en faire des antagonistes irréductibles. Mais il serait un peu trop simple de tout remettre sur le dos de cette femme qui a fait de nombreux sacrifices pour les siens, y compris renier sa propre identité. Serait-elle une métaphore de la femme qui s’oublie au profit de ceux qui l’entourent mais dont la vraie nature sait réapparaître au moment opportun ? C’est un peu cliché mais ça ressemble à ça quand même. La fin est également un peu convenue : au moment où Carole et sa mère se comprennent enfin, elles sont séparées. Est-ce à ce moment que Carol Danvers devient réellement adulte ?

La réécriture des origines de Carol est assez bien amenée et peut, au final, paraître logique, même si elle n’est pas très originale. Elle a au moins le mérite de ne pas être trop tirée par les cheveux. Si l’histoire manque un peu de temps pour s’installer, le récit conserve un bon équilibre entre les scènes de baston et les scènes de vie basées sur le réseau familial de Carol. Ce n’est pas un récit cosmique, dans lequel Captain Marvel joue des poings dans l’espace et c’est très bien ainsi. Margaret Stohl explore la psyché et l’histoire familiale de Carol qui reste un des personnages tourmentés de l’univers Marvel, même si la scénariste ne revient pas sur son passé de Ms Marvel ou de Binaire par exemple ce que je trouve un peu dommage.

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Sur le plan graphique, l’alternance entre les styles de Carlos Pacheco et de Marguerite Sauvage est assez réussie. Le trait dynamique et punchy de Pacheco est très bien adapté aux scènes d’action, notamment lors des combats dans les airs. Certains de ses visages manquent parfois d’expressivité alors qu’à d’autres moments, il sait parfaitement restituer la douceur ou la rage qui habite ses personnages. Marguerite Sauvage, comme dans Faith, se charge des flash-back avec ce coup de crayon qui lui est si caractéristique alliant élégance et douceur. La scène de l’enterrement du père de Carol est particulièrement réussie. L’alternance des deux dessinateurs fonctionne bien et soutient le propos.

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L’ouvrage est accompagné d’un texte intéressant de Carlos Pacheco qui précise sa technique, ses choix et sa manière de coopérer avec Marguerite Sauvage. On retrouve également des couvertures alternatives notamment une superbe proposition de Joe Quesada.

Alors, convaincus ?

La vie de Captain Marvel est un récit qui peut se suffire à lui-même et qui permet au néophyte de découvrir un peu mieux ce personnage avec des origines accessibles sans avoir de background. Evidemment, le fan du personnage de Carol Danvers restera un peu sur sa faim : le récit se concentre sur les relations intrafamiliales et les drames qu’elles peuvent causer mais passe parfois un peu vite sur le sujet qui est cependant au cœur de l’ouvrage. Le passé de Carol en tant que Ms Marvel est évoqué en une seule case, montrant bien que, désormais, Carol Danvers est autre chose, elle est rattachée à la mythologie kree. En résumé, ce titre ne m’a pas déplu, il est distrayant et simple d’accès et permet une mise en avant de Carol dans sa nouvelle version.

Sonia Dollinger

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