[review] Les tortues ninja tomes 1 à 3

Sonia vous a démontré sa passion pour les trois derniers volumes de la saga de ninjas à écaille mais, étant tout aussi fan, j’ai profité d’un achat récent pour donner mon humble point de vue sur les premiers volumes sortis par Hi comics.

Un résumé pour la route

tortues_1_1Même si deux scénaristes sont notés sur la couverture, Kevin Eastman est surtout là pour garantir la supervision du créateur et c’est Tom Waltz (Silent Hill, Kiss) qui scénarise l’ensemble des épisodes depuis la relance. Dans le premier volume, le dessin est assuré par Ben Bates (Sonic, My Little Pony) puis essentiellement par Mateus Santolouco (American Vampire, Catwoman). Les volumes un à trois rassemblent les albums Krang War et City Fall publiés aux États-Unis par IDW et en France par Hi comics en 2018.

Après qu’un vol ait mis en contact quatre tortues et un rat de laboratoire, ces animaux mutés sont devenus des défenseurs de New York. Ils ont découvert dans le volume zéro qu’ils sont la réincarnation d’une famille de ninjas de l’époque médiévale en guerre contre le clan Foot dirigé par Shredder. Aidés par Casey et April, ces héros semblent avoir d’autres ennemis cachés pour l’instant dans l’ombre.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Dans La guerre de Krang, le conquérant rose occupant déjà la planète Neutrino dans la dimension X, a décidé d’exterminer tous les indigènes. Une troupe de soldats vient sur Terre demander l’aide d’un scientifique infiltré comme chercheur dans le laboratoire qui a créé les tortues. Venues en apprendre plus sur le mutagène, les tortues se retrouvent par accident téléportées sur Neutrino au cœur d’un conflit de science-fiction digne de Star Wars. Par une enquête parallèle sur Terre et sur Neutrino, on découvre un nouvel ennemi, Krang. Il faut cependant passer le dessin qui n’est pas au niveau d’un scénario dense. Dans les deux volumes suivants sur La chute de New York, fini l’espace, les tortues reviennent patrouiller dans les rues de nuit. Ce récit raconte la lutte mafieuse entre le clan foot de Shredder et le clan Savate. L’ennemi principal de Splinter a enlevé Léonardo et en profite pour attaquer les mafias de la ville. A la fin de ces deux combats, les héros n’obtiennent jamais une victoire totale mais ils restent toujours des outsiders. Comme dans le volume zéro, on retrouve le pacifisme car le combat sur Neutrino se termine grâce à une arme non létale puis un robot accepte de rejoindre Krang pour éviter un meurtre.

Tortues ninja est une série sur des individus avec une fantastique galerie de personnages. Tom Waltz met en avant deux ou trois personnages par épisode créant ainsi une série collective. Le scénariste arrive aussi à alterner action et évolution des personnages notamment par des dialogues simples mais toujours utiles. Le rythme devient même trépidant dans La chute de New York. L’enquête pour retrouver Léo et en parallèle le rassemblement des alliés prend le temps et permet de revoir des personnages secondaires – Angel Rupert le pizzaiolo. Cette manière d’écrire me fait penser à Claremont mais, contrairement aux X-Men des années 1980, il n’y a pas d’épisode bouche-trou centrés sur les personnages. C’est par l’action que l’on découvre l’évolution des personnages. Cette rapidité d’attachement est très mystérieuse. En seulement deux cases, je comprends le lien entre Casey et Angel des Dragons et je les adore. Leurs pères étaient amis et truands puis leurs enfants ont vécu une vie proche – leurs mères sont mortes jeunes mais alors qu’Angel plongeait dans le crime, Casey l’aide à s’en sortir. Les tortues sont encore des ados exaltés et naïfs. Les différences entre les héros permettent de s’attacher à chacun. Mikey, le plus rêveur, veut sauver la princesse Trib comme dans un film. Il vit son rêve de geek par exemple en prononçant : « Les rebelles vont te coller une grosse raclée interplanétaire. » Chaque tortue a sa spécialité au combat. Raphaël fonce dans le tas alors que Donatello est resté aider dans un labo. Lors de la recherche de Léo, chaque tortue utilise ses atouts comme l’amitié pour Michelangelo. April n’est pas juste un faire-valoir. Enquêtrice maline, elle n’attend plus dans la voiture mais combat.

Hob, un chat qui a muté en même temps que les tortues, a choisi la violence. Obsédé par son statut, il considère les mutants comme supérieurs à l’Homme. Il aide les tortues car il veut des alliés pour son armée de mutants. Krang est l’héritier de Quanin, dernier commandant suprême de l’empire Utrom. Un scientifique comprend que ces conquêtes épuisent la planète mais Quanin n’a rien écouté. On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec le père de Superman mais ici c’est l’impérialisme qui est critiqué et non pas la destruction de l’environnement. Après un coup d’état sur Terre, Krang dirige Burnow Island. Kitsuné une magicienne est déterrée au Japon par Shredder. Elle apparaît très peu encore ici mais semble importante dans L’histoire secrète du clan foot. Comme une drogue, chaque nouvelle lecture donne envie d’acheter les volumes manquants. De plus, des subtilités poussent à relire des épisodes. J’ai en effet réalisé que non seulement la couleur mais la forme de chaque masque des tortues est différente. De même, Raph est plus massif car il a un caractère colérique et sauvage.

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La réalité est toujours plus complexe que les apparences. Chaque personnage devient plus complexe à chaque tome. Chet, le collègue de boulot d’April, n’est pas juste un scientifique mais Myrmimon un robot de Neutrino. Ce fugitoïde a choisi de transférer son corps dans un robot puis de venir sur terre pour espionner les recherches de Krang.

Il est assez difficile de cerner des thèmes structurants car chaque personnage a une évolution et des thèmes propres. Cependant, on retrouve l’idée de la famille. Les tortues ninja sont une série bienveillante non seulement dans la manière dont les personnages se comportent entre eux mais aussi dans le soin que le scénariste apporte à chaque héros. Ressentant le besoin de soigner les blessures mentales de chacun, Splinter organise une réunion de famille après les troubles du tome précédent en y intégrant Casey et April. Sa priorité est la famille et donc sauver Leonardo. Cette figure paternelle n’est pas monolithique car il leur enseigne à désapprendre ce qu’ils savent. Cependant, comme dans chaque famille, les conflits interviennent. Raphaël impatient d’aller à la recherche de Casey est en conflit avec le stratège patient Léonardo. L’existence de cette famille questionne. Donnie le cartésien ne croit pas en la réincarnation. La famille est brisée quand Léo change de camp et cela laissera des séquelles… Même chez les Foot, la famille structure le groupe mais les jalousies pour l’attention du père y sont plus fortes. Pour lui, une famille n’est pas génétique mais cela se mérite. En effet, Karai, la fille de Shredder, est chargée de chercher Leonardo destiné à devenir le second du chef. Elle désobéit à son père en espionnant la base de Krang. Afin de se débarrasser de Léo ou par méfiance, elle utilise du mutagène volé à Krang pour créer Be-Bop et Rocksteady. Alors que Splinter est toujours honnête, le clan foot repose sur la contrainte et le mensonge. L’envoûtement de Léonardo reprend tous les épisodes précédents en accusant Splinter et en faisant de Shredder un sensei puissant. Ce mensonge cherche à inverser les valeurs : il faut tuer pour sauver son clan. Parfois la famille n’existe plus. Le père de Casey est le personnage qui a le plus changé depuis quelques numéros. Par la fenêtre, Raphaël et Casey regardent son père se saouler. Il souffre et cherche à noyer le mal dans l’alcool. Son fils pourtant battu éprouve de la pitié de lui alors que Raphaël n’a que de la colère. Casey délire aussi revoyant sa mère lui affirmant qu’il ne peut plus rien faire pour lui. Alcoolique et violent, le père entend à l’hôpital qu’Angel le traitait de looser mais prend encore les mauvaises décisions. De rage, il déchire son t-shirt découvrant un immense tatouage de dragon. Il reprend la direction du gang des Dragons rouges sous son ancien nom de Hun. Désormais il cherche le respect de son fils et de la ville. Casey considère les tortues comme sa famille et rejette sa famille génétique frappant son père au nom de sa nouvelle famille.

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Cette série intègre aussi souvent des passages très drôles : « Rentre ta langue dans ton melon Mike. Tu vas bientôt lécher le sol. » dit Raphaël quand Mikey voit la princesse. La fausse-tournée de livraison de pizzas par Mikey afin de découvrir la cache des foots est amusante. Rocksteady et Be-bop apportent de l’humour par leur réparties et leurs gaffes

Le dessin de Ben Bates n’est pas l’atout principal de La guerre de Krang et cela a pu ralentir le redémarrage des Tortues ninja en France. Son trait simpliste, les visages carrés et les plages de couleurs plates donnent une impression d’inachevé. Le design des engins de combat est très laid. On se demande ce qu’en aurait fait un grand artiste et j’ai été très heureux du changement de dessinateur. L’un des créateurs revient sur un épisode en avant-goût de la publication des premiers épisodes par Ulule. Kevin Eastman a un trait très original. Comme un graph, il y a volontairement beaucoup de taches et de matière. Il y a une grande variété de mise en page mais on trouve souvent une seule ou de grandes cases. Les personnages souvent en gros plan ont des formes assez géométriques. L’ensemble des autres épisodes des volumes deux et trois sont faits par le magistral Mateus Santolouco. Son dessin semble classique mais le dessinateur est plus original qu’il n’y paraît. De très beaux cadrages le rendent dynamique. Sa précision dans les visages, en particulier des animaux, est prenante. Les visages ronds des tortues contrastent avec ceux plus anguleux des humains. J’ai été très ému de voir le visage en rage de Raphaël exigeant de partir à la recherche de son ami Casey. Le design de la nouvelle tenue de Léo avec un masque noir des grenades est superbe. Santolouco fait aussi des clins d’œil aux lecteurs – la Tornade punk et Walter White de Breaking Bad apparaissent dans une case. Comme Eisner, il inscrit des titres sur le décor. Tout l’épisode trois est superbe. Il suit en parallèle par des demi-pages horizontales et verticales le soin de Casey blessé et l’envoûtement de Raphaël par le clan Foot – un brancard, les personnages attendant l’action des spécialistes, les délires des deux héros. Comme chez Valiant, ce sont des dessinateurs invités qui créent un univers différent pour l’envoûtement dans l’esprit de Raphaël. Dans chaque volume, Hi Comics intègre toutes les couvertures et quelques dessins d’Eastman.

Alors, convaincus ?

Comme Sonia, je suis complètement fan de cette série. On peut tout y faire comme pendant la grande période des X-Men. Le volume un démarre par un récit à la Star Wars puis on bascule dans une lutte mafieuse. On se rapproche de la série animée. Be-bop et Rocksteady apparaissent dans le volume trois et on découvre comme Splinter a été estropié mais quelles aventures et profondeur entre temps ! Lors du récit, on se rend compte qu’il manque des épisodes à part sur les personnages et j’ai hâte de profiter de la campagne Ulule pour les obtenir.

Thomas Savidan

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