[review] Nicnevin et la reine de sang

Nous avons déjà souligné à plusieurs reprises le retour des récits de magie et de sorcellerie, avec, notamment, l’excellent Black Magick ou les aventures de Sabrina, deux titres sortis chez Glénat. Les Humanoïdes Associés se lancent à leur tour dans l’aventure avec Nicnevin et la reine de sang, un titre qui évoque l’Angleterre des druides et des puissances magiques.

Un résumé pour la route

Nicnevin_1Nicnevin et la reine de sang est scénarisé par Helen Mullane. On retrouve Dom Reardon au dessin, Lee Loughridge à la couleur. Jock réalise la couverture. Le titre est publié aux Etats-Unis par Humanoids Inc et en France par les Humanoïdes Associés en 2020.

Nicnevin, dite Nissy est une adolescente assez renfermée, en conflit perpétuel avec sa mère. Elle quitte son appartement de Londres avec sa mère et son frère pour passer les vacances d’été dans leur résidence du Northumberland, à la campagne. Nissy n’est pas ravie de se retrouver loin de ses amis, loin de l’agitation de Londres dans cette campagne perdue. Pourtant, c’est là qu’elle va vivre ses plus terribles aventures et savoir quelle est sa véritable nature.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Ce récit en un volume a pour principale qualité de nous plonger dans la culture gaélique et dans ses légendes. Helen Mullane puise dans le folklore local pour offrir un univers peuplé de mystère tout en reprenant les codes du récit horrifique. Une famille de Londres retourne à ses racines pour les vacances. Evidemment, la coupure est extrêmement difficile pour Nissy, adolescente blasée, éprise de liberté et accro à son portable et à ses potes.

A peine la famille arrivée dans la maison de campagne, des phénomènes étranges se produisent, Nissy est assaillie de cauchemars et une vieille femme se fait assassiner. Il rôde une atmosphère étrange dans les parages et le surnaturel se dévoile peu à peu. L’histoire se construit également sur le conflit entre Nissy et sa mère qui sont constamment en opposition, tandis que le jeune frère de Nissy, Gowan semble avoir tous les droits. Amusant de constater dans une famille de sorcières que l’on reproduit le schéma traditionnel où l’enfant mâle prime sur sa sœur. Pourtant, l’ensemble du récit tend à montrer que, sous ses airs enjôleurs, l’homme représente l’ennemi et sans doute le triomphe de la société romaine patriarcale sur les anciennes sociétés gaéliques matriarcales où les déesses et autres fées priment. Enfin, la relation mère-fille ne peut s’épanouir qu’à l’occasion d’un drame irréversible, Helen Mullane usant d’une rhétorique freudienne un peu téléphonée.

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Soyons francs, l’intrigue reste assez normée et n’offre guère de surprise, c’est un récit d’horreur classique dont on devine assez vite le dénouement. Par contre, l’utilisation d’un folklore qui m’était inconnu m’a profondément intéressée, à commencer par le rappel de la destruction par Rome puis le Christianisme des formes de croyances anciennes basées sur un polythéisme matriarcal. Ainsi, l’autrice convoque Nicnevin, reine des fées, déesse sorcière dont Nissy porte le nom et dont on comprend bien vite qu’elle est la lointaine héritière, mais aussi Cailleach, à la fois sorcière et déesse mère ou encore Brigid (ou Brigit), la mère des dieux.

Le propos de l’autrice semble vouloir monter que, malgré des siècles de monothéisme patriarcal, les anciennes déesses mère resurgissent pour transmettre un héritage du fond des temps. Il semble toutefois que, si la scénariste maîtrise bien les mythes celtiques, elle n’en retienne que ce qui peut servir son propos car le panthéon celte est également riche de divinités masculines occultées ici. Ce n’est pas forcément pour me déplaire qu’on réhabilite les anciennes déesses mères, très présentes dans les mythes anciens mais j’aurais aimé qu’on leur rende un peu de leur complexité. L’utilisation du chien comme élément infernal est également intéressante tout comme la chevauchée terrible des dieux d’Alba – ancien nom d’Albion, l’Angleterre – composée de sorcières – déesses mères, de druides, lutins ou korrigans. Bien plus que l’intrigue, c’est l’utilisation de cette mythologie qui fait le sel de l’ouvrage.

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Côté dessin, Dom Reardon débute le volume avec un trait anguleux, nerveux et précis qui offre une véritable personnalité à ses pages et qui marche très bien avec l’aspect mystérieux du récit. Par contre, j’ai l’impression qu’au fur et à mesure que l’histoire avance, il perd de cette précision et ses dessins ont l’air d’être réalisés plus hâtivement ce qui est un peu dommage, au moment où les sorcières apparaissent.

Alors, convaincus ?

Nicnevin et la reine de sang est un récit d’horreur assez classique qui surfe sur la vague des histoires de sorcellerie revenues en vogue ces derniers temps. Les points positifs sont la mise en avant d’une jeune adolescente torturée qui est face à ses choix. En cela, l’ouvrage est une métaphore bien amenée du passage à l’âge adulte. Pourtant, l’intrigue reste assez convenue et sans grande surprise. Toutefois, l’utilisation d’une mythologie gaélique moins usitée que d’autres formes de mythes donne de l’intérêt à cette histoire qui aurait peut-être mérité un développement plus important et un dessin plus égal.

Sonia Dollinger

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