[review] X-O Manowar tome 3

Après avoir adoré les tomes 1 et 2 du run de Matt Kindt, j’étais pressé de lire la suite mais, comme à chaque fois que j’adore une série, inquiet d’être déçu par ce dernier tome. Cette chronique va rapidement vous donner la réponse.

Un résumé pour la route

XO_1Voici donc le dernier tome scénarisé par Matt Kindt (Divinity, Ninjak) qui regroupe douze épisodes de la série X-O Manowar autour de trois arcs. Les épisodes quinze à dix-huit sont dessinés par Trevor Hairsine (Divinity, Eternity). Les numéros 19 à 22 par Juan Jose Ryp(Britannia, Ninja-K) et les épisode 23 à 26 par Tomás Giorello (Harbinger Wars : Blackout, War Mother). Ces épisodes ont été publiés entre mai 2018 et avril 2019 par Valiant Entertainment aux États-Unis et en France par Bliss éditions en novembre 2019.

Aric est un chef barbare de l’Antiquité qui a été enlevé par les extraterrestre Vignes. Grâce à une armure étrangère, il a pu rentrer sur Terre et devenir X-O Manowar. Ayant quitté la planète bleue à nouveau dans les deux précédents volumes, il a tout connu sur Gorin, l’amour, une noble cause et le pouvoir mais tout s’est très vite effondré. Il n’a alors d’autre choix que de rentrer sur Terre mais peut-il revenir en arrière après avoir laissé sa tribu de Wisigoths depuis un an ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Dès la première image de l’épisode quinze, j’ai retrouvé le charme de cette série. Kindt adopte la forme libre du conte avec un narrateur qui transmet une succession de récits oraux. Aric attend dans orbite de la Terre alors que son armure lui fait un cours d’Histoire mondiale très moderne sur 393 – la guerre en Amérique du Sud, en Corée alors que, dans l’Empire romain, l’empereur Théodose signe des traités de paix avec chaque tribu wisigothe pour préserver son territoire. Cependant, les citoyens romains ne l’acceptent pas et les chassent des cités. Pour l’amure, les peuples ne cessent de se détruire mutuellement et Aric est celui qui cherche une solution. Discutant avec Aric, un légionnaire romain ne comprend pas les Wisigoths qui refusent d’intégrer l’Empire et sa civilisation moderne mais, pour Aric, il faut refuser l’assimilation et garder sa culture. Ces thèmes de l’épuration et de l’assimilation sont très actuels. Matt Kindt arrive à proposer des récits denses mais sans jamais en faire une lecture pesante.

Toujours historiographiquement très moderne, l’armure choisit de se décentrer par rapport à l’Europe car le récit continue en Afrique. Des mineurs sont exploités mais l’un deux, Sabbas, a des visions qui le persuadent d’un destin exceptionnel. Il s’échappe et voyage vers l’Inde. Il sauve le poète Kalidasa qui a réellement existé. Les visions du zambien le poussent vers Rome, guidé par une carte magique qui indique les lieux saints. Sabbas suit ses rêves au point de confondre éveil et sommeil : dans le Sahara, il ne sait plus s’il a défait volontairement les sangles des marchands d’esclaves ou si cela s’est passé pendant une crise de somnambulisme. En parallèle, Aric est prisonnier des Huns. Réticent, il s’allie avec une légion romaine croisée par hasard. L’Africain et le Wisigoth se retrouvent à Venise puis deviennent gladiateurs dans un combat naval au Colisée. Sabbas est calme et philosophe, peut être menteur et manipulateur alors qu’Aric est impulsif, il utilise très vite la violence, mais il reste honnête. Finalement, le Wisigoth qu’Aric est venu chercher à Rome, préfère rester pour profiter de la culture contre l’authenticité. Le premier arc raconte cette impossible retour au point de départ. D’une part, X-O Manowar a changé. Son armure parle désormais, puis, au fil des aventures, un dialogue se crée entre eux. L’armure lui explique sa gestion des fluides… et Aric la conseille : « la douleur est un outil lors du combat ». La relation entre eux devient intime car pour Aric « désormais mon foyer est mon armure. » D’autre part, tout ce récit de l’armure est une parabole pour montrer à au héros barbare que son peuple ne l’a pas attendu. Ils ont accepté la vie moderne et son amoureuse a trouvé un autre. Ce run introduit le nouveau personnage de Sabbas. De nos jours, resté jeune, ce devin est recruté par le GATE.

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La deuxième histoire est justement centrée sur cette l’agence d’espionnage. La version Valiant du SHIELD est plus moderne car est dirigée par Jamie Capshaw, une femme lesbienne en relation avec une femme noire. Cependant, son amoureuse la quitte à cause du GATE. La scène qui suit est très émouvante car Jamie va prendre une douche pour craquer sans que personne ne s’en rende compte. Cette modernité se retrouve plus tard car Jamie n’est pas une acolyte mais une vraie guerrière reconnue. Le Pacific Princess, QG volant du GATE, s’est crashé dans Harbinger Wars : Blackout. Cet accident a coûté sa place à Jamie Capshaw. Dégradée, elle a ordre d’utiliser Aric mais elle a décidé de ne plus mentir depuis sa rupture. Ce run me semble être un moyen pour Kindt d’approfondir des éléments de son univers. En plus du GATE, j’ai pris plaisir à retrouver le vaisseau basé sur le spoutnik et Atom, le sikh d’Eternity. Personnage secondaire – bien que passionnant – on découvre son passé. Il a mené la révolte des humains contre les robots à la pensée trop binaire. Assimilant Aric à un robot, il déteste donc l’armure. Il est venu sur Terre pour retrouver sa femme, la déesse du ciel Tagg que David Camp a enlevée. J’ai été très heureux de lire la suite sur ce fanatique. Déçu par Divinity, il avait décidé de devenir un dieu. On découvre ici qu’il a provoqué une guerre sur l’Inconnu pour récupérer une arme et enlever Tagg. Revenu sur Terre, il dirige le camp de Néo-Eden créé par Divinity en Australie. Il se fait appeler le cartographe et veut instaurer la tolérance entre les nations, les religions, les genres sexuels mais recherche surtout le pouvoir sur les autres. Il a rassemblé autour de lui tous les personnages changés par Divinity ce qui constitue une allusion cool au fan qui retrouve les animaux mutés et le soldat-papillon. L’étrangeté de Divinity débarque dans X-O Manowar et c’est fantastique. Kindt intègre une dimension politique subtile : l’État manipule les médias pour éviter qu’Aric et ses alliés ne soient les méchants. Cependant, l’ordre leur est donner d’éviter un massacre car on ne peut tout dissimuler. Chaque groupe est heureux du dénouement très ouvert…

Dans troisième récit, on retrouve la même race que le robot d’Unity dont l’un des membres est volé par des chasseurs de prime mais le plus intéressant est que pour une fois c’est Schon, une femme qui sauve Aric. Son amoureuse de Gorin ne vient pas pour lui mais pour empêcher que les chasseurs de prime de voler l’armure. Ce run voit deux couples se battre : un couple séparé avec Aric et Schon et le couple de chasseurs de primes, amoureux depuis l’enfance. Ces derniers, bien que néfastes, sont très touchants. Ils savent que tuer c’est enlever le futur à une personne et son entourage. Comme dans chaque récit, la fin laisse des pistes ouvertes. Les chasseurs de prime ont pris un morceau d’armure et repartent à Gorin. Aric travaille désormais à temps plein pour le GATE. Il devient un Superman intervenant pour aider partout dans le monde. Ses faiblesses le rendent passionnant car il ne peut vivre seul. Il retrouve le couple du premier tome avec Schon. Elle reconstruit à l’identique leur maison mais au Nebraska sur la réserve des Wisigoths. Kindt, en une page, réussit à boucler son récit au point de départ tout en intégrant l’évolution de chacun.

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Les trois récits de quatre épisodes changent de dessinateur mais à chaque fois l’équipe est intéressante. Trevor Hairsine est toujours aussi doué dans la mise en page et la composition des cases. Cependant, le dessin un peu inachevé en fin de run. La colorisation numérique par Diego Rodriguez et José Villarubia est encore meilleure que Divinity. Les couleurs avec une dominante de marron et l’effet de matière autour cherchent à imiter un papier ancien jauni ou la terre. La texture d’une autre page ressemble à un parchemin indien usé. Il y a également de jolies pages de Ryan Bodenheim quand Sabbas fait le récit de sa traversée du Sahara. A partir de l’épisode dix-neuf, j’ai été très heureux de retrouver Juan Jose Ryp. Comparé à Britannia, il est ici dans un univers plus coloré et un encrage plus fin. Sa composition dynamique pour l’action et épique s’exprime ici pleinement par les angles en contreplongée. On retrouve son goût pour le gore lorsqu’Aric déchire un ours en deux. Ryp réussit à faire une case très originale quand Aric enfile son armure. La partie jaune est comme une seconde musculature et le bleu vient en second former des lanières protectrices. J’adore aussi Tomás Giorello et son effet pastel flou. Kindt commence le dernier épisode avec la même image au premier. Giorello m’a bluffé avec la superbe image d’Aric devant une planète par un meilleur cadrage et surtout les couleurs de Diego Rodriguez. On peut d’ailleurs voir en bonus plusieurs pages de crayonnés de Ryp et Giorello.

Alors, convaincus ?

Dans ce dernier tome épique, Kindt ne baisse jamais de niveau. Il continue à développer Valiant en reprenant des personnages d’autres séries ou en créant d’autres. Il réussit l’exploit de densifier son univers tout en permettant de lire ce volume séparément. En effet, il n’est pas indispensable d’avoir lu ce qui précède. Ce n’est certes pas un récit fondateur mais il constitue ma meilleure lecture récente. De plus, il me donne très envie de relire Eternity.

Thomas Savidan

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