[review] By Night

Après Love is Love ou Kaijumax, l’éditeur Bliss continue à proposer des titres indépendants en dehors de Valiant. Ces titres m’ont souvent convaincu. De plus, ce récit est au départ destiné aux ado, j’ai un faible pour ce genre comme Valiant high, et je ne demandais donc qu’à être conquis.

Un résumé pour la route

By_Night_1By Night a été créé et écrit par John Allison (Bobbins, Giant Days). Les dessins sont de Christine Larsen (Valentine, Kung-fu Panda) avec les couleurs de Sarah Stern. Cette série complète en douze épisodes est sortie chez BOOM! Studios entre juin 2018 et juin 2019 et en France chez Bliss éditions en janvier 2020.

Dans la ville de Spectrum, l’économie s’effondre depuis que le fondateur de la principale usine, Chet Charles, a disparu. La jeune Jane Langstaff, qui avait quitté la ville pour faire ses études, est revenue piteusement. Un soir au bar, elle retrouve Heather Meadows, sa meilleure amie au lycée. Cette dernière encore très immature, lui propose de profiter de la fermeture de l’usine pour aller l’explorer en secret de nuit…

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Jane Langstaff possède un doctorat en chimie mais s’ennuyant dans un job décevant dans un petit laboratoire d’analyse, elle est devenue cynique. La jeune black est loin d’être ravie de retrouver Heather. Plus joyeuse en apparence, elle ne semble pas avoir changé depuis le lycée avec ses cheveux bleu ciel et c’est justement pourquoi Jane s’était progressivement éloignée. Plus rebelle, Heather propose de profiter de la fermeture de l’usine pour pénétrer illégalement dans le bureau du fondateur. Bien que réticente, Jane accepte pour ne pas passer pour une fille rangée. Tout change, quand elles découvrent un local caché dans le cagibi du bureau. Utilisant une machine, elles franchissent un portail dimensionnel et découvrent un monde digne des contes et légendes. En effet, un petit démon vert à cornes qui parle à un squelette les accueille. Gardt a peur d’un homme-loup et conseille aux humaines de partir très vite mais elles décident de revenir pour faire un documentaire. Gardt réclame des artefacts terriens pour faire le guide mais a une préférence pour les années 1980 – une petite voiture de Colt Seavers, un classeur Deux flics à MiamiJohn Allison est-il nostalgique de l’époque de son adolescence ? Assez étrangement pour un récit young adultes, les ados sont présentés comme une menace. En effet, des fêtards gothiques squattent l’usine abandonnée et compliquent le projet des adultes. Plus tard, en manipulant la machine, ils font venir un crabe géant. Jane n’utilise pas son portable pour faire le documentaire mais une caméra et un micro. On découvre peu à peu la faune surprenante de ce lieu. Un hibou à quatre ailes, le Prophète, vient chercher Gardt pour le juger. C’est le squelette dans son manteau qui se désigne comme avocat. Le paysage est aussi amusant : la montagne qui parle, une forêt des cristaux…

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Les deux héroïnes très différentes forment un duo complémentaire. Jane panique alors que l’insouciance d’Heather la pousse à explorer au hasard. Une fois calmée, Jane cartésienne analyse des poussières et cela prouve un voyage dans les dimensions. Le retour sur Terre, nous permet d’en apprendre plus sur ces deux jeunes femmes. Heather a rapidement arrêté la fac et se cherche depuis. Fainéante, elle refuse de devenir exterminatrice professionnelle d’insectes comme son oncle. Le duo ne garde pas le secret sur le portail mais intègre rapidement des proches. Le collègue de Jane le beau Barney Jobson puis le père d’Heather viennent les rejoindre. Ces visiteurs n’ont pas vraiment peur malgré les plantes et les animaux mortels. Heather est même ravie de voir un papillon géant pour leur film.

Le temps qui passe est un thème central du livre. Si Heather propose d’explorer l’usine, c’est un moyen de revenir à la folie du lycée. Jane se laisse convaincre en souvenir de son amitié ancienne. A la moitié du livre, la cause de la brouille entre les deux filles est dévoilée. Heather est allée très loin dans le dépassement des limites (la drogue, l’alcool et le sexe). Jane l’accompagnait pour la protéger mais, un soir, elle s’est ridiculisée en buvant de l’huile d’olive. Après avoir volé le film pour payer ses dettes, Barney retrouve aussi Bo un ami d’enfance qui se révélera surtout être son dealer sans scrupule. Comme dans de nombreuses œuvres sur les petites villes, le père d’Heather Chip est un ancien espoir du foot qui s’est blessé et est revenu à une vie plus banale mais cela lui convenait. Le temps marque aussi les mutations de la ville. Alors que l’on s’attend à une exploration de cette dimension, By Night est plus la démonstration que la fermeture d’une usine plonge une ville dans une crise économique et ses habitants dans une crise psychologique. Charlesco était une entreprise familiale qui avait une vision paternaliste et locale du capitalisme mais elle est dépassée par le monde moderne. Les repreneurs sont un conglomérat qui veut faire de la nourriture avec des insectes. Le père d’Heather gardait l’usine pendant vingt-cinq ans et vient de se faire licencier. Déprimé, il s’endort saoul sur son canapé. Quand il fait visiter les lieux à Barney, on perçoit l’attachement de ce salarié pour son lieu de travail.

Ce passé n’est pas si idyllique car les militaires avaient financé la machine pour l’utiliser en cas de guerre. Le récit part parfois dans tous les sens car le scénariste veut tout expliquer.

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Le dessin de Christine Larsen est tout en rondeur et épuré dans un style caractéristique de la bd young adult. J’ai aussi parfois pensé à Zander Cannon de Kaijumax ou Bryan Lee O’Malley de Scott Pilgrim. Pour évoquer les différentes périodes chronologiques, elle joue sur les textures en passant en noir et blanc avec des points visibles comme les colorisations anciennes des comics ou l’effet de texture des télévisions. Cependant, les angles et les formes sont peu originaux. En bonus, on trouve les couvertures et les tests du scénariste pour les personnages.

Alors, convaincus ?

By Night réussit à mêler une aventure entre les dimensions, un duo d’héroïnes attachantes et le portrait d’une ville en crise sans jamais être pesant. Ce récit est certes classique et, à certains moments, un peu enfantin ou léger mais il se suit agréablement.

Thomas Savidan

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