[review] Hal Jordan : Green Lantern (T.1)

Green Lantern, durant la période écrite par Geoff Johns, a été ma porte d’entrée dans l’univers DC. Je ressens donc un attachement particulier pour ce héros mais si je n’avais jamais encore écrit sur lui. Le début du run de Grant Morrison offre une bonne occasion pour cela et en plus de vous proposer deux points de vue puisque Moyocoyani s’associe avec moi pour cette chronique spatiale.

Un résumé pour la route

Green_lantern_1Ce volume regroupe les six premiers épisodes de la série écrite par Grant Morrison (Doom Patrol, Multiversity) et dessinée par Liam Sharp (Wonder Woman Rebirth, Judge Dredd). Ils ont été publiés aux États-Unis par DC comics de novembre 2018 à avril 2019 et en France par Urban comics en octobre 2019.

Hal Jordan est un pilote d’essai aux États-Unis alors qu’il assiste au crash d’un vaisseau extra-terrestre. Le pilote mourant lui confie un anneau. Hal devient alors un Green Lantern et peut utiliser cette bague pour voler, voyager dans l’espace et créer toutes les structures que son esprit imagine. Il rejoint ensuite le Green Lantern Corps, une police intergalactique, se donnant pour mission de protéger les plus faibles. Ce groupe est dirigé par les Gardiens sur la planète Oa.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

L’avis de Thomas

Même si je connais encore mal toute sa carrière, je dois dire en préambule que j’ai un rapport assez particulier avec Morrison. J’ai lu par à coup l’ensemble de son run célébré sur Batman. J’y ai admiré sa passion et je trouve son objectif, de reprendre des runs oubliés pour créer sa propre continuité, passionnant. Cependant, je suis rarement touché par ce qu’il écrit. En faisant des Lantern les shérifs de l’espace, comme l’indique le titre du premier tome, le scénariste compose un récit policier agréable. Tout débute par une enquête pour découvrir le meurtrier du Lantern Tox. A mi-chemin, l’histoire policière bascule dans le récit de l’infiltration menée par Hal Jordan au sein du gang interplanétaire de Blackstar. Cependant, ne vous attendez pas à un récit de genre car Morrison brouille les pistes. On assiste au vol puis à la mise aux enchères de la planète Terre. De plus, le scénariste écossais présente des Lantern très étranges – un lantern virus, un homme à la tête de cratère – et réussit ainsi très bien à recréer un corps nouveau et intrigant. Ces exemples montrent selon moi que Morrison est un auteur baroque – ou précieux selon le point de vue. Il part d’un récit assez simple – refaire des Green Lantern les policiers de l’espace ce qui correspond à leur origine mais aussi au but de DC avec Rebirth. Cependant, à chaque page, il va plus loin. Il enrichit – ou surcharge – cette origine par des ornementations nombreuses. On peut être admiratif de sa culture comme les nombreuses références scientifiques. J’ai apprécié de croiser Adam Strange très peu traduit en français. J’aime le concept de ce héros de science-fiction des fifties qui, marié sur une autre planète, est devenu le protecteur de ce peuple. Véritable auteur, le scénariste partage ses questionnements personnels, ses passions et veut pousser le lecteur à se cultiver.

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Le duo avec le dessinateur est totalement logique. Par son dessin précis avec des pages multipliant les détails, Liam Sharp rajoute également une couche dans la peinture baroque esquissée par le scénariste. Ses plans larges sur la planète Oa sont remplis de détails presque invisibles. Les cadres de plusieurs cases sont enluminés par des gouttes de sang par exemple, des cases deviennent un verre qui se brise vers le bas de la page. Sharp intègre aussi des références visuelles : sur la planète vampire, on reconnaît de célèbres suceurs de sang dont Morbuis de Marvel, Tom Cruise et Brad Pitt dans le film Entretien avec un vampire, la chauve-souris géante de Coppola… Cependant, les qualités de chacun ne s’additionnent pas mais se neutralisent. En effet, en multipliant les références, les lignes de lectures, autant le scénario que le dessin en oublient le récit. Par exemple, je trouve que les Blackstars ne constituent pas des adversaires véritablement menaçants. Le fond me pose aussi problème. J’aimais le run de Johns car Hal Jordan se rebellait contre les Gardiens et leur morale rigide. Dans ce récit, privé de lanterne et en attente de jugement, il suffit d’une convocation pour qu’Hal accepte les ordres sans discuter.

Pour conclure, comme avec Batman, j’ai éprouvé une certaine frustration en terminant le sixième épisode. Ce livre est visuellement superbe et rempli de références passionnantes mais je n’ai pas ressenti de l’émotion. Cette sensation personnelle est très difficile à comprendre mis à part en expliquant que je n’ai jamais réussi à connecter avec ce héros et donc être touché par ce qui se passe.

L’avis de Siegfried « Moyocoyani » Würtz

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Comme Thomas, j’ai plus d’admiration que de réelle appréciation pour le travail de Grant Morrison, formidable architecte d’univers mobilisant une culture encyclopédique au service d’histoires baroques, à la saveur toute particulière et souvent déroutante. Si on lui reproche ainsi souvent des fictions trop « perchées », plus fascinantes d’érudition que passionnantes dramatiquement, voire donnant l’impression d’être brouillonnes tant elles multiplient les références et pistes sans convaincre tout à fait que le scénariste sait où il va, on est aussi toujours curieux d’un nouveau projet, tant son statut de star du comics peut le presser de produire des arcs à la hauteur de sa réputation.

The Green Lantern a dans l’idée de quoi inspirer confiance : en traitant un personnage précis, la série garantit une relative linéarité, un ancrage permanent limitant le risque de dissémination, tandis que le sujet cosmique promet de la part d’un auteur comme Morrison un bien curieux voyage. En outre l’importance de Green Lantern dans la cosmogonie DC, fluctuante mais renforcée en ce moment par le projet d’une série et la très vague rumeur d’un film, peut redoubler l’intérêt d’un run fort.

Et de ce côté-là, difficile d’être déçu. Ramener Hal Jordan à la fonction de shérif galactique apparaît pratiquement comme un prétexte à la multiplication décidément ludique de rencontres délirantes, transposition de standards narratifs (braquage, infiltration, trafic d’esclaves, gang…) du genre policier/western « à l’américaine », prenant évidemment des proportions et des formes confinant au burlesque, ou l’assumant pleinement, sans que cela empêche des touches d’épique.

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Dans le seul corps des Green Lanterns, il ramène Volk, l’extra-terrestre à tête de volcan et l’aveugle Rot Lop Fan, ou invente le soleil Hyperia-3 (parce qu’il ne fallait pas compter sur lui pour se contenter de Mogo) et le virus Flooze Flem, tandis que le bestiaire d’antagonistes compte la secte des Blackstars, des esclavagistes de planètes, le Berger (un Terravore ressemblant « au Dieu de l’Ancien Testament et à Zeus »), des pirates, des vampires, une araignée aussi dégoûtée par les humains que nous pouvons l’être par son espèce, un Mange-Soleil et le teasing final d’un ennemi de très longue date, Myrwhydden.

On retrouve quelque chose de Invisibles ou de Doom Patrol avec cette galerie de figures complètement improbables, auquel s’ajoute un plaisir pour les fans hardcore de redécouvrir parmi les nouveautés des têtes connues que seul Morrison pouvait exhumer. En ressort un certain goût pour la SF, pour ce qu’elle peut se permettre de plus exotique et coloré sans nier l’intégrité du monde représenté, qui en ressort au contraire enrichi et complexifié, plus ouvert aux possibles que jamais.

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Cette exploration des possibles est renforcée par le style de Liam Sharp, ou plutôt par ses styles. Il en arbore en effet une multitude, sans que je sois parvenu à y trouver une logique, un système (qui existe probablement), comme s’il était avant mû par le pur désir d’alterner un dessin empruntant assez directement à une science-fiction de type 2000 AD voire franco-belge, des références à un comics états-unien Silver Age, jusqu’à des planches impressionnantes même eu égard aux standards contemporains, dans une inconstance qui prend parfois des allures d’inégalité – et tous ses dessins ne sont pas réussis – mais impressionne avant tout par sa capacité à mettre en valeur comme nul autre la disparité de ce monde de bric et de broc.

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Il faut apprécier cette dimension ludique, ce sentiment que Morrison et Sharp s’amusent et nous font participer à un amusement finalement assez personnel, pour apprécier The Green Lantern. Une série dont il ne faut pas attendre la moindre exploration psychologique de son Clint Eastwood de l’espace, viril, protecteur, blagueur face au danger, le moindre sentiment réel de menace, quoi que ce soit qui pourrait (a priori) avoir un impact réel sur la continuité de l’univers DC Comics, mais un divertissement dense et baroque, foutraque au bon sens du terme, ajoutant au plaisir de retrouver Morrison plutôt en forme celui d’être parfaitement lisible indépendamment de toute autre publication.

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Blondin dit :

    Merci pour vos avis. Visiblement c’est du one-shot lisible indépendamment de tout le reste… ca tombe bien je redoute plus que tout les séries archi-reliées et le background DC ne me fait pas mais alors pas du tout triper. C’est pour cela que je ne lis presque que du Batman chez DC et quelques stand-alone en mode What-if. Ce Green lantern me tente bien pour découvrir un personnage que je n’ai jamais lu.

    Aimé par 1 personne

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