[review] Bone Parish tome 1

Drogue, guerre des gangs, mafias et règlements de comptes en tous genres, tel est le programme que nous propose Cullen Bunn dans ce premier tome de Bone Parish sorti chez Delcourt. Là encore, nous avons affaire à un genre très exploité qui a donné lieu à de multiples récits, les derniers dont nous avons parlé ici étant Meyer ou encore Violent Love, dans un autre style. Un tel type de récit peut-il encore surprendre ? Il semblerait que oui !

Un résumé pour la route

Bone_Parish_1Bone Parish est un titre scénarisé par Cullen Bunn (Harrow County, Deadpool, The Sixth Gun…) et illustré par le dessinateur allemand Jonas Scharf. La couleur est confiée à Alex Guimaraes. Aux Etats-Unis, le titre est publié par Boom ! Studios en 2019. En France, Bone Parish est édité chez Delcourt Comics en 2020.

La Nouvelle Orléans est envahie par une nouvelle drogue qui fait fureur. La matière première est pour le moins étrange puisqu’elle est fabriquée à base de cendres de cadavres. Très addictive, elle permet de vivre par procuration l’existence du défunt ou d’entrer en interaction avec lui. La famille Winters est à la tête de ce petit business qui commence à devenir très lucratif. Le seul souci est que sa réputation commence à faire des envieux et des groupes rivaux souhaitent pouvoir profiter de ce nouveau marché, quitte à provoquer une guerre des gangs dévastatrice.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

On ne sait si, pour son scénario de départ Cullen Bunn s’est inspiré des dires de Keith Richards qui affirme avoir sniffé les cendres de son père, mais l’idée d’une drogue issue des cendres des cadavres est un bon point de départ pour un titre glauque et horrifique. L’auteur commence par nous immerger dans le trip d’un consommateur qui revit un concert à travers les yeux d’un chanteur mort. En effet, cette nouvelle drogue permet de revivre le passé du défunt, mais aussi de lui parler ou d’en absorber les capacités. Le scénariste exploite d’ailleurs fort bien toutes les possibilités selon les situations. Evidemment, selon la personnalité du mort, on aura des expériences différentes, c’est pourquoi la recherche de la matière première – les cadavres – n’est pas seulement quantitative mais aussi qualitative, certains consommateurs ayant des exigences spécifiques : sniffer les cendres d’un écrivain célèbre, d’un maître vaudou etc. Une des expériences amène un protagoniste à revivre un suicide collectif d’adeptes d’une secte qui rappelle fortement celui des adeptes du Temple du Peuple de Jim Jones. Ainsi, Cullen Bunn s’ouvre des possibilités de scénarios infinies avec une telle idée.

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Il n’y a aucun « gentil » dans Bone Parish, tout le monde est soit corrompu, soit corruptible, à commencer par la police qui sert d’intermédiaire ou d’indic à la famille Winters ou à ses rivaux. Les membres de la famille Winters qui tiennent la production et la vente de cette drogue n’ont aucun scrupule et ne semblent pas unis. La mère, Grace, est à la tête de l’affaire et n’entend pas partager les décisions avec son fils aîné, Brae, qui a pourtant des velléités d’indépendance. La fille, Brigitte, la scientifique du groupe, semble souffrir d’un complexe vis à vis de ses frères alors qu’elle semble pourtant bien être la plus brillante. Les jeunes frères sont davantage des exécutants. Les rôles sont classiques mais bien écrits et les interactions entre les membres de la famille très justement rendues, certains étant d’ailleurs bien plus mystérieux que les autres, notamment Brigitte.

Les rivaux de la famille Winters sont également bien campés avec d’un côté un gang new yorkais composé de gentlemen et un gang de brutes sanguinaires dirigé par un certain Rafael. Âmes sensibles, attention, tortures et sang sont au programme, la cruauté des gangs apparaissant au grand jour. L’atmosphère instillée par le dessin incisif de Jonas Scharf et les couleurs sombres et poisseuses d’Alex Guimaraes est un véritable atout pour ce récit. Les traits des personnages sont réalistes et assez fins et les décors ajoutent à l’ambiance glauque qui se dégage de l’ensemble. Je ne connaissais pas du tout ce dessinateur mais j’ai hâte de le revoir sur d’autres titres pour voir ce qu’il peut donner dans d’autres genres.

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Si le décor est la Nouvelle Orléans, il est suggéré par petites touches et on évite les clichés. Un flash-back évoque toutefois les ravages de l’ouragan Katrina en 2005 mais sans grande précision. Il est question une seule fois du vaudou – mais on est assez curieux de savoir ce que sniffer les cendres d’un maître vaudou peut bien procurer comme sensation. Enfin, il est question d’une des spécialités culinaires de la ville : les écrevisses. Ainsi, on n’a pas l’impression d’un récit qui utilise un lieu comme prétexte et c’est intéressant.

Alors, convaincus ?

Bone Parish est à la fois bien écrit par un Cullen Bunn au mieux de sa forme, qui ne donne pas dans le manichéisme ou la caricature, son récit est sombre et addictif à la fois par le sujet – une drogue qui permet d’interagir avec les morts – et par la personnalité des protagonistes, notamment les membres de la famille Winters, à la tête du trafic. L’auteur n’en fait pas des tonnes, il déploie un ton juste, tout comme son dessinateur et son coloriste qui soutiennent l’ambiance morbide et glauque du propos dans un style  réaliste.  Un titre dont j’attends donc le tome 2 avec intérêt.

Sonia Dollinger

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