[review] Black science, tome 8

On s’approche de plus en plus de la fin de cette série que je suis depuis le premier volume mais le pessimisme est-il toujours au cœur de cette série de science-fiction et de famille ?

Un résumé pour la route

Black_Science_8_1L’équipe créative est la même depuis le début. Le scénario est de Rick Remender (Fear Agent, All New Captain America) et les dessins de Matteo Scalera. Les superbes couleurs sont de Moreno Dinisio. Ce volume compile les épisodes 35 à 38 publiés aux États-Unis entre 2017 et 18 chez Image et en février 2019 en France par Urban comics .

La réalité est au bord de la destruction car l’utilisation abusive du pilier par les McKay a fini par ronger les frontières entre les dimensions. Grant, par égoïsme scientifique puis familial, ne cesse de parcourir les réalités. Sara McKay essaie de composer avec l’héritage de son ex-mari. Elle est prête à tout pour retrouver ses enfants.

 On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Kadir ayant projeté leur monde hors des dimensions, ce couple divorcé veut retrouver ses enfants mais une police inter dimensionnelle veut les en empêcher. Plutôt que d’user de violence physique, elle use sournoisement de psychologie. Une femme fait leur psychanalyse en trois cases. Sara Flores avait des parents égocentriques qui l’ont négligée pour leur carrière. Elle a choisi Grant comme mari car elle percevait inconsciemment qu’il ferait de même. Grant vient d’un foyer brisé et abandonne tout et tout le monde car il a été laissé de côté. Elle leur propose d’aller à l’Institut interdimensionnel de restauration maritale pour sortir de leur cycle de destruction. Par un twist en fin d’épisode, on comprend que cette professionnelle adopte une procédure standardisée pour chaque couple Sara-Grant. Elle les convainc de lâcher le pilier pour le voler car, quoi qu’elle dise, ils refusent toujours d’abandonner. Cette psychothérapeute se révélera être leur fille unique d’un autre monde. Beaucoup d’ex de Grant travaillent aussi dans l’institut. Bien que voyageant entre les dimensions, Black Science ne multiplie pas les personnages. On navigue entre les Grant, les Sara, les Kadir – même sous la forme d’une mante géante – et leurs enfants de différentes dimensions.

Dans le tome précédent, je me demandais si la noirceur récurrente avec laquelle Remender juge l’humanité allait faire basculer ce récit dans le drame. En effet, l’intérieur et l’extérieur sont liés. Les troubles personnels, de couple et de famille de Grant perturbent le monde extérieur – comme un fou qui est convaincu que le monde change en fonction de ses humeurs. C’est pour cela que le scénariste met beaucoup de lui dans le personnage de Grant. C’est le cas parfois. On retrouve souvent la crainte de tout perdre – les réalités, les enfants pour le couple, la mémoire pour le père de Sara – mais des éléments plus lumineux émergent. Remender reste plus optimiste sur les enfants et l’amour filial. Sara et Grant ont eu une chance infinitésimale d’avoir eu ces enfants.

Black_Science_8_2

L’histoire d’amour de Sara et de Grant est-elle vouée à l’échec ? Sara va dans un monde où elle a réalisé son rêve – elle est chanteuse dans une version science-fiction des Misérables. Elle a réussi car elle a abandonné son histoire d’amour avec Grand, même si elle a encore des regrets. Après avoir lâché le pilier, les divorcés tombent dans un marais. Le couple retrouvera ses sentiments originels en réussissant à ouvrir son cœur. Grant avoue son irrépressible besoin de fuite dans le travail pour ne pas ressembler à sa mère. Sara lui pardonne. Étrangement, ils sont habillés comme dans les années 3190. Au-delà du jeu graphique pour Scalera, c’est comme si cette période passée était un âge de l’innocence des États-Unis. Réconciliés, le couple peut devenir des agents car l’amour les rend plus fort.

Remender réfléchit beaucoup à la place du libre-arbitre et n’arrive pas à savoir s’il existe vraiment. D’un côté, le cœur de l’oignon – surnom de l’organisation des différentes réalités – serait apparu avec la première décision d’un être conscient. Cette décision autonome originelle aurait créé un paradis incluant une église avec voûtes et vitraux. Cependant, d’un autre côté, de nos jours, les humains sont confus et peinent à agir comme Grant. Pour Kadir, les Grant – ces rebelles indépendants – sont, de plus, un virus qui détruit la réalité. Cet ennemi est l’exemple de tout ce qui empêche l’ego de s’épanouir en soi et dans la société (le capitalisme, la jalousie…). Enfin, comme dans Matrix, la réalité n’est qu’une illusion. Dans la première réalité, les mantes portent des casques qui leur permettent de vivre d’autres existences. Chaque réalité ou être n’est donc qu’un rêve de ces êtres. Grant était dans les tomes précédents un magnifique rebelle jusque-boutiste prêt à tout pour ses enfants mais, déprimé, il trouve avec la première réalité la réalisation de ses craintes mais accepte ainsi la mort de ses enfants car tout n’est qu’un mirage. L’Homme n’a aucun libre arbitre et tout est faux sauf l’amour et la manière dont on traite les autres. C’est Sara qui refuse et découvre le mensonge car avec ses parents, son ex et Kadir, elle habituée à les voir. Un dernier retournement prolonge cette avancée positive de la série.

Black_Science_8_3

Au fil des volume, Matteo Scalera est devenu maître de son art. J’adore les designs du monde premier mélangeant formes arabisantes et excroissances naturelles tout en or et rose. Les êtres y ressemblent à des mantes géantes. Le dessin donne une impression de vitesse, d’urgence avec une mise en page souvent autour de cases horizontales et par des visages coupés à la serpe. Le dessinateur sort du réalisme avec de petites taches qui constellent chaque case.

Alors, convaincus ?

Dans cet avant-dernier tome, on sent que l’histoire s’achemine progressivement vers la fin. Remender continue à se questionner sur la place du libre-arbitre de l’homme mais, dans ce tome, il sort du questionnement dépressif de Grant pour montrer la force du couple et de l’amour filial. Comme je l’espérais, le récit est plus positif et j’ai hâte de voir comment il se termine.

Thomas Savidan

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s