[review] The Weatherman tome 1

Une couverture psychédélique, la promesse d’un titre de science-fiction au ton sombre sur le fond mais pop et coloré sur la forme mais aussi un prix de lancement imbattable de 10 €, voilà de quoi donner envie de se plonger dans The Weatherman. Le titre se revendique ouvertement de l’héritage de Philip K. Dick ou de la série Altered Carbon, cette double référence au cyberpunk donne le ton et l’on n’est pas déçu.

Un résumé pour la route

the-weatherman_1The Weatherman est scénarisé par Jody Leheup,  illustré et encré par Nathan Fox. La couleur est confiée à Dave Stewart. Le titre est édité aux Etats-Unis par Image Comics. The Weatherman sort en France en 2020 chez Urban Comics dans sa gamme Indies.

En 2770, les humains n’habitent plus sur Terre car un attentat a rendu notre planète bleue inhabitable après avoir causé la mort de 18 milliards de personnes. Bien qu’ayant refait leur vie, les humains sont encore traumatisés par l’événement, chacun ayant perdu quelqu’un dans cette tragédie. Pourtant, sur Mars, la vie continue et semble même sourire à Nathan Bright, le présentateur météo le plus en vue de la planète. L’homme a tout pour lui, il est riche, célèbre, a une copine formidable. Mais, un jour, tout bascule dans l’horreur.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Le récit s’ouvre sur un monde futuriste mais assez réaliste dans lequel la technologie est un peu plus avancée que la nôtre et où Mars a remplacé la Terre comme lieu de résidence des humains. On est bien loin des titres de Science-fiction sombres où l’atmosphère est irrespirable et l’humanité à la dérive, Mars est une planète active, vivante et colorée et pourtant, le monde a vécu un drame sans précédent : un attentat a tué 18 milliards d’humains – soit plus de deux fois plus que le total de l’humanité actuelle. On comprend que les survivants en soient marqués et se rendent régulièrement aux cérémonies mémorielles. La douleur est d’autant plus présente que les auteurs de ce meurtre de masse sont restés impunis et méconnus, laissant le gouvernement en proie à la vindicte populaire qui lui reproche son inefficacité. En effet, pour pouvoir faire son deuil, tenter de se reconstruire, il faut comprendre et regarder les responsables de sa douleur en face.

the-weatherman_2

C’est après avoir montré une cérémonie de deuil que Jody Leheup choisit de nous présenter son personnage principal, Nathan Bright, une star de la télé, un présentateur météo cynique, blagueur et complètement décalé. L’homme est, dans un premier temps, à la fois antipathique par l’assurance qui semble se dégager de lui et touchant par sa proximité avec son chien et son côté nonchalant dont on se dit qu’il cache sans doute quelque chose. Aucun des caractères présentés dans le récit n’est d’ailleurs manichéen et chacun se révèle être tout autre chose que ce que le lecteur en sait de prime abord. Ainsi, Jody Leheup choisit de multiplier les surprises et les rebondissements pour offrir une histoire sans aucun temps mort.

La vie dorée de Nathan Bright bascule tout à coup lorsqu’il se retrouve accusé d’être le présumé coupable de l’attentat qui a privé de la vie des milliards de ses semblables. Du jour au lendemain, celui qui avait tout, gloire, petite copine et compagnon à quatre pattes se retrouve tabassé, traqué et obligé de subir le spectacle du massacre de son chien – passage que j’ai trouvé personnellement un peu rude et gratuit mais qui montre bien la déchéance du personnage. Sa copine n’est pas du tout celle qu’il croyait être et Nathan se retrouve au centre de l’attention de groupes aux ambitions contradictoires : le gouvernement, par l’intermédiaire des forces armées spéciales, veulent lui faire payer son crime et retrouver ses complices tandis que d’autres organisations jouent un jeu plus trouble. La question principale tourne autour de Nathan : il a totalement perdu la mémoire de celui qu’il était auparavant et se retrouve accusé de crimes atroces dont il n’a aucun souvenir. Doit-il donc payer pour sa vie passée alors qu’il ne s’en souvient pas ? L’homme qu’il est aujourd’hui doit-il payer pour le terroriste qu’il était auparavant ? Cette interrogation n’est pas neuve dans la Science-fiction où la manipulation de la mémoire, l’effacement et l’implantation de souvenirs ont déjà été traités par des maîtres du genre comme Philip K. Dick dans sa nouvelle Souvenirs à vendre – adaptée au cinéma sous le titre Total Recall ou même dans le célèbre manga de Bushi Terasawa, Cobra où le personnage est amnésique et a changé d’apparence. Même si le thème n’est donc pas neuf, le traitement qu’en offre Jody Leheup est intéressant et permet au lecteur de sombrer très rapidement dans une paranoïa généralisée en se demandant finalement qui dissimule quoi dans cette histoire. Les ennemis d’hier deviennent provisoirement alliés et vice-versa, les courses poursuites s’enchaînent à une vitesse folle. L’auteur propose même une vision très critique des shows télévisés et des pulsions sadiques des humains lorsque le public est invité à torturer Nathan pour se venger de lui, ça fait plutôt froid dans le dos.

the-weatherman_3

Graphiquement, Nathan Fox propose un univers assez réalistes, avec juste ce qu’il faut de technologie pour immerger le lecteur dans un futur crédible. Sans détailler ses décors à l’excès, il prend soin des accessoires et notamment des véhicules. L’artiste puise dans plusieurs inspirations, y compris le western mais on retrouve aussi des armures qui rappellent un peu les stormtroopers de Star Wars sans oublier un héritage cyberpunk revendiqué. Le ton enlevé est souligné par la couleur vive et explosive de Dave Stewart qui contraste avec les autres titres de Science-fiction qui proposent souvent des bas-fonds sombres et pluvieux.

Alors, convaincus ?

Si le scénario peut rappeler certaines lectures ou certains films, le récit est très bien amené et, malgré tous ses défauts, je me suis attachée au destin de Nathan Bright qui n’est pas que le type faussement superficiel présenté au début. Ce thriller cyberpunk propose d’entraîner son lecteur dans l’observation d’une conspiration dont Jody Leheup aime emmêler les fils sans toutefois que le récit ne devienne confus. Aussi plaisant à regarder qu’à lire, The Weatherman est une bonne lecture si vous êtes amateur du genre.

Sonia Dollinger

Un commentaire Ajoutez le vôtre

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s