[keep comics alive] Superman contre Wonder Woman

A la fin des années 1970, plusieurs aventures de Superman l’opposent à d’autres héros de l’univers DC mais aussi à des personnages issus d’autres maisons d’édition comme Spider-Man ou encore des personnages bien réels comme Mohamed Ali. Ainsi, Superman défie Flash à la course, combat le Tisseur de Marvel par-dessus les toits et, dans l’album qui nous occupe, affronte la princesse amazone, Wonder Woman. Le scénario est dû à Gerry Conway –l’homme qui a tué Gwen Stacy – accompagné au dessin par José Luis Garcia Lopez et Dan Adkins.

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Une petite présentation

A l’origine sorti aux Etats-Unis dans un numéro All-New Collectors’ Edition en 1978, ce récit parait en France chez Sagédition dans la collection présence de l’avenir à la fin de la même année. Cette édition en format A3 laisse place à des planches spectaculaires qui permettent d’exalter la puissance de frappe des deux principaux protagonistes.

Le combat opposant deux stars de l’univers DC a de quoi intriguer les lecteurs. Pourquoi ces deux membres de la Justice League en viennent-ils aux mains sous le regard accusateur de l’Oncle Sam ? Ce récit est l’occasion de ramener les deux héros en plein cœur de la Seconde Guerre mondiale sur fond de course à l’atome et d’évoquer de manière pas toujours subtile les dangers du nucléaire. C’est l’occasion pour le duo de croiser Albert Einstein et le président Roosevelt tout en cognant sur des nazis et des nippons.

Ainsi, cette histoire n’est évidemment pas qu’une simple histoire de baston entre deux personnages afin de savoir qui est le plus fort. Conway, à travers ce récit, souhaite délivrer plusieurs messages à connotation féministe et pacifique. L’intérêt n’est donc pas de savoir qui sortira vainqueur d’une joute entre Superman et Wonder Woman mais bien plutôt de s’interroger sur le sens de ce combat dans un monde fragile au bord de la destruction. N’oublions pas que cette histoire est écrite en pleine Guerre froide, dans un contexte de regain de tensions et de séquelles encore fraîches de guerre au Vietnam.

Ce récit met en valeur ces deux héros DC alors que la série Wonder Woman, diffusée pour la première fois entre 1975 et 1977, connait un très grand succès, l’Amazone étant incarnée par l’inoubliable Lynda Carter. La premier saison de la série se déroule d’ailleurs dans les années 1940 et est remplie d’espions nazis et asiatiques. Le premier film Superman avec Christopher Reeve dans le rôle-titre sort fin 1978 aux Etats-Unis. C’est dont un moment idéal pour mettre en avant ces figures tutélaires de l’univers DC comics qui sont ainsi popularisés par le petit et le grand écran.

Ce comics a-t-il encore le Power ?

L’histoire commence alors que le lecteur ouvre un dossier d’archives ultra-secret dont on nous indique qu’il s’agit d’un exemplaire unique. Un vrai document d’archives, à tel point que Gerry Conway signe ce récit comme archiviste et non comme scénariste. Le document est estampillé du Ministère de la Guerre et évoque des faits restés cachés qui révèlent non seulement l’existence du différend entre Wonder Woman et Superman mais également des expériences que les Etats-Unis s’étaient gardé de porter à la connaissance du public.

Le suspense ne dure pas longtemps : dès la seconde page, Superman se retrouve en pleine bataille de Midway en train de descendre des avions japonais pilotés par des robots et un sous-marin nippon qui n’ont pour d’autre but que de créer une diversion afin de masquer l’arrivée d’un agent japonais chargé de mettre fin à un projet top secret : le projet Manhattan dont Superman ignore tout jusqu’à ce que la Maison blanche ne le mette au courant des plans américains visant à créer la bombe atomique.

Pendant ce temps, Wonder Woman arrête une bande de nazis kamikazes qui se font sauter en tentant de tuer le professeur H. Andrews et l’agent chargé de sa protection. Après avoir exterminé les sbires nazis, l’Amazone n’est pas au bout de ses peines, elle suit une voiture qui semble appartenir aux nazis jusqu’à l’aéroport de Washington et se retrouve… à la gare de New York en train de sauver un vieillard des mains des séides d’Hitler. Le vieil homme n’est autre qu’Albert Einstein. Intriguée par ces attaques contre les savants, l’alter ego de Wonder Woman, Diana Prince enquête et farfouille dans les archives de l’Intelligence service et met la main sur des informations sur le projet Manhattan. Ça tombe bien, le dossier est bien indiqué avec une menton « secret absolu » indiquée en rouge, histoire de le repérer plus facilement.

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La réaction des deux protagonistes est totalement opposée. Superman, en bon patriote, se laisse convaincre de l’utilité pour les Etats-Unis de se doter de l’arme nucléaire alors que Wonder Woman y voit une abomination, la perte de l’humanité. Au contraire du Kryptonien, tout dévoué à sa patrie d’adoption, l’Amazone n’est pas dotée de sentiment patriotique envers les Etats-Unis malgré l’affection qu’elle porte à ce pays.

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On peut y voir, au second degré, une opposition entre la force brute masculine de Superman et la sensibilité féminine et féministe de Wonder Woman. Cette dernière ne cesse de fustiger les actions des hommes de manière très directe. Gerry Conway n’y va pas par quatre chemins quand il fait dire à son héroïne qu’elle aime les USA mais que ça reste un pays régi par des hommes qui font souvent fi de considérations humanitaires. Ce discours féministe est assez régulier dans le récit et même s’il manque de subtilité, on peut reconnaître à Gerry Conway qu’il ne fait pas de Wonder Woman un faire-valoir à l’homme à la cape, elle est son égale et elle est bien plus lucide que lui sur les dangers que fait courir au monde la course à l’armement nucléaire.

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Parlons maintenant des vilains qui parsèment le récit. Après les sous-fifres, le Japon et le Reich envoient en toute tranquillité leurs meilleurs éléments, leurs super-soldats sur le sol américain. Le Japonais, dernier des Samouraïs se nomme Sumo tandis que l’Allemand dont le visage est dissimulé par un masque qui rappelle celui d’Iron Man est le baron Blitzkrieg, proche d’Hitler dopé par un sérum (ça ne vous rappelle pas un certain Captain ?). Aucun des deux ne fait confiance à l’autre et c’est finalement la rivalité de ces deux pseudos alliés qui les mènent à leur perte.

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Le clou du récit se veut être le combat entre Superman et Wonder Woman, on a failli l’oublier au milieu de tous ces espions…En résumé, la princesse amazone, furieuse de voir les Américains fabriquer une arme nucléaire décide de tout casser forçant Superman à intervenir. Pour éviter de détruire leur environnement, les deux champions décident de combattre sur la Lune où ils trouvent, au milieu de leur lutte fratricide, les restes d’une civilisation disparue, décimée par la radioactivité. Wonder Woman voit là l’occasion de raisonner son ami, peine perdue, ce dernier tape comme un sourd, jusqu’à ce qu’un SOS parvienne de la Terre et que les héros s’allient contre la menace des forces de l’Axe.

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Tout est bien qui finit bien, l’ouvrage se referme sur la promesse du président Roosevelt qui jure aux deux héros que tant qu’il sera en vie, la bombe nucléaire ne sera pas utilisée dans une guerre. Effectivement, c’est son successeur, Harry Truman qui prendra la décision de bombarder Hiroshima et Nagasaki.

Que penser de cet album ? Son côté old school rebutera une partie du lectorat – mais encore faut-il parvenir à se le procurer – tout comme l’aspect parfois moralisateur du propos. Toutefois, cet album est un hommage aux comics des années 1940 où les super-héros castagnaient Hitler et coursaient les espions du Reich. C’est aussi un album aux accents féministes et pacifistes, ce qui en fait un témoignage historique à lui seul puisqu’il reflète ainsi les préoccupations de l’Amérique des années 1970 confrontée à la montée des revendications des mouvements de femmes et à la peur panique du nucléaire sur fond de Guerre froide.

C’est en cela que ce récit mérite qu’on s’y arrête, bien plus que pour le combat des héros, qui n’est finalement qu’un prétexte à développer des thématiques sociétales et politiques. C’est aussi cela les comics.

Sonia Dollinger

 

 

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. J’aime bien ce genre de vieux comics et j’espère avoir un jour l’occasion de le lire. Merci pour la découverte et ton retour 😉

    Aimé par 1 personne

  2. Alex Hivence dit :

    Un article qui éclaire bien les ressorts de cet album hors du commun à l’époque! Un grand format, un face-à-face d’anthologie qui n’était pas monnaie courante à l’époque, un contexte historique significatif pour ces superhéros, leur naissance et la guerre étant associés. Bref, un cocktail détonnant!
    Et ces planches du combat entre les deux titans, quelle puissance! On sent que cet affrontement est à la fois physique et idéologique. Et comme l’article le mentionne, une puissance masculine vouée à son drapeau face à une force féminine plus émancipée de ce côté. Est-ce à dire qu’ici le féminin affiche une émancipation quant à sa légitimité, que la vérité portée par le féminin entrevoit des aspects méconnus de la justice portée par le masculin, inféodé à un symbole?

    Merci pour ce revival qui rappelle de bons souvenirs old school dans ce que ce terme contient de meilleur! Du fond sous une approche modeste, un combat à lectures multiples…

    Aimé par 1 personne

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