[review] Archer & Armstrong par Barry Windsor-Smith

Quand j’ai lu l’annonce de ce volume, je me suis jeté pour participer à mon premier crowdfunding. Ayant une passion récente pour l’univers Valiant, j’avais vraiment hâte de découvrir les séries des années 1990. De plus, j’aime beaucoup ce dessinateur que j’ai connu sur Arme X. Au fil des jours, j’ai ressenti le stress, la peur de ne pas voir le volume publié puis celui de franchir les paliers pour obtenir surtout les autres épisodes et de nombreux goodies amusants. Il était désormais temps de le lire.

Un résumé pour la route

Archer_1Ce volume rassemble la quasi-intégralité des épisodes de Valiant écrits et dessinés par Barry Windsor-Smith (Conan, X-Men) sauf Solar. Il est aidé pour l’histoire de Jim Shooter (TheAvengers, Dazzler) et Bob Layton (Iron ManHercules) – les deux créateurs de Valiant – et pour le dessin par Art Nichols (Star Wars, Sleepwalker) dans l’épisode 7 et Bernard Chang (Green Lantern Corps, Batman Beyond) dans un épisode chacun. Les couleurs sont de Maurice Fontenot. Cet élément me semble avoir le plus vieilli car les couleurs semblent coloriées au feutre. Sa colorisation manque de relief et de variété dans les textures. On trouve les épisodes 0 à 12 d’Archer & Armstrong puis Eternal Warrior six et sept parus entre juin 1992 et juillet 1993. Ce volume a été publié par Bliss Editions en septembre 2019.

Archer est le fils adolescent d’un pasteur manipulateur et vénal. Il rencontre par hasard Armstrong un éternel fêtard et désinvolte. Ensemble, ils vont vivre des aventures dans plusieurs pays européens.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Barry Windsor-Smith présente un duo de personnage intéressant. Obadiah, fils d’un prêtre évangéliste, est à la recherche de l’amour de ses parents mais sans succès. Tout s’effondre quand il surprend ses parents en train d’égorger une pécheresse. Le scénariste va subtilement très loin car les polaroids sur le sol montrent qu’ils photographient leurs crimes. Ses parents adoptifs tentent de le tuer dans un feu. Dans des images oniriques, il revient sur terre avec une mission : se venger. Il part seul en Asie pour apprendre à combattre. Archer maîtrise parfaitement son corps et copie toutes les techniques mais il est chassé du monastère car il utilise sa haine pour progresser. Perdu et sans but, il rencontre dans une rue de Los Angeles Armstrong – Aram Anni-Padda – faisant la manche. Dans l’épisode cinq, Archer commence à rédiger son journal à la fois intime et spirituel On découvre ces extraits forment le récit mais il reste un enfant qui a peur des ombres dans la nuit. Ce texte illustre l’empowerment d’un ado mais aussi du scénariste débutant qui complexifie son récit.

Barry Windsor-Smith manie l’humour très vite. Lors du voyage d’Archer, un moine est énervé par tous les Américains qui viennent, inspirés par la série Kung-fu. Le duo comique à la Laurel et Hardy fonctionne très bien. Par ses parents et sa formation, Archer est encore mystique et solidaire alors que Armstrong cynique et sceptique. Archer voit la grandeur des lieux et des personnes et Armstrong ne pense qu’à remplir ses besoins primaires. L’inversion des stéréotypes où le jeune est le plus posé et sage alors que le vieux est le plus noceur et épicurien est très drôle. Archer, naïf, va parler à tous les religieux mais pour Armstrong, il devrait « arrêter de [les] mettre dans le pétrin rien qu’en bavardant. » L’humour est bien plus réussi que le duo Deadpool/ Spider-Man que j’ai lu récemment. Le scénariste fait dire de plus en plus de blagues par Armstrong. Pour échapper à une exécution, il se laisser chier dessus par un ptérodactyle géant mais se remonte le moral en découvrant l’unique bordel de ce monde. Alors qu’Archer trouve la solution dans la pureté, l’éternel trouve une solution dans ces lieux malsains. Dans le passé, Aram rentre dans un complot car il est mécontent des augmentations des taxes sur le vin espagnol. Mais au fil des épisodes, le scénario rend ce fêtard plus complexe. Ayant perdu sa besace, Armstrong y gardait plusieurs secrets des dieux, dont le Saint Graal. Quittant l’Italie, les deux héros vont retrouver la femme d’Armstrong sur la Côte d’Azur.

Archer_2

On retrouve, dès les premières pages, les thématiques de la série récente sur la religion. Le pouvoir d’Archer ne vient pas de dieu mais de lui-même. Dans l’épisode zéro, Archer fait un pari au basket, qu’il gagne après une prière mais il rend l’argent pour tendre l’autre joue. Arrivé chez lui, il se fait gronder car selon elle, il a interrompu « les séances de prière. » alors qu’ils étaient à demi-nus… De plus, le père n’hésite pas à recourir au chantage au miracle lors des sermons et promet un accès au paradis aux plus gros donateurs. L’hypocrisie de la religion – en particulier sur le sexe –m’a fait rire. Le sexe est à plusieurs reprise un moyen de manipuler les hommes. Archer est gêné devant des prostituées mais Gilad organise un coup monté pour le déniaiser. J’ai aimé retrouver ce duo mal assorti entre un éternel et un ado naïf à cause de la religion, entre un hédoniste et un puceau. Plus loin, on découvre qu’Archer est le messie d’une nouvelle religion dans le futur. Il échappe à une exécution grâce à sa réputation mais il attaque un fidèle quand il le compare à ses parents. On retrouve les différences d’interprétations où les religions se trompent toujours en regardant la réalité : pour Mahmud, Gilad Anni-Padda est le fils du démon qui est apparu par la magie de la main du diable. Le scénariste dénonce aussi les groupes qui infecteraient toutes les religions et les gouvernements mais on est avant les fake news et le scénario n’éprouve donc pas le besoin de critiquer ces rumeurs comme dans la série actuelle. Au-delà de la religion, la question du bien et du mal revient souvent. Le jeune voleur Black Ice-D utilise un pouvoir de persuasion pour s’amuser puis par regret il veut faire le bien.

Le canevas de la série récente est proche du début de la série d’origine en dehors du crossover. On retrouve même des scènes comme un combat contre des dinosaures et des robots ou contre les membres d’une secte. Le duo se retrouve aussi à Rome. On ne peut faire confiance à personne dans cette ville sacrée. Archer, moins pacifiste, ne vient pas d’une secte secrète. Il veut se venger et exposer l’hypocrisie évangéliste de ses parents mais ils sont arrêtés dès l’épisode un. Les religieuses nazies, les sœurs de la mort, ne sont qu’un déguisement. Van Lente semble avoir fait son marché dans les idées de la série d’origine mais en les accommodant différemment. Pour l’époque, le scénariste a une vision assez subtile des femmes. Dans le monde d’Unity, les prostituées, victimes, sont kidnappées jeunes et éduquées de force pour le sexe. On peut les frapper car après elles utilisent l’argent pour une reconstruction faciale. Une femme affirme : « Je suis plus qu’un 90D. » Alors que le début est centré sur Archer, la seconde moitié du volume met plus au centre Armstrong. Après Gilad Anni-Padda, on découvre l’autre frère Ivar.

Dans un road trip, le duo remonte vers Angoulême qui vient sans doute du souvenir de Barry Windsor-Smith d’une visite au festival de la bd. On sent d’ailleurs l’artiste très influencé par la France. Il revisite les Trois Mousquetaires avec les trois frères Anni-Pada et Archer en d’Artagnan. Par contre, je me dois de signaler que les lacunes de Windsor-Smith en histoire de France : il confond Louis XIV et XV et voit dès le XVIIe siècle la Révolution française arriver. L’élève Windsor-Smith n’est pas plus doué en géographie. Le Havre ressemble beaucoup à une ville américaine. Parti d’Italie, le duo remonte vers Strasbourg pour aller en Angleterre. C’est aussi peut-être un moyen pour illustrer l’imprévisibilité d’Armstrong. Loin de m’énerver, ces approximations m’ont amusé. La description de Londres est plus juste car l’auteur est né à Londres. Des Anglais de différentes époques kidnappent Armstrong pour organiser son procès à Stonehenge. C’est un moyen pour le dessinateur de représenter différentes périodes (un fantassin de la Première Guerre mondiale, un guerrier médiéval, Hendrix, une bourgeoise sixties…). Mais cela reste un Londres particulier car « Tout le monde est ici cinglé et à sa façon » selon Ivar. J’ai eu l’impression d’être dans le Londres de Vertigo.

Archer_3

Le dessin m’a aussi emballé. Archer a un style mélangeant l’époque moderne et la tenue du moine. Au contraire, Gilad tout en cuir noir est un sombre justicier new wave, très contemporain de cette époque. La mise en page est classique avec une grille parfois modifiée. Dans Eternal Warrior, elle est plus variée avec des cases toutes horizontales. Ses héros étant piégés dans La Chapelle sixtine, le dessinateur en profite pour rendre hommage aux maîtres de la Renaissance puis au baroque par un rêve. De même, j’ai l’impression que la présence récurrente des reptiles montre l’intérêt du dessinateur pour les dinosaures. Dans la très belle dernière page de l’épisode sept critiquant la société de consommation, un gamin est entouré de boites d’objets formant un escalier où il trône. Dans l’épisode huit, une case sur un viol m’a marqué. On ne voit rien mais la cape du coupable cache progressivement les visages alors que le noir s’installe sur un visage puis sur tout l’arrière-plan. Il y a parfois des images assez gores mais Barry Windsor-Smith n’en rajoute pas : dans Eternal Warrior, un personnage crucifié sur une cage se fait exploser les entrailles.

Bliss nous offre une superbe édition. Chaque épisode est séparé par sa couverture puis une page noire. On trouve en bonus l’ensemble des couvertures alternatives, plusieurs pages de dessin avant colorisation et les recherches de Windsor-Smith sur le logo. Les deux épisodes d’Eternal Warrior en bonus forment une histoire complète. Je suis heureux que l’on ait atteint ces paliers car ce sont pour moi les meilleurs du volume grâce aux paroles mystérieuses autour de la magie. La maison d’édition a vraiment réfléchi pour s’adapter au mieux à la colorisation d’origine, en optant pour un papier mat qui absorbe les couleurs. J’ai juste été surpris que l’on ne traduise pas les titres – est-ce pour garder les jeux de mots ou un problème d’incrustation ?

Alors, convaincus ?

Archer & Armstrong est une très bonne découverte. Les dessins, malgré une colorisation datée, sont magnifiques. Le récit est tout aussi drôle que l’intégrale et il y a une vraie fin. Une fois le dernier épisode lu, j’étais en manque. Aura-t-on d’autres séries ? Les épisodes un et deux faisant partie du crossover Unity, je suis vraiment curieux de connaître l’ensemble de récit. Les quelques passages où cet Indien apparaît me donnent envie de lire la série Turok. Vous pouvez, en attendant d’autres séries Valiant, lire l’interview du dessinateur d’une grande partie de l’intégrale : Père Pérez.

Thomas Savidan

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s