[Dossier New Mutants] The New Mutants, « vieux dans le corps, jeunes dans l’esprit »

The New Mutants, « vieux dans le corps, jeunes dans l’esprit »

Chris Claremont, Bob Mc Leod, Bill Sienkiewicz, Louise Simonson, Bret Blevins etc

Après trois ans d’aller-retour entre production, post-prod’, rumeurs de reshoots, plus grand monde ne croyait que le film de Josh Boone (« Nos Étoiles Contraires » et la seconde adaptation à venir du « Fléau », de Stephen King) verrait le jour, enfin, la nuit des salles de cinéma.

Et pourtant, l’annonce d’une sortie en début avril, accompagnée rapidement d’un nouveau trailer, a relancé l’intérêt de beaucoup sur ceux qui furent surnommés les « bébés X-Men » par certains de leurs grands-frères et sœurs mutants.

Retour sur la genèse et l’histoire de la première série de comics dérivée des X-Men

Nous sommes en 1982, Billy Idol chante qu’il fait chaud dans la ville et pourtant, il pleut à nouveau selon Supertramp.
Chez Marvel, Jim Shooter, le mortel rédacteur en chef des 80s, commande une série sur une jeune classe de héros mutants, benjamins des X-Men, alors perdus dans l’espace et supposés morts. Pourtant peu enthousiaste, Chris Claremont, scénariste présidant à la destinée des élèves du Professeur Xavier, comprend qu’il vaut mieux s’adapter : Shooter ne manque pas de lui rappeler que si ce n’est pas lui qui s’y colle, « d’autres pourront très bien le faire à sa place ».

Il va donc inventer les Nouveaux Mutants (New Mutants) premier spin-off des héros hors-la-loi (si l’on oublie la mini-série Wolverine avec Miller aux crayons).

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L’annonce d’un spin off des X-Men, en 1982. Une première à l’époque où les séries mutantes n’étaient pas légion (eh!)

Ainsi, flanqué de Bob McLeod, le Marvel Graphic Novel 4 intitulé New Mutants parait en décembre 1982, et la série suivra dès le début d’année d’après… pour pas moins de 100 numéros tout rond !

Rappelons qu’à cette époque bénie, Uncanny X-Men est le fer de lance de Marvel depuis la seconde moitié des années 1970 et l’un des comics explosant toutes les ventes. Loin derrière restent les Avengers et autres Justice League, et l’on a oublié que les Defenders existent encore.

New Mutants décolle donc assez rapidement avec des ventes stables et des personnages venus, tels leurs aînés des X-Men, des quatre coins du monde :

 

– La fière Dani Moonstar/Mirage , Cheyenne dont le pouvoir est d’extraire et matérialiser en hologrammes les peurs les plus terribles d’autrui.
– Très mature, Shian Coy Manh/Karma, Vietnamienne qui peut posséder les corps de ses adversaires.
– Timide, Sam Guthrie/Cannonball vient du Kentucky, et se propulse tel une rocket, entouré d’un champ de force le rendant invulnérable en vol.
– La catholique et très prude Rahne Sinclair/Wolfsbane, Écossaise et de surcroît lycanthrope
– Et Roberto Da Costa/Sunspot, richissime et sûr de lui, venu du Brésil, capable d’emmagasiner l’énergie du soleil pour développer une force herculéenne.
Il est peu étonnant de voir une équipe dont la majeure partie des membres sont des (jeunes) femmes: Claremont aime les héroïnes affirmées, rien de nouveau. Il a beaucoup fait en matière de féminisme intelligent et convaincant via ses comics, avec des personnages tels Tornade, Miss (Captain) Marvel ou Jean Grey/Phénix.

Très vite, deux autres mutantes seront ajoutées: Amara Aquilla/Magma, aux pouvoirs volcaniques venue d’une citée antique de la forêt Amazonienne, et la sœur de Colossus des X-men, Illyana Rasputin/Magik, Russe, apportant un intérêt supplémentaire: la jeune fille à vécu 7 années dans les Limbes infernales de Belasco, et est devenue une sorcière confirmée dont plus de la moitié de l’âme est vouée au mal.

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L’équipe au complet, celle qui a marqué tous les fans, ici par Art Adams

Les Nouveaux Mutants (dont le nom est dérivé de l’idée première de Stan Lee pour les X-men, « The Mutants ») ne vont pas se mélanger instantanément aux autres héros, leur vie va nous être montrée avec les doutes, les peurs, les passions d’adolescents typiques cherchant leurs places dans ce monde plutôt qu’au travers de batailles épiques contre de quelconques super-vilains.

 

Mais très tôt, Claremont donne à la série un ton sombre et adulte voire horrifique qui va véritablement se révéler et devenir un phénomène avec l’arrivée de Bill Sienkiewicz. Délaissant le trait typique des comics de Mc Leod et Buscema qui se chargeaient jusque là du graphisme, Sienkiewicz, dès l’épisode 18, entame la « Demon Bear Saga » centrée sur un démon Indien pourchassant Dani, la montrant terrifiée sous ses draps qui dans l’ombre révèlent la gueule d’un ours.
Sienkiewicz est aussi doué que son nom m’est difficile à écrire : Marvel voulait à la base le grand Neal Adams pour une série, et ce dernier leur suggéra un « petit nouveau » dont le style s’apparentait parfaitement au sien. Après avoir œuvré sur Moon Knight, il se débarrasse entièrement des courbes douces de ses prédécesseurs pour aiguiser les angles de ses dessins, pousser son encrage vers le noir le plus sombre et passer à des constructions de pages absolument expérimentales pour le lecteur de sept ans que j’étais quand je lisais cette série dans Titans aux éditions Lug.
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Passage à l’âge adulte avec Bill Sienkiewicz, Dani terrorisée sous sa couverture par le Démon Ours

Les visages sont pleins de mimiques très humaines, les émotions dépassent les habituelles bouches ouvertes de stupeur ou les dents serrées de l’effort, pour montrer tout un panel d’expressions qui va faire beaucoup pour l’atmosphère de l’histoire.
Ah, ma réaction effarée devant ces dessins « illisibles » … Que voulez-vous, à sept ou huit ans, l’art, c’est pas toujours clair… Surtout dans une bd – le courrier des lecteurs montra que tous n’étaient peut-être pas prêts pour cette aventure.

 

Qu’importe, Bill était là pour un moment, un voyage neuf et rafraîchissant encore de nos jours.
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prête à la chasse oui, mais qui est la proie?

Claremont, très bavard avec ses sous-intrigues, nous montre dans cet arc l’arrivée d’une rouquine du futur de Days Of Future Past (DOFP), et ses souvenirs, dont une double page où le Professeur Xavier est criblé de balles et projeté sur plusieurs mètres. Couillu. Fascinant.

Telle une excroissance vivante des dessins de Sienkiewicz, sombre et changeant sans cesse de formes, dessiné au négatif avec seuls quelques traits jaunes, arrive un nouveau personnage, Warlock, un alien fuyant son technocrate de père et s’écrasant sur Terre. Se liant d’amitié avec les mutants grâce à leur dernière recrue, Doug Ramsey/Cypher, Warlock clôt par son intervention ce fameux arc du Démon-Ours.

Les jeunes Mutants vont voyager avec leurs aînés revenus de l’espace, ou seuls. Les histoires se veulent complexes, humaines, un cran parfois au dessus de celles des X-Men. Malheureusement un peu trop verbeuses, avec des personnages pêchés dans d’autres séries, (La Cape et l’Epée) et la première apparition de Légion (le même que dans la série du même nom) le fils de Charles Xavier. Deux épisodes nous entraînent en Asgard pour un voyage qui changera nombre de personnages: Dani devient une valkyrie, Rahne tombe amoureuse, Illyana subit les tortures de l’Enchanteresse, Amara devient une fée, Sam est accueilli par le peuple des nains…

 

Le but est atteint, comme cette vieille pub le disait: « Don’t call ’em X-Babies anymore » (Ne les appelez plus X-Babies).
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Avec cette pub, on officialisait les choses, les Nouveaux Mutants sont à prendre au sérieux.

Obligé de suivre les contraintes éditoriales, Claremont confronte ses personnages au Beyonder, être omnipotent surgi du cross-over Secret Wars. Les jeunes meurent tous et sont effacés de la mémoire collective.

 

Ils seront réanimés par le même Beyonder, mais ce petit tour de passe-passe suranné (et toujours utilisé) permet à l’auteur de montrer les jeunes plongés dans un état post-traumatique. Il leur faudra des épisodes pour se remettre de ce désarroi, épisodes dans lesquels Magneto, devenu directeur de l’école, à fort à faire avec les Avengers et Emma Frost, à l’époque fervente ennemie des X-Men.

 

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Dans cette séquence choc sur deux pages, surgie de DOFP, Xavier est abattu par l’armée

C’est à présent au tour de Jackson Guice d’illustrer la série, il s’était auparavant occupé des très intéressants Micronautes, une série sous-évaluée et oubliée de l’un des plus grands scénaristes des 80s, Bill Mantlo.

 

Les épisodes montrent toujours les jeunes face à des dilemmes tout à fait humains, reléguant l’utilisation de leurs pouvoirs au second plan, problèmes tels que l’acceptation de la différence face à l’ignorance (NM 45, un numéro à lire, s’il en est !), la rivalité entre frères, le douloureux mélange de l’amitié et de l’amour, les crises de conscience et la différence entre la vengeance aveugle et la justice.
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« Si nous voulons apprendre une chose de la mort de Larry, ça devrait être ça… Vous voulez savoir qui je suis ? Je suis Katheryn Pryde. C’est la seule chose importante. Le reste n’est qu’étiquettes »

Le nœud gordien enclenché avec l’arrivée de Warlock arrive enfin (!) à sa conclusion, lors d’une épopée à travers l’espace et le temps, qui mêle la réalité de DOFP où les mutants sont éradiqués , à une autre dystopie où ces derniers ont pris le pouvoir, accablant les humains… Alors que Magik se débat seule dans son royaume infecté par le techno-virus de Magus, le géniteur de Warlock.

Claremont est alors remplacé par Louise Simonson, pour ce qui ne devait être qu’un délai de six mois le laissant libre d’écrire Excalibur avec Alan Davis. Mais, se plaisant sur la série, il laisse la jeune femme continuer le boulot, enchaînant les arcs (Fall of the Mutants, Inferno).

Les épisodes restent bons mais il est clair que Louise Simonson ne considère pas Magneto comme un personnage pouvant se racheter.
Assez rapidement le personnage va manquer à son devoir de directeur et se rapprocher du Club des Damnés.

Certains personnages vont être éloignés et Cypher, dont le seul pouvoir est de traduire et parler toute langue existante sera tué: en effet, peu de dessinateurs apprécient ce personnage qui n’a pas grand chose à faire sur le terrain, et il s’effondrera sous les balles destinées à Rahne la lycanthrope…
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Cypher meurt dans les bras de Wolfsbane

On peut sûrement voir ici le grand tournant de la série, du moins celui qui l’a involontairement menée à sa perte : les jeunes mutants vont s’engluer dans une trame de plus en plus macabre, et perdre de la vitesse.

A la suite de cet épisode traumatisant, Simonson va en écrire deux pires encore. Dans l’un, carrément morbide, Warlock, ne comprenant pas bien les mœurs humaines, épiant Dani devant la télé, alors que passe Night of The Living Dead de Romero, va voler le corps de Cypher et passer devant la maison des parents du défunt… qui l’apercevront… Puis l’amènera à Rahne, qui culpabilise déjà pas mal… Les dessins sont alors de Bret Blevins qui a un style cartoonesque assez peu adapté à ces épisodes et qui caricature les émotions des personnages, les poussant souvent à l’extrême.

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Dans cet épisode particulièrement lugubre, Warlock a du mal à comprendre le concept de mort

Un nouveau voyage en Asgard va séparer Dani de ses compagnons, elle restera chez les valkyries alors que Bret Blevins laisse sa place à l’atroce Rob Liefeld qui commettra les dessins pour une quinzaine d’épisodes et achèvera la série avec un paradoxe: elle se vendra comme jamais alors que tout ce qui en faisait sa force en est vidé, expurgé, jeté à la poubelle par Simonson puis le jeune dessineux.

A ce tournant, il faut bien comprendre que les comics viennent de passer la décennie qui a amené Watchmen de Moore et Dark Knight de Miller, et d’autres plébiscitant le « grim n’ gritty »  et toute une pléthore de dessinateurs pas tous bons arrivent et mettent les rédacteurs en chef dans leurs poches.
Les scripts et dialogues de Simonson sont souvent ré-écrits sans qu’elle le sache à la demande d’un Liefeld qui s’accapare la série, et sous la houlette de Bob Harras, rédacteur en chef de l’époque, tout personnage qui n’est pas au goût du jeune premier va quitter l’équipe.
Péniblement, la série se traîne jusqu’au numéro 100 dans lequel ne reste que Cannonball de l’équipe originale. Celle-ci se retrouve transformée en un peloton de jeunes soldats menés par Cable, un perso créé par Liefeld (qui accouchera dans la foulée de Deadpool) avec des membres sans profondeur voire carrément antipathiques.

Image 10: Quand Sunspot s’en va, la fin peut-elle se trouver bien loin, est-il demandé sur la couverture. Bah non.

La série change de nom et devient X-Force, vendant dans le million d’exemplaires, ce qui permet à Bob Harras de se frotter les mains, de virer plus ou moins Claremont, Peter David, Louise et Walter Simonson et d’autres qui ont fait le renom de Marvel… Sans savoir que ses protégés, Rob Liefeld, Jim Lee, ou Todd Mc Farlane, quitteront en douce le bateau peu de temps plus tard pour fonder Image, le laissant dans une merde assez noire…

Dans les années 1980, des rumeurs sur un film des Nouveaux Mutants a circulé un moment, pour disparaître assez vite.
A présent, Disney a su ramener sous sa coupe hégémonique les droits de la totalité des personnages Marvel, et le film longtemps plongé dans les limbes, lui aussi, est encensé depuis trois ans par Bill Sienciewikz qui en dit le meilleur. Il défend le travail des jeunes acteurs qu’il trouve bien choisis, et j’avoue que voir Anya Taylor Joy (The Witch, Split, Glass) dans le rôle d’Illyana, l’un des personnages que j’affectionne le plus dans le monde des comics, me semble très judicieux.
Les trailers montrent un aspect horrifique assez sympathique, Josh Boone parlant de Freddy 3: Dream Warriors, Vol Au Dessus d’un Nid de Coucou et Breakfast Club comme influences pour le film. Dans ce trailer, on peut apercevoir une forme qui pourrait être le Démon-Ours, et Magik, au sortir d’un cercle de téléportation, se sert de son épée, indiquant un probable côté mystique du perso… On ne peut qu’espérer un résultat qui ne trahisse pas trop le matériel original comme c’est hélas très souvent le cas dans les adaptations filmiques…

 

A suivre en 2020, et en attendant, nous nous pencherons tour à tour sur les cinq personnages mis en avant dans le long-métrage, ici-même!
Mais ceci, comme on le dit chez Conan, est une autre histoire !
Stéphane Maillard Peretti

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