[review] Monstress tome 4

Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé de Monstress lors de la sortie du premier volume voilà déjà deux ans. La sortie du quatrième tome est l’occasion de vous redire combien ce titre est une merveille et renouvelle avec bonheur le genre heroic fantasy dans un récit sombre, sans complaisance et d’une beauté à couper le souffle. Ce titre mérite vraiment d’être lu tellement il est passionnant et beau.

Un résumé pour la route

Monstress_4_1Monstress a pour scénariste Marjorie Liu et pour illustratrice Sana Takeda. Monstress paraît aux Etats-Unis chez Image Comics. En France, le titre est édité chez Delcourt où le tome 4 est sorti en 2019.

Monstress se déroule dans un monde qui n’est pas le nôtre et qui pourrait être une Asie uchronique où la Terre serait peuplée de différentes espèces vivant en harmonie dans le passé mais aujourd’hui concurrentes. La guerre fait rage entre les Arcaniques – créatures hybrides nées des amours des Anciens et des Humains – et les Cumea, un ordre de religieuses fanatiques qui dévorent ses victimes. Le monde est au bord d’une destruction généralisée, seuls quelques individus tentent de préserver une paix précaire.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Monstress est une série comme je les aime, une série qui prend le temps de s’attarder sur la psychologie des personnages et sur leur environnement. Marjorie Liu nous offre des individualités complexes dans un monde loin d’être manichéen. Maïka Demi-Loup, l’héroïne mûrit au fur et à mesure des tomes et apprend à composer avec l’ancien dieu qui fait partie intégrante de son être. Ils forment désormais plus un duo d’alliés que d’antagonistes. Maïka va devoir affronter un certain nombre de révélations et se dresser face à un être qui lui est proche. Cet affrontement est central dans le récit et il est très bien mené par une auteure au féminisme subtil. L’homme que Maïka rencontre est manipulateur, avide de pouvoir et on ne sait trop s’il dit la vérité quand il évoque ses sentiments mais il n’est pas dépeint comme une brute épaisse, plutôt comme un tacticien qui sait jouer des sentiments des autres.

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Le personnage de Kippa, la petite renarde est également très bien écrit, elle fait preuve de courage malgré le danger et surtout continue à éviter de juger ses interlocuteurs selon leur apparence. Marjorie Liu rend une forme d’hommage à l’univers d’H.P Lovecraft quand Kippa se retrouve errant dans des ruines face à une Dracul qui pourrait tout à fait être la cousine de Cthulhu. Loin de juger son interlocutrice sur son apparence monstrueuse, Kippa entame un dialogue et tente de comprendre les motivations de Dracul et son espèce. Cet échange est beau et les dialogues, à l’image de l’ensemble, sont d’une grande poésie.

Les relations entre les protagonistes sont complexes, faites d’amour, d’attirance, de haine ou de soumission, les sentiments s’entremêlant parfois. Marjorie Liu propose un récit de guerre où les trahisons sont nombreuses, la mort omniprésente mais où la plupart des personnages rejettent les jugement hâtifs et nouent les alliances les plus improbables. C’est une des forces du titre, à mon sens, et cela oblige à une lecture lente et attentive pour bien saisir toutes les nuances et les interactions entre les individus et les groupes. L’univers imaginé par Marjorie Liu et Sana Takeda est d’une grande richesse, les anciens dieux côtoyant des humains, des arcaniques ou des cuméens, j’ai apprécié d’ailleurs que, bien que se revendiquant d’un univers d’heroïc fantasy, les artistes ne reprennent pas les codes habituels en faisant apparaître des elfes ou des nains mais prennent le soin d’inventer leurs propres espèces en mettant en avant des personnages féminins forts et complexes. Là encore, pas de manichéisme, les femmes sont aussi manipulatrices que leurs homologues et parfois bien méprisantes dans leurs relations avec l’autre. Une des constantes des récits de fantasy est aussi la corruption de l’individu par le pouvoir ou la recherche de ce dernier. Là aussi, les auteures s’emparent de cette thématique avec justesse et montrent différentes formes de corruption liées à la quête de puissance mais aussi différentes manières de lutter contre.

Le scénario de Marjorie Liu est un bijou en soi, tout comme ses dialogues et ses interactions entre ses personnages,  il faut aussi vraiment saluer le magnifique travail graphique de Sana Takeda qui magnifie réellement le récit. Le dessin est d’une grande finesse aussi bien dans la réalisation des personnages, de leurs costumes et de leurs accessoires – de la hache scintillante à l’arbalète rutilante – que dans celle des architectures où se mêlent influences orientales ou asiatiques avec bonheur. Constantine rappelle Constantinople et donc Istanbul quand d’autres cités évoquent plutôt la Chine. A cette influence asiatique se mêle un aspect steampunk dans les armures et les accessoires. Les références aux mythologies anciennes sont bien présentes avec les différentes représentations animales suggérant des interventions démoniaques, la mise en avant de la figure du chat, à la fois traître et pourtant fidèle, présent dans les mythologies du monde entier, égyptienne ou asiatique notamment. D’autres personnages rappellent les divinités égyptiennes à tête d’animaux tout en les revisitant tandis que l’usage des dragons reste récurrent. Enfin, certains monstres tentaculaires font inévitablement penser aux personnages lovecraftiens. Ce syncrétisme fonctionne à merveille et le merveilleux se mêle sans problème aux éléments plus réalistes.

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Alors, convaincus ?

Pour ma part, je conseille fortement Monstress qui est l’un des meilleurs titres du moment pour celles et ceux qui aiment la fantasy. L’univers est certes complexe mais foisonne de personnages hauts en couleurs, au caractère fort, les femmes ayant la part belle dans cette aventure. J’apprécie vraiment que Marjorie Liu prenne le temps de développer son récit et n’avance pas à marche forcée. On comprend peu à peu les enjeux et les problématiques géopolitiques, les rancœurs, les alliances et les trahisons. Les individus sont torturés, complexes, à l’image de Maïka Demi-Loup qui entretient une relation ambiguë avec le monstre qui cohabite avec elle. L’auteure invite son lecteur à dépasser les apparences et ne pas juger les personnages sur une première impression. L’ouvrage est vraiment bien servi par le dessin de Sana Takeda qui donne le meilleur d’elle-même pour faire vivre cet univers. Franchement, ce serait dommage de passer à côté de ce titre.

Sonia Dollinger

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