[Keep comics alive], les débuts d’Image Comics, WildC.A.T.S 2

Après une première publication sur la série phare de Wildstorm, la maison d’édition de Jim Lee, je me lance dans la lecture de la suite après le départ des créateurs. A l’époque, j’avais été surtout marqué par le remplaçant de mon dessinateur adoré mais quand je regarde aujourd’hui la liste des intervenants, je suis également impressionné par les noms des scénaristes. Ces épisodes sont-ils à la hauteur de leur casting ?

Une petite présentation

Wildcats_2_1Après le départ de Jim Lee, cette série a connu de nombreux changements d’équipes créatives. Bien que les dessinateurs aient été plus nombreux, Travis Charest m’avait énormément marqué. Certains scénaristes sont très prestigieux comme James Robinson (JLA, Starman) ou Alan Moore (V for Vendetta, Watchmen). Cette série était publiée aux États-Unis par Image comics et en France entre 1996 et 1998 par Semic.

WildC.A.T.S (Cover Action TeamS) suit une équipe de super-héros qui veut défendre la Terre face à l’invasion d’une race extra-terrestre, les Daemonites. Ils se sont rassemblés depuis plusieurs mois et ont pu créer des liens entre eux mais le passé de ces extra-terrestre et leur monde d’origine est encore très peu connu.

Ce comics a-t-il le Power ?

L’épisode quinze de la série américaine marque l’arrivée de James Robinson et Travis Charest. Dès la couverture, je suis tombé raide dingue de ce dessinateur. J’ai adoré ce style à la fois hyperréaliste et dynamique. Charest a un style précis sur le décor, l’équipement et les visages. Par exemple, je trouve que sa manière de représenter les barbes – par des petits traits – est très forte. Bien qu’hyperréaliste, il ne fait pas des portraits figés mais un cadrage dynamique adapté au récit, ce qui est très rare. Ses corps sont plus anguleux que la réalité. Les combats dans tous les sens sont une éclatante démonstration de son talent – lecture horizontale verticale, double page, en tournant le livre… Waow On reste dans une bd car, dans ses cases assez petites, le fond est souvent juste un aplat de couleur non réaliste destiné à créer une harmonie de couleurs. Charest utilise des couleurs sombres et joue sur les effets de lumière comme le montre le meurtre d’un agent. Dans un épisode suivant, il aura recours plus systématiquement à des illustrations pleines pages car, hélas, il a beaucoup de mal à tenir le rythme mensuel et le retour de Lee pour un épisode semble le montrer.

Wildcats_2_2

Fidèle au style de la série, Robinson lance très vite l’action mais il en profite pour faire des allusions sur le réalisateur Billy Wilder et sur l’écologie. Assez étrangement, on suit assez peu les super-héros mais les Rasoirs noirs, une équipe de soldats américains d’élite formés pour lutter contre les daemonites. Leur nouveau chef blessé doit faire ses preuves – comme le nouveau scénariste. Robinson adore réinvestir la continuité. En relisant le premier épisode de cette série, je me rends compte que le membre des Rasoirs noirs blessé par balle aux genoux dans le premier épisode de la série est ce nouveau chef. Le récit permet très vite de différencier ces soldats avec une case sur chaque cas personnel. Par le dessin et l’écriture cinématographique, on est plongé dans un film de guerre. C’est un bel exercice de style moins trépidant que Claremont mais plus drôle – des daemonites ressemblent à une caricature d’espion avec des lunettes et un costume noir. Dans ce récit moderne moins dense, les dialogues sont réduits. Robinson semble ignorer l’équipe d’origine comme s’il manquait d’inspiration – il y a encore un membre de l’équipe infecté par un extra-terrestre qui sert d’espion, Maul cette fois-ci. Il faut attendre le volume dix pour retrouver l’équipe partie à la recherche du vrai Maul. Le scénariste sait faire monter le stress – Void et Jacob sont bloqués pour répondre au téléphone pendant les attaques. Comme prévu par Claremont, Majestic, Soldat et Savant sont presque intégrés à l’équipe. On sent que le groupe est en mutation mais la personnalité des personnages stagne car il y a de longues enquêtes policières pour retrouver Maul puis celui qui les vise. Seule Void change car elle devient une voyageuse – dans le temps, l’espace, l’informatique et l’esprit.  Vaudou qui est devenue une métisse kheroubin et daemonites, est encore une pauvre victime à sauver. Robinson s’approprie la série en centrant sur son passé mais il reste encore trop peu de temps. Dans la revue WildC.A.T.S 11, il conclut son arc par une attaque de base de la coda pour introduire le crossover Wildstorm Rising mais la conclusion est un peu courte par rapport à toute la préparation préalable. Les héros sont encore ensevelis après une explosion.

Wildcats_2_3

Le remplaçant n’est autre qu’Alan Moore que je ne connaissais pas à l’époque. L’équipe d’origine s’est retrouvée coincé dans un vaisseau spatial en pilotage automatique vers Khera et le reste des héros pense qu’ils sont morts. Le scénariste britannique réussit avec brio à créer deux histoires par épisode où tout diffère : les lieux (Terre et Khera) les équipes (les anciens et les nouveaux WildC.A.TS) et les thématiques.

Sur Terre, dans la continuité des scénaristes précédents, une nouvelle équipe émerge rassemblée par Savant. Moore crée de passionnants nouveaux héros – Ladytron, une androïde délinquante, avec un design mécanique superbe et T.A.O. (Tactical Augmented Organism, organisme tactiquement amélioré) a été acheté par Halo, l’entreprise finançant les WildC.A.TS puis amélioré. La découverte de ce héros est présentée ironiquement comme un achat d’arme dans un laboratoire de recherche. TAO est très ambivalent. Il aide l’équipe mais on se rend très vite compte qu’il manipule les héros et détruit par la pensée Est-il un avatar de Moore qui, on le sait avec Watchmen, a des soucis avec les super-héros ? Repérant les faiblesses des héros, il les utilise pour les détruire physiquement – comme Maxime – ou mentalement. Il fait douter Fuji de son identité. Je me demande même si l’intervention de Stormwatch n’est pas un prétexte pour utiliser ce super-héros japonais. Le taoïsme est un courant philosophique et Tao l’utilise contre Fuji. Il crée un raisonnement en boucle – syllogisme – et reprend les paroles de Fuji. Tout cela rend le Japonais de plus en plus confus. Plus loin, le scénariste utilise l’humour pour critiquer : à propos de Majestic « Stormwatch nous l’a prêté. Il faut le rendre intact » est une blague sur les héros qui apparaissent en guest star dans un épisode mais par définition ils ne peuvent changer. Le récit est sarcastique vis-à-vis des super-héros – à la recherche de nouveaux candidats, Majestic trouve les équipes toutes pareilles, TAO refuse de combattre préférant lire 101 raisons pourquoi les comics ont ruiné ma vie. TAO, en manipulant ces héros, les rend parfois pathétiques – Majestic, si hautain, trouve les histoires d’amour dans les équipes de super-héros ridicules et Tao pousse Savant à l’aimer par charité pour créer un conflit avec Soldier.

Mis à part Grifter, l’équipe d’origine est de retour sur la planète natale. Autant Moore est sarcastique sur Terre, autant il est créatif et moins blasé dans la partie science-fiction. Il n’y a pas de mysticisme mais des originalités comme l’hôtel des coïncidences que les héros trouvent en prononçant la même phrase. Alors que sur Terre une nouvelle équipe se construit, l’équipe d’origine se décompose sur Khéra. Chacun trouve une place nouvelle sur cette planète mais le collectif n’existe progressivement plus car la guerre est finie. Lord Emp et Zélote étant nobles, ils voient ce monde comme un paradis alors que les autres vivent un rêve brisé. Ce sont des exclus dans une société de castes. Pour Void, « notre rêve se réalise et nous détruit. » En effet, chacun avait un rêve différent et donc poursuit sa route sans les autres. Jacob Marlowe, lord Emp, a retrouvé ses souvenirs mais il s’enferme dans un tour d’ivoire d’égoïsme comme tout homme politique et ne pense plus qu’au pouvoir et à défendre sa caste en oubliant totalement ses anciens alliés. Zélote a un nouveau nom et devient la cheffe politique de la Coda. Au milieu de ses sœurs, elle pense avoir atteint sa quête de pureté et veut imposer ses vues aux autres. En tant que métisse daemonite, Vaudou est encore une victime mais elle se défend seule et, en prenant les choses en main, elle passe de victime à leader en acceptant sa part d’ombre. Maul découvre par une activiste qu’il n’est pas seul mais fait partie d’un peuple exploité, les titanomorphes. Ils vivent dans des réserves – comme les Indiens d’Amérique – en sous-sol. Void est, comme son nom l’indique, une coquille vide – comme quand elle enlève son masque. Warblade a des nouveaux pouvoirs grâce à la Guilde des faiseurs, un cercle d’initiation à la magie. Il peut manipuler la matière pour faire disparaître des radars ou être plus agressif. Spartan est le grand frère des autres robots et est à la recherche de connaissances. Son corps étant détruit, il ne reste de lui que sa mémoire et les connaissances qu’il accumule. Il veut voir derrière la façade de Khera qui comme lui a une façade humaine qui cache une froide réalité. Il va partir alors à rencontre de chacun pour retrouver le groupe et ne trouve que rancœurs et désillusions.

Wildcats_2_4

Moore est très critique sur la politique. Sur Terre, une scène se passe dans un fast-food où le personnel se déguise en personnages historiques comme l’amusante copie de Jackie Kennedy. Les hommes politiques khéroubins mentent en cachant que la guerre est finie depuis 300 ans. Les deux partis de Lord Emp – le Panthéon – et Zelote – la Coda – sont violents et dictatoriaux. La Coda use de l’attentat et le Panthéon de la propagande. Le scénariste prône des idées plus humanistes. En effet le combat Zelote et Vaudou est aussi la lutte entre la pureté raciale prônée par la Coda et le métissage de Vaudou. C’est le sang impur de Vaudou qui la fait gagner par l’apparition de sa face daemonite.

On retrouve une mise en abîme du récit de super-héros sur Terre – les WildC.A.T.S regardent un dessin animé sur les WildC.A.T.S qui correspond au début de l’épisode. En fait c’est une prison mentale pour les convaincre. L’épisode se termine sur une image de DOGS in Space – comme une moquerie sur le nom de l’équipe. L’équipe se rend dans le bar Clark avec plusieurs Wolverines. Sur Kheran, la couverture du premier numéro du comics revient sur plusieurs pages pour montrer parfois que les temps ont changé ou comme un outil de propagande par lord Emp.

Dans la revue WildC.A.TS quinze, les héros sur Khera se rassemblent en quittant ce faux paradis pour revenir sur Terre, mais les rancœurs perdurent. Tao a créé une guerre de gangs et a convaincu Stormwatch de le soutenir mais son plan change car l’épisode se termine par le retour des anciens WildC.A.TS qui ne comprennent rien à la situation. Ils luttent ensemble contre des gangs dirigés par des surhumains. Après le combat, certains restent dépités par leur voyage sur leur planète natale. Lord Emp reste dans son lit à boire alors que Zealot est barmaid. Grifter traîne son spleen en solitaire dans les rues après la mort de son camarade de guerre, Deathblow. Comme Stormwatch, l’équipe change de membres et les deux équipes se rejoignent d’ailleurs pour quelques épisodes.

Cette histoire d’Alan Moore est très classique et lui ressemble peu mais elle reste bien construite. On retrouve des éléments proches du Spider-Man classique quand Grifter et Zealot discutent de leur jalousie pendant un combat. Pour la troisième fois, il y a un traître dans l’équipe. Pourquoi cette constante ?  J’ai aussi apprécié l’humour du récit : Spartan utilise un taxi pour bloquer la sortie de Tao car « dans la vie, il n’y a que deux choses sûres : la mort et les taxis. » L’épisode 34, apothéose du run, commence par l’enterrement d’un Wildcat. Comme dans une enquête, l’épisode en flash-back permet de découvrir qui est mort. Majestic tue Tao car il ne voit pas d’autres solution pour l’empêcher d’agir. C’est moralement douteux mais assez cynique de faire du Superman de Wilstorm un tueur.

A partir du volume douze, les dessinateurs différents se succèdent (Scott Clark, Dave Johnson, Aaron Wiesenfeld, Ryan Benjamin, Jason Johnson, Kevin Nowlan, John Nyberg, Kevin Maguire). Ils font un travail efficace mais c’est loin d’être agréable à regarder. De plus, ces dessinateurs médiocres transforment les idées de Moore en caricatures. Charest revient sur un épisode puis seulement pour les parties à Khera. Il y alterne pleines pages et plus petites cases. Les lignes et les formes varient tout en ayant une pureté dans les grandes cases. Charest dessine bien mieux le monde des titanothropes que les épisodes précédents. Il a une emphase parfaite pour le récit de Moore mais ailleurs c’est une valse des dessinateurs. Matt Broone et Pat Lee font plusieurs numéros. Leur dessin est agréable mais j’ai du mal avec leur style. Matt Broone reprend des mises en page de Charest, les couleurs sont belles mais l’ensemble est figé.

Alors, verdict ?

Malgré le départ des créateurs, la série continue encore aujourd’hui à me passionner. Le dessin de Charest est toujours magnifique. L’arc de Robinson est agréable et l’histoire de Moore est passionnante. Par rapport à d’autres récits très connus, son passage est-il un Moore mineur ? Pour moi, il s’agit plutôt d’un Moore plus drôle et simple mais loin d’être simpliste. Cela peut même être une très bonne porte d’entrée pour découvrir ce scénariste passionnant.

Thomas Savidan

Un commentaire Ajoutez le vôtre

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s