[interview] Pere Perez, du lecteur au créateur

Charmés par Archer & Armstrong et Faith, nous avons profité de la venue de Bliss éditions au Comic Con Paris pour rencontrer un des dessinateurs de ces séries, Père Pérez. Pour changer de formule, nous avons choisi de dialoguer à partir de différentes images pour retracer sa carrière.

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Faith et Archer en convention

Comment se passe la convention ?

Plus je vieillis et plus je suis fatigué lors des conventions. Alors je suis sage et j’essaie de me ménager pour être moins fatigué que sur ce dessin (note : il dort à gauche du dessin). Je suis venu avec des amis que je connais depuis des années qui vivent dans la même ville ou de d’autres parties de l’Espagne.

Comment expliquez-vous que de nombreux artistes viennent de Barcelone ?

On y trouve une grande école de bande dessinée. La plupart des dessinateurs espagnols ont été élèves dans cette école et beaucoup y sont devenus des professeurs. C’est un parcours de trois ans mais je n’y suis allé que quelques mois.

Quelles sont vos relations avec Bliss Edition ?

La première fois, Florent le directeur de Bliss, m’a invité à une convention à Lille avant d’être éditeur. Il participait à un podcast et il a organisé un crowdfunding pour me faire venir. Quand Panini a arrêté de publier Valiant en France, je lui ai dit qu’il devrait les publier. Je lui ai envoyé le contact de celui qui les publiait en Espagne. Je ne veux pas dire que c’est mon idée car il y a sans doute pensé au même moment.

Avez-vous un projet personnel avec eux ?

On a parlé de publier ma série en indépendant publiée en Espagne mais c’était différent de ce qu’ils publient. Je suis tellement pris par mon travail aux États-Unis que je n’ai pas le temps mais, dans le futur, j’essaierai.

Quels sont vos premiers souvenirs de comics ?

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Parraculos de Carlos Giménez (une fantastique bd espagnole sur l’enfance)

Quand j’étais plus jeune, il était difficile de trouver des comics. Ce n’était pas dans les kiosques. Je ne savais pas où trouver un comics store près de chez moi. Par mon cousin plus âgé, je me souviens de Spider-Man et des Fantastic Four mais j’achetais surtout Dragon Ball Z, G.I. Joe, les Tortues ninjas… que je connaissais par les jouets et les dessins animés à la télévision. Je recommande toujours G.I. Joe de Larry Hama à quelqu’un qui ne connaît que les jouets. En Espagne, cela s’arrête dans les numéros 40. A une précédente Comic Con Paris, j’ai vu des épisodes plus récents. Cela a ressuscité mon envie. J’ai aussi découvert qu’IDW a compilé tout ce qui n’avait pas été publié en Espagne. J’ai tout acheté et c’est toujours très bon.

Vous avez parlé de manga, de comics et de franco-belge. Aviez-vous accès à toutes ces sources ?

J’ai oublié que j’étais un grand fan d’Astérix et je le suis encore. A chaque anniversaire, je recevais une bd d’Astérix. Quand j’ai vieilli, j’ai découvert la plupart des bonnes bd françaises et désormais je lis beaucoup de franco-belge.

Vous avez débuté votre carrière comme encreur…

Pour une période courte. Je n’étais pas encore assez doué au dessin et j’ai donc commencé comme encreur dans un fanzine. J’étais à la période où vous êtes plus enclin à finir ce qui a été commencé par un autre meilleur que vous.

Vous avez commencé dans le milieu du dessin érotique.

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 Spider-Woman 1 par Milos Manara ayant fait scandale pour la sexualisation de l’héroïne.

En Espagne dans les années 1980, il y avait une importante industrie de magazine proche de Métal Hurlant puis le seul magazine survivant faisait de l’érotisme. Il n’y a nulle part ailleurs où un jeune artiste pouvait commencer à publier. J’ai travaillé chez Penthouse puis Eros. Cela a été mon premier travail rémunéré. J’ai aussi pris beaucoup de plaisir à écrire le script car j’ai essayé de les rendre humoristiques. Je l’ai pris comme une leçon d’anatomie pour les super-héros. Le porno c’est la même chose mais on ajoute les vêtements et on doit dessiner les corps humains dans des perspectives différentes.

Était-ce un problème pour votre famille ?

Je parlais depuis tellement longtemps de devenir dessinateur mais mes parents n’étaient pas sûrs que je puisse en vivre. Quand les éditeurs ont commencé à me payer pour le faire, ils étaient très contents. Ma mère était tellement fière que je sois payé à dessiner qu’elle en acheté plusieurs exemplaires qu’elle a offerts à ses amis.

Est-ce que cela aide pour dessiner Faith ? Vous avez très bien réussi à rendre Faith réaliste et sexy ce qui n’est pas si courant.

Merci. Pour moi, Faith était un challenge et beaucoup de plaisir. Dans les super-héros, on dessine souvent le même type de personnage. Au bout d’un moment cela devient un peu ennuyeux. J’adore dessiner des personnages différents des archétypes, en surpoids, plus minces… De plus, c’est plus rapide que des muscles car on n’a pas à dessiner les détails. On peut passer plus de temps sur le visage.

Aimez-vous dessiner des personnages féminins ?

Cela demande plus d’efforts mais je suis souvent plus content du résultat. J’adore dessiner les bad girls. Mes livres les plus réussis ont des personnages féminins au centre : Faith, Malicia, un annual de Spider-Gwen où je me suis beaucoup amusé.

Pourquoi les comics plutôt que la bd européenne pourtant géographiquement plus proche ?

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Ma manière de raconter est plus américaine comme j’ai principalement lu des comics. Quand j’ai commencé à chercher du travail, je suis allé à Angoulême plusieurs fois mais les éditeurs n’étaient pas du tout intéressés. Cela a été totalement inattendu quand Bliss a commencé à publier mes comics puis à m’inviter à Paris car je pensais que mon style ne correspondait pas à ce que les gens apprécient d’habitude ici. Mais ces dernières années les comics sont devenus plus importants et il y a des gens qui apprécient la bd et les comics. J’adorerais faire un album en franco-belge mais la manière française de raconter est si précise. Il faut faire de nombreuses planches, beaucoup de paysages… Je suis plus expérimental dans la mise en page mais le public semble plus ouvert.

Comment s’est passé votre passage de l’Espagne aux Etats-Unis ?

Aux États-Unis j’ai commencé pour plusieurs des plus petites (compagnies) mais mon premier gros titre a été pour DC. A cette époque, j’étais allé à des conventions à San Diego et New York. Je suis allé là-bas rencontrer des gens. J’ai un agent et il faisait le travail le plus pénible. A mes débuts, il avait plus de contact avec des gens de l’industrie et parlait mieux anglais.

Vous avez fait des runs assez courts chez DC ?

Pour Action comics j’ai fait neuf numéros de suite puis toute la première saison de Smallville mais ensuite je n’étais qu’un artiste de remplacement. C’est toujours dur car il faut dessiner vite. On débarque au milieu d’une série sans être familier des personnages. Il faut sans cesse vérifier le design, relire les épisodes anciens pour savoir de quoi il s’agit. Sur une série régulière, je me sens confortable au troisième épisode.

Comment s’est fait le contact avec Valiant ?

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C’était à San Diego où ils cherchaient des gens pour démarrer la compagnie. Après Smallville, j‘en ai eu marre car ce n’était jamais tout un épisode mais 2 ou 4 pages par-ci par-là. Valiant m’a proposé quelques pages d’Archer & Armstrong. Je suis tombé amoureux des personnages. Même si je n’avais pas dessiné la série, je l’aurais achetée. Les éditeurs ont aimé ce que j’avais fait, ils m’ont donné l’arc suivant et ainsi de suite. J’adore tout ce que Fred van Lente écrit. Je me souviens d’avoir lu le scénario en riant aux éclats. Il y a des références précises mais tout est raconté dans un ton humoristique avec un duo improbable. Chez Marvel, j’ai d’ailleurs commencé par Deadpool versus Punisher avec lui.

Comme dans l’épisode de Faith en convention, il y a beaucoup d’easter eggs (clins d’œil dans le dessin). Étaient-ils déjà dans le script ?

La plupart je les ai créés. Si je suis en confiance avec le scénariste et que je m’amuse, j’ajoute des éléments dans mes pages.

Utilisez-vous du papier ou dessinez-vous en numérique ?

Je vais de l’un à l’autre. J’utilise des pinceaux numériques puis je les imprime sur papier que j’encre à la main mais je ne remplis par les zones noires. Donc je les scanne et je remplis les parties noires et parfois je fais des ajustements à l’ordinateur. Une ou deux pages par épisode sont entièrement numériques. L’an dernier j’avais des deadlines très courtes et j’ai réussi à faire deux pages dans un avion avec un iPad. Si je ne me m’étais pas entraîné, j’aurais eu des problèmes pour finir à temps.

Quelles sont vos relations avec les X-Men ?

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A un moment, j’ai arrêté de lire des comics mais à 14 ans, j’étais en vacances et je me suis tordu la cheville. Je suis resté à l’hôtel pendant que mes parents se promenaient. J’ai acheté de nombreux comics. J’ai redécouvert les comics et je suis devenu passionné. C’était à l’époque d’Age of Apocalypse.

J’aurais voulu évoquer cette mini-série en particulier car elle permet de voyager dans l’histoire des personnages

Kelly Thompson (la scénariste) est un fan de Malicia et Gambit et tout était donc bien documenté. J’avais les pages exactes qu’elle voulait que je reproduise. J’ai récupéré l’image et je l’ai redessinée avec mon style. C’était super simple et très drôle.

Comment fonctionne le travail avec le scénariste ? Quel est votre marge de manœuvre ?

Fred (van Lente) a été un de premiers scénaristes avec qui j’ai travaillé longtemps. On a commencé à avoir une relation personnelle et de confiance. J’ai osé à lui dire : « Si tu veux, dis-moi juste globalement ce qui se passe pendant le combat et j’improviserai quelque chose. » J’ai découvert que c’est bien plus drôle que de suivre un script. Mes meilleures pages sont créées de cette manière. Ensuite, j’ai fait la même chose avec la plupart des scénaristes en particulier dans les scènes de combat.

Chez Marvel, aviez-vous des personnages que vous rêviez de dessiner ?

Il y en a tellement. Un de mes personnages préféré c’est Spider-Man et j’ai eu la chance de le dessiner récemment pour différentes séries.

Changez-vous votre style selon le projet même si on vous reconnaît ?

Je n’en suis pas conscient. Peut-être parce que mon style évolue et que je m’améliore. Ce que je cherche à faire c’est changer ma narration, mettre plus d’arrière-plan. Les bases sont les mêmes mais je change les finitions pour s’adapter au mieux au script. Par exemple, Faith était plus simple avec moins de lignes car je cherchais à viser un public plus jeune. Le scénario de Valkyrie est orienté vers l’horreur, je mets donc plus d’ombre.

Quels sont vos projets futurs ?

Je finis mon premier épisode sur Valkyrie puis j’en ai un autre. Ensuite, je ne sais pas ce qui va venir. J’espère que Marvel me donnera plus de travail.

Un dernier mot ?

Je voudrais remercier tous les lecteurs français et j’espère qu’ils continueront à acheter mes livres.

A notre tour, nous voudrions remercier Bliss éditions qui nous permis de passer du temps avec un artiste charmant et touchant par sa passion communicative.

Thomas Savidan et Sonia Dollinger

 

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