[review] Qui est le Tisseur ? L’extraordinaire Peter Parker

Après avoir dévoré l’ouvrage de Siegfried Würtz sur Batman sorti chez Third Editions, j’ai fait de même avec le livre de Jonathan Remoiville consacré à Spider-Man. Le sous-titre de l’ouvrage – l’extraordinaire Peter Parker – m’a aussi interpellée car il est admis qu’il existe plusieurs versions de Spider-Man. L’auteur choisit ici de mettre en avant le Spidey originel et ce postulat se retrouve dans toute son analyse. Un point de vue très intéressant qui donne matière à réflexion et à débats.

Un résumé pour la route

Tisseur-ThirdProfesseur d’histoire-géographie, Jonathan Remoiville est aussi un grand amateur de jeux vidéos et notamment de RPG et de jeux de rôle. Il intègre la rédaction du site O’Gaming puis rejoint l’équipe d’Hyperlink. Il semble également bien connaître le monde du Tisseur puisqu’il lui consacre un ouvrage de 199 pages intitulé Qui est le Tisseur ? L’extraordinaire Peter Parker, sorti chez Third Editions en 2019.

C’est en 1962 que naît le personnage de Spider-Man, de l’imagination de Stan Lee et Steve Ditko. Ce jeune lycéen mal dans sa peau, auquel la poisse s’agrippe comme une seconde peau, devient très vite, à la surprise même de l’éditeur Marvel, un personnage populaire qui connaît une postérité impressionnante et dont les aventures se déclinent sur tous les supports, du comic-book au grand écran en passant par les jeux vidéos. Comment expliquer cet engouement pour ce héros tragique ? Est-on finalement plus attaché à Peter Parker qu’à Spider-Man ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Dans l’avant-propos, Jonathan Remoiville explique sa proximité avec le personnage de Spider-Man qu’il a découvert, dans un premier temps, grâce à la série animée des années 1990 et non dans les comics. On sent de suite tout l’attachement que l’auteur a pour Peter Parker, un jeune lycéen intello, rudoyé par les gros durs du bahut et qui peine à sortir avec une fille. Dès l’introduction, on comprend donc que Jonathan Remoiville a une véritable empathie pour ce jeune homme binoclard et poissard sur qui pèse pourtant un destin à la fois grandiose et tragique.

Tout naturellement, le premier chapitre est consacré à la genèse du personnage de Spider-Man. L’auteur sait également fort bien remettre la création de l’homme-araignée dans le contexte historique général : du grand boom des super-héros des années 1940 à la crise post Deuxième Guerre mondiale, à laquelle s’ajoute la campagne violente dont les comics sont l’objet dans les années 1950. C’est donc dans un monde très lisse en apparence, très policé que Jonathan Remoiville situe la naissance du Tisseur. L’auteur remet à l’honneur tout le travail de Steve Ditko sans pour autant occulter le rôle de Stan Lee. Ditko est sans nulle doute celui qui met en avant le caractère taciturne et frêle du héros. L’auteur n’est d’ailleurs pas toujours tendre avec Peter Parker dont il ne cache pas l’aspect parfois égoïste et misanthrope à ses débuts. On peut émettre quelques divergences avec ce point de vue : pour ma part, par exemple, je comprends tout à fait l’attitude égoïste et revancharde d’un Peter souffre-douleur de ses semblables, mais Jonathan Remoiville expose vraiment son point de vue avec mesure et sait démontrer comment ce personnage est fatalement attachant malgré ses failles et ses faiblesses. L’auteur montre aussi comment Spider-Man aurait pu passer très vite à la trappe tellement son éditeur croyait peu à son avenir. Car, le livre le montre, c’est aussi ça les comics : une rencontre improbable avec un héros imparfait et un public qui lui ressemble et qui se retrouve dans ce personnage faillible.

La création du mythe Spider-Man par Stan Lee et Steve Ditko fait l’objet du deuxième chapitre. Ce chapitre est sans doute mon préféré car il analyse parfaitement le succès du Tisseur : deux créateurs – Lee et Ditko – aux antipodes l’un de l’autre mais qui arrivent toutefois à accoucher d’un des héros les plus populaires du monde des comics, un personnage principal dont la vie est aussi – voire plus – intéressante que celle de son alter ego masqué et un très beau panel de personnages secondaires d’une grande profondeur et que ne servent pas seulement de faire valoir au héros. Il ne faut pas non plus oublier la création de vilains qui auront une postérité importante comme Octopus dont on sent bien que l’auteur l’apprécie plus que le pourtant très présent Bouffon vert. Jonathan Remoiville montre aussi avec une grande justesse combien les créateurs de Spider-Man ont réussi à créer des personnages féminins qui jouent un rôle majeur dans la vie de Peter Parker et de Spider-Man, qu’il s’agisse de Betty, son premier amour ou de l’increvable tante May.

C’est dans le chapitre trois que Jonathan Remoiville fait rentrer Spider-Man dans l’ère classique. Steve Ditko est parti et Peter Parker a grandi puisqu’il est désormais à la fac. C’est le temps des amours et des emmerdes puisque l’auteur le montre aussi fort bien : Peter Parker est un éternel fauché, l’exact inverse de Bruce Wayne en somme. Une partie très intéressante du chapitre est consacrée au rôle de Stan Lee et Spider-Man dans l’affaiblissement du Comics Code avec un épisode sur la drogue. Aux détours de ses analyses, l’auteur montre combien Spider-Man a fait l’objet de nombreux titres en parallèle, qu’il s’agisse de Spectacular Spider-Man ou de Marvel Team-Up. On ne peut ensuite évidemment passer à côté du drame absolu que fut la mort de Gwen pour Peter Parker et les lecteurs mais l’auteur remet cette mort en perspective pour en relativiser l’importance qu’il estime un peu surévaluée dans un passage très bien vu.

Je dois dire que j’ai été passionnée par le quatrième chapitre intitulé « l’extraordinaire Monsieur Watson »qui analyse le rôle prépondérant de Mary-Jane Watson dans la vie de Spider-Man et de son alter ego. En effet, Mary-Jane est une femme de caractère qui ne se contente pas d’un rôle de potiche. Femme moderne, elle a une belle carrière et connaît la célébrité : là où son mari vit dans l’ombre, la jeune femme est fille de la lumière. C’est aussi l’occasion pour l’auteur d’évoquer l’importance de Todd Mc Farlane dans le nouveau look du tisseur et n’oublie pas de saluer et de décortiquer La chasse de Kraven, un des moments mémorables de la longue vie de Spider-Man. Enchaînant ensuite sur la Saga du Clone, l’auteur passe vite à Civil War et à l’importance de cet event dans le parcours de Peter Parker. Mais on sent bien que le traumatisme personnel de Jonathan Remoiville, comme c’est le cas pour de nombreux lecteurs, c’est One More Day puisqu’il y reviendra fréquemment tout au long du titre. Si l’auteur évoque l’univers Ultimate, il le fait très brièvement et on a l’impression qu’il n’apprécie pas forcément cet univers parallèle dont il fait finalement peu de cas.

Le cinquième chapitre intitulé Vie et Mort de Peter Parker interroge les conséquences de One More Day et montre un Peter Parker très différent de ce qu’il fut jusqu’alors. Il fait également la part belle à Dan Slott dont l’auteur reconnaît les faiblesses tout en rendant justice à celui qui préside aux destinées de Spider-Man depuis 2011. Il évoque avec subtilité le Superior Spider-Man que j’avais, pour ma part, vraiment apprécié. C’est aussi l’occasion d’analyser la relation intime qui lie Spider-Man à la ville de New York à laquelle il est inévitablement associé, une relation complexe faite de méfiance, d’amour et de haine que Sam Raimi souligne parfaitement dans ses films par exemple.

Un sixième chapitre est consacré aux adaptations et inutile de dire qu’il est bien fourni. Il passe du Spider-Man de 1967 aux films de Sam Raimi et à l’intégration du Tisseur dans l’univers Marvel. Pas question d’occulter les adaptations plus ou moins réussies en jeu vidéo et le magnifique film d’animation : Spider-Man New Generation qui fait la part belle au jeune Miles Morales sans pour autant oublier les autres versions de Spider-Man, à commencer par celle incarnée par Peter Parker.

Le dernier chapitre revient sur la mythologie du Tisseur et son impact culturel : qui ne connaît pas désormais la fameuse phrase : « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » devenue un des gimmicks les plus célèbres de ce début du XXIe siècle ? Jonatha Remoiville arrive même à démontrer combien Peter Parker est un héros kantien, mêlant ainsi avec bonheur comics et philosophie. Après quelques développement sur la multiplication des Spider-Men de toutes les dimensions, les pays et les époques, l’auteur revient sur le cœur de son sujet : Peter Parker est-il plus important que Spider-Man et je dois dire que sa démonstration m’a réellement convaincue. Oui, on aime le Tisseur, ses blagues incessantes et son courage mais on a une véritable empathie pour Peter Parker en tant qu’homme et c’est ce qui fait la force du personnage. On peut avoir plusieurs Spider-Man mais il y aura toujours un seul Peter Parker et, malgré ses clones, ses remplaçants et successeurs, il restera toujours l’original et celui pour lequel on a une vraie tendresse.

Alors, convaincus ?

Avec Qui est le Tisseur, l’extraordinaire Peter Parker, Jonathan Remoiville livre une belle synthèse sur le personnage et surtout une analyse très personnelle, ce qui fait la force de ce titre. L’auteur fonctionne certes en historien, séquençant son propos de manière avant tout chronologique et le remettant en contexte. Il choisit de mettre en avant certaines périodes plutôt que d’autres, celles qui ont marqué le personnage et il appuie notamment avec justesse sur l’importance de Steve Ditko ou de Dan Slott par exemple. Il met en valeur les récits qui l’ont marqué ou choqué comme chaque lecteur. Si certains pourraient lui reprocher de ne pas faire l’histoire de Spider-Man mais de Peter Parker, c’est précisément ce qui m’a plu, jamais Jonathan Remoiville n’est meilleur que lorsqu’il parle du jeune lycéen devenu un adulte tourmenté. Plus qu’une somme historique – qu’il est toutefois – ce livre est aussi et surtout un ouvrage philosophique sur ce héros si attachant qu’est Peter Parker.

Sonia Dollinger

 

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