[Keep comics alive], les débuts d’Image Comics, WildC.A.T.S

Nous poursuivons notre série sur les débuts d’Image comics après Cyberforce, Darkness et Wetworks. Lors de la sortie en France, fan absolu de Jim Lee, j’étais très excité de le voir créer sa maison d’édition en toute indépendance et j’étais impatient de lire ce qu’il allait faire. Ce fut WildC.A.T.S (Covert Action Teams) mais quelques années ont passé, que vaut aujourd’hui cette série ?

Une petite présentation

Wildcats_1Cette série sur une si longue période a connu de nombreuses équipes créatives mais, dans cet article, je vais me concentrer sur la période où Jim Lee était le dessinateur. Nous parlerons de la période suivante dans un autre post. WildC.A.T.S a été créé par le dessinateur Jim Lee (X-Men, Batman Silence…) et son ami d’enfance le scénariste Brandon Choï (Wetworks, Gen13, Stormwatch). Cette série était publiée aux Etats-Unis par Image comics et en France en 1995 et 1996 par Semic.

WildC.A.T.S (Cover Action TeamS) est une série mêlant science-fiction et espionnage. On suit une équipe de super-héros qui agit en secret pour défendre la Terre face à l’invasion d’une race extra-terrestre, les Daemonites. Ces héros sont humains, khéroubims (l’autre race d’alien) ou métisses. Au départ cette équipe est composée de :

  • Jacob Marlowe, un personnage de petite taille milliardaire qui serait un seigneur khéroubims. Il finance et coordonne l’équipe
  • Void, une femme tout en métal brillant avec un pouvoir de téléportation
  • Spartan, le leader sur le terrain peut projeter des rafales d’énergie
  • Grifter, un ancien soldat expert en armes
  • Maul peut grandir comme Giant-Man. Plus il grandit, plus il perd en intelligence
  • Warblade peut transformer ses mains en griffes comme Wolverine
  • Zélote, une guerrière d’une secte la Coda

Ce comics a-t-il le Power ?

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En ouvrant le premier volume de la série, j’ai été frappé par les dessins toujours aussi superbes. Les visages sont réalistes mais, pour autant, le style n’est pas photographique. Il y a un mélange de réalisme et de simplification propre à la BD qui me plaît toujours autant. Le design des vaisseaux, des bases et des costumes n’a pas vieilli. Dans le cinquième volume, Lee réalise de superbes quadruples pages comme Steranko pour Nick Fury. Je ne suis pas dupe de l’effet marketing mais la superbe composition des cases est toujours logique, ces pages sont intégrées au récit et la lecture est facile. Tous ces épisodes sont une splendeur dans l’organisation des pages. Chaque page a une organisation différente et malgré de grandes cases le dessin et le texte sont plutôt denses. Jim Lee sait tout faire – suite classique de cases, une image dominante autour de plusieurs autres cases, une lecture horizontale, verticale etc. Il se permet de audaces graphiques avec une page composée comme des débris de verre. Chaque superbe case est totalement achevée. Il participe à un jeu que j’adorais à l’époque – intégrer des citations dans l’image comme un clin d’œil au lecteur. Dans l’épisode un, Jacob Marlowe dort au milieu des ordures où on trouve Cyber-force, un Mazzachelli candies (proche de Mazzucchelli, dessinateur de Daredevil) et des paquets d’X-Men 1. L’encrage est toujours aussi fin. Contrairement à Cyberforce, les couleurs n’ont pas vieilli même si c’est un peu jaunâtre. Étant donné le temps passé, le papier a-t-il vieilli ou est-ce une teinte de l’époque ? A partir du volume trois, le papier change en cours d’épisode et les couleurs s’améliorent.

Après la lecture de Cyberforce, j’étais plus sceptique sur le scénario surtout que Brandon Choï a disparu depuis la fin de Wildstorm. L’épisode un commence très bien. Void, une femme étrange affirme à un SDF, Jacob, qu’il est un maître et qu’elle est venue pour le chercher. Dès la page suivante, il est devenu milliardaire, blagueur et fêtard. J’ai été pris très vite par l’histoire grâce un texte bien écrit. Deux groupes de héros se cherchent et ont le même ennemi mais sans le savoir. A chaque page, le lecteur se demande quand ils vont se rencontrer. La formation d’une seule équipe m’a parue crédible car en urgences et contre un ennemi commun, les combattants s’associent. Le volume se termine par deux cliffhangers – la destruction de la boîte où se sont retrouvés les héros et la révélation que le Président des États-Unis est lié aux Daemonites.

Choï et Lee ne perdent pas de temps – une case suffit à expliquer l’enjeu à Vaudou et donc au lecteur. Ils sont redoutablement efficaces – la présentation de la Cabale, de son danger par le meurtre du traître puis d’un troisième groupe autour du Gnome est faite en trois cases. Cela va tout aussi vite que dans Cyberforce mais on y croit plus car le mystère s’installe et Choï n’oublie pas de construire un caractère à chaque héros. De nombreux scénaristes actuels devraient relire cet épisode pour gagner du temps. En réussissant en quelques épisodes à créer un enjeu profond, à réunir une équipe avec des caractères différents et à organiser des combats contre deux camps ennemis, les auteurs nous proposent un des meilleurs lancements d’Image comics.

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Comme Silvestri, Lee et Choï se créent leurs X-Men mais avec plus d’originalité et des variations. Spartan ressemble à Cyclope mais c’est un robot lançant de ses mains des lasers, Maul ressemble à un Giant-Man violet mais il devient bête quand il grandit, Warblade c’est Wolverine avec un caractère plus jovial ou un Mister Fantastic avec des griffes, Griffer est un Punisher drôle ou le côté espionnage de Wolverine, Zélote est un mélange de Psylocke et de Wolverine pour le côté impitoyable. Il y a de plus des créations originales avec Void et Vaudou. On retrouve le style scénaristique et graphique des X-Men mais, étant fan, j’ai adoré. La représentation des héroïnes est cependant un peu schématique – les femmes sont soit des victimes comme Vaudou, soit un mystère comme Zélote et Void.

Cet épisode double est organisé autour de sauts dans le temps en 1980 puis 1992 et 1990. Void a des prémonitions et le futur semble très sombre. L’épisode est parcouru de différentes références au passé comme si cette nouvelle maison d’édition avait besoin de se créer un passé. Plus tard, on découvrira la relation passée entre Warblade et Misery de la série Cyberforce. Dans de nombreuses séries d’Image, des héros sont amnésiques – est-ce un moyen de justifier un passé fictif plus ancien pour cette nouvelle maison d’édition ? On peut y lire une influence mythologique ou religieuse – Jacob est un prénom biblique et comme dans un conte, ce nain est en fait très puissant. Les noms des groupes peuvent faire penser à un combat des démons (Daemonites) contre les chérubins (des anges, kherubims). Plus tard, les WildC.A.T.S croiseront les Ducs de l’enfer. Les Daemonites s’emparent des corps et cherchent à contrôler la Terre alors que les Khéroubim ont choisi le métissage. La série prône le mélange des cultures comme le melting-pot américain ou peut-être de manière plus biographique à l’image du couple mixte de Jim Lee. J’ai beaucoup aimé cet aspect.

Les épisodes ménagent avec talent combat et description des groupes. Dans les débuts d’Image, l’action prime mais ici il y a un fond positif un peu plus dense. Les références cinématographiques des héros montrent l’influence du cinéma d’action dans le scénario. Un combat avec les Youngblood, la série de Liefeld, défendant le vice-président a lieu dès l’épisode deux. Pour faire connaître les différentes séries, il faut diffuser la marque… A l’époque, seul Spawn reste dans son univers.

Dans les volumes suivants, le scénario réussit à rendre les différents camps intrigants et on reste dans la Science-fiction. Adorant la période des X-Men dans l’empire Shi’ar de Lee, je retrouve avec plaisir cet aspect cosmique. Choï arrive à dévoiler certains mystères mais à en créer d‘autres en même temps – Marlowe serait mort il y a 30 ans. Par Marlowe et de Grifter, il y a quelques blagues distrayantes – « face de Zippo » pour Hellspont. Griffer raconte en voix off une aventure mais il n’est pas dans le rôle du gros méchant. Dès le début j’ai adoré ce personnage qui utilise l’humour pour détourner l’adversaire, comme Spider-Man, et en plus la voix off le rend touchant. Il est très drôle à cause de ses nombreuses erreurs alors que Zélote incarne la froide perfection. Ce récit est donc relativement féministe contrairement à ce que laissaient penser les premières images de Zélote. Comme le nom de l’équipe l’indique, Cover Action Team (équipe secrète d’action), le scénario insiste plus sur le côté secret des missions par rapport aux X-Men car les races extraterrestres sont inconnues du grand public. Appréciant l’espionnage, j’ai trouvé cela bien fait.

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Le crossover Killer Instinct qui réunit la série des frères Silvestri et les WildC.A.T.S pousse à la comparaison et, selon moi, la série de Lee et Choï est largement au-dessus. Par la lame psy de Cyblade de Cyberofrce, on voit la copie complète des Psylocke alors que les membres de WildC.A.T.S. sont plus originaux. Bizarrement, Cyblade n’a pas ce pouvoir dans sa série. Le gros problème de Cyberforce ce sont les dialogues toujours aussi creux. Mis à part Ripclaw et Velocity, les héros des frères Silvestri sont désespérément vides et donnent l’impression d’un groupe très militaire. La relation triangulaire entre Ripclaw, Misery et Warblade et leur passé au sein d’une organisation d’espionnage est convenue. Choï réussit à être plus drôle lors de ce combat entre ces griffes :

« – Moi et ma grande gueule »

« – Il va pas en rester grand chose ».

Le complot organisé par Misery est peu crédible avec un combat entre deux héros dont l’un est manipulé. Au final, le crossover se termine par la révélation piteuse que Misery était manipulé par Richtoffen, un méchant nazi caricatural.

Chaque personnage se complexifie au fil des numéros. Warblade était à Cyberdata de Cyberforce et cela explique pourquoi il y les mêmes griffes que Ripclaw. Spartan branche un ordinateur par son œil. Sans être gore, cette image montre qu’il est un robot au caractère froid. Zélote est membre d’une confrérie de femmes soldats, la Coda, qui fait penser aux Amazones dans Wonder Woman. Dans l’épisode sept, le lecteur découvre lors d’un vernissage Maul sans son pouvoir. C’est en fait un blondinet intello à lunettes. C’est très touchant car sa puissance le fait passer pour une personne idiote. L’Orbe qui s’est mêlée à Void est un artefact puissant issu de fragment d’Omnia, créatrice de l’univers. Dans l’épisode huit, Jacob Marlowe se découvre des pouvoirs par Void et le contact avec l’orbe puis il quitte le groupe pour découvrir son passé. Dès l’épisode six, des romances apparaissent. A travers les dialogues et les images, on perçoit des relations amoureuses passées entre Grifter et Zélote et futures entre Spartan et Vaudou – qui me font penser à Cyclope et Jean Grey ou la Vision et la Sorcière rouge. En temps de fiction, c’est peu réaliste mais si on pense que cela fait six mois de publication, c’est un peu plus crédible.

Le scénariste crée des liens entre les épisodes – sur le coin d’une case des employés parlent d’un bateau de croisière qui sera dans l’épisode suivant mais aussi entre les séries de Wildstorm, la maison d’édition de Lee – on voit deux pages sur Stormwatch mais la série n’était pas publiée ne France. J’ai l’impression que Choï est inspiré par le style de Claremont. En effet, l’épisode sept pourrait passer pour un épisode bouche-trou, entre deux arcs sans action mais en y réfléchissant aujourd’hui je trouve ces moments essentiels pour la psychologie des personnages et pour lancer des intrigues à long terme. On en apprend plus sur le monde des kheroubim par un récit médiéval proche de l’heroic fantasy mais est-ce le passé terrestre ou extra-terrestre ? Dans cet épisode, il y a deux cases sur le mariage de Jean et Scott. Cette amusante allusion est faite sans rancœur.

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Claremont arrive au numéro neuf et reprend son personnage d’Huntman de Cyberforce. Il reste dans la Science-fiction par la possession de héros par des extra-terrestres comme les Brood et la vampire Sélène dans les X-Men. Tapestry est une ennemie intéressante qui en sait plus que les autres. Comme son nom l’indique (tapisserie), elle manipule les pensées pour tisser un autre passé. Jim Lee invente une belle représentation de ce lavage de cerveaux avec un fantôme d’énergie électrique bleu pour montrer l’âme sortie du corps.

J’ai l’impression que Lee représente Claremont par le personnage du savant archéologue. Le scénariste a pris ses marques avec un épisode haletant – sur trois cases, Harm menace de tirer mais en même temps on suit l’évolution de Zelote après sa décharge qui semble possédée. Cette tension en est stressante. Il fait un très bon travail sur Zélote. Tapestry a façonné Zelote au fil des siècles. Elle a de nouveaux pouvoirs – une décharge d’énergie et la téléportation. En battant Tapestry, Zélote a acquis le pouvoir d’un Dieu mais elle refuse ce pouvoir. Contrairement à Tapestry qu’elle respecte pourtant, elle refuse d’être le mal. L’arc se termine par ses paroles reprenant des mots prononcés au début du run. Ainsi, Claremont boucle son histoire. Il est assez étrange de rencontrer beaucoup de sœurs et de jumeaux dans ce récit – Zélote, Savant, Tapestry, Void, Providence.

Le scénariste britannique intègre d’anciens alliés de Zélote dans le récit qui formeront ensuite une nouvelle équipe WildC.A.T.S – Mister Majestic, le Superman de Wildstorm, Soldier, soldat d’élite et ancien amant de Zélote comme Trévor pour Wonder Woman et Savant, la sœur de Zélote, une archéologue aux bottes de sept lieues. Claremont est bien plus à l’aise avec les personnages qu’il crée qu’avec l’équipe d’origine. A-t-il trop l’habitude d’être maître de tout ?  Ce sont pour moi les meilleurs épisodes du run de Lee mais le passage de ce grand scénariste est hélas une visite éclair car il part dès l’épisode quatorze. Ce volume se termine par un épisode anecdotique réalisé par Erik Larsen. Dans le cadre d’un mois où chaque auteur d’Image change de série, Larsen aurait été vexé par l’épisode de Lee sur Savage Dragon. Il aurait tout refait en bâclant une lutte entre héros dont le but ne semble que de connaître Savage Dragon.

L’édition de Semic était parfois étrange. En raison du double épisode un, des épisodes sont coupés à la fin des volumes. Dans le deuxième volume, il manque la fin de l’épisode qui n’est publié que deux numéros plus tard en raison d’un crossover avec Cyberforce. Semic en est à imprimer des dessins derrière la couverture – pourquoi avaient-ils si peu d’espace ? Ces volumes étaient compliqués à suivre et relativement chers par rapport à aujourd’hui. Certaines traductions sont étranges – M’enfin fait plus Gaston Lagaffe que comics. Un même personnage se nomme Huntman dans Cyberforce et Le Chasseur dans WildC.A.T.S.

Alors, verdict ?

Assez inquiet de savoir ce que ma série adorée entre 1995 et 1996 valait en 2018, j’ai été embarqué comme au premier jour. L’action ne cesse jamais et cela en fait une lecture très distrayante. Les personnages sont de plus en plus attachants. Les dessins de Jim Lee restent une splendeur. Elle reste pour l’instant ma série Image préférée.

Thomas Savidan

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