[review] Jessica Jones, l’enfant pourpre

Ayant apprécié le tome précédent en particulier le cliffhanger final, j’ai voulu continuer à suivre les aventures en solo de cette enquêtrice fissurée.

Un résumé pour la route

Jessica_Jones_1Ce volume de trois épisodes doubles est de nouveau scénarisé par Kelly Thompson (Malicia & Gambit) avec deux dessinateurs : Mattia De Iulis (Angle mort) pour l’essentiel du récit et Filipe Andrade pour une partie plus fantasmée. Ces épisodes de Purple Daughter ont été publiés par Marvel entre janvier et mars 2019 puis en octobre en France par Panini.

Pendant une période interminable, Jessica Jones (Jewel ou Knightress) est sous le contrôle mental de l’Homme Pourpre (Zebediah Killgrave) qui la force à accomplir des actes ignobles contre lesquels elle ne peut se révolter. Ayant retrouvé sa liberté, Jessica se reconstruit peu à peu près de son compagnon Luke Cage. Pour échapper à ses souvenirs, elle se réfugie dans l’alcool. Dans le volume précédent, après avoir vaincu un serial killer qui ciblait les femmes dotées de superpouvoirs, la peau de sa fille Danielle devient de but en blanc violette comme celle de Killgrave. Pour Jessica, c’est un cauchemar inimaginable qui commence…

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Comme la plupart des récits sur Jones, on retrouve une femme traumatisée. Sa vie est détruite par le changement de couleur de sa fille. Sa création la plus pure a été corrompue par sa pire expérience. Dans un bar, elle veut oublier dans l’alcool mais Carole Danvers la rejoint. Jessica laisse Danvers parler seule et voir la complexité morale du problème. Non seulement, elle refuse de croire à la survie de L’homme pourpre mais elle craint de devoir tuer sa fille. J’ai néanmoins trouvé que la scénariste ne va pas assez loin dans la noirceur de cette idée en multipliant ensuite les pistes. Jessica veut agir seule mais elle rencontre de nombreuses personnes. Le plus souvent, elle refuse l’aide des hommes mais accepte celle des femmes. Face à la fille de Killgrave, elle franchit une barrière morale en l’attaquant. Jessica Jones, fille fragile rencontre Emma Frost, une femme forte. L’enquête manque de rythme et j’ai l’impression que ce n’est pas ce qui intéresse Thompson. Des passages sont ouvertement féministes. Jessica se moque du costume hypersexualisé d’Emma Frost. Jessica se libère seule avec un besoin absolu de contrôle.

On suit non seulement les péripéties d’une femme mais Kelly Thompson décrit aussi la vie d’un couple. Elle se réfugie au bar pour éviter le regard de Luke. Elle se dévalorise en particulier par rapport à lui car « il est plus fort et moins brisé. » mais aussi vis-à-vis de sa fille qui « ne sait pas que tout est fichu. » Comme les parents qui ont perdu un enfant, le choc fait imploser le couple. Luke se questionne logiquement sur sa paternité et il a peur des réactions de Jessica si elle est sous influence. Il part avec sa fille. Toujours aussi négative, Jessica savait qu’un jour cela arriverait. Je n’ai alors pas vraiment compris pourquoi il est donc revenu. La confiance qui se reconstruit est un élément fort. Cette construction commence dans le couple, avec son enfant et enfin en soi-même.

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Ces héros ne sont pas la seule famille du récit. J’ai découvert qu’il y avait tout une famille pourpre apparemment très menaçante. On voit les conséquences des actions de Killgrave par une réunion de ses victimes. Stigmatisés, ses enfants font peur par leurs différences. Dans le premier épisode, ils reprennent les paroles de Jessica et semblent la manipuler. Cette image fait d’ailleurs penser au film d’horreur Le village des damnés. Sans rien dévoiler, on peut dire que le rapport au père est au centre de la machination.

Comme dans Angle mort, le dessin de Mattia De Iulis très réaliste tout en étant épuré est splendide. Je suis toujours aussi fan du rendu des matières très justes et variés en particulier la peau. On retrouve des techniques du premier tome avec un Polaroïd collé sur les gens pour les identifier. On trouve en bonus ses essais sur les couvertures qui sont inclues au début de chaque chapitre. Le style de Filipe Andrade est totalement différent. Moins réaliste, il est plus graphique avec des visages allongés mais tout aussi réussi. Comme chez Valiant, il s’intègre dans une séquence différente pour un rêve. Il réalise de belles pages sur une fausse vie idéale dans un décor digne d’une sitcom des années 1950.

Jessica_Jones_3

Alors, convaincus ?

J’ai été tout aussi convaincu par ce deuxième volume de la nouvelle série Jessica Jones. Très centré sur les sentiments, on suit plutôt une femme qui se dépasse ses traumatismes. Totalement convaincu par les dessins, j’ai néanmoins regretté que Thompson ne fasse pas évoluer Jessica Jones qui est encore une femme traumatisée. Elle noircit inutilement l’histoire en multipliant les pistes plutôt que de se concentrer sur l’idée très originale d’une mère qui a peur de son enfant.

Thomas Savidan

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