[review] Jenny Finn

Jenny Finn est le fruit de la collaboration de Troy Nixey avec le grand Mike Mignola. Si ce dernier signe la couverture et apparaît comme coscénariste, le titre est avant tout l’oeuvre d’un Troy Nixey passionné par la littérature fantastique et influencé par l’univers mystique du maître. Jenny Finn est un récit court, construit comme une nouvelle glauque d’un XIXe siècle finissant ce qui m’a immédiatement attirée.

Un résumé pour la route

JENNY FINN C1C4.inddJenny Finn est coscénarisé par Mike Mignola et Troy Nixey. Ce dernier signe aussi les dessins des trois premiers chapitres, le dernier étant confié à Farel Dalrymple. La mise en couleurs est de Dave Stewart. Aux Etats-Unis, le titre est sorti chez Dark Horse. En France, Jenny Finn sort chez Delcourt en 2019.

Londres, à l’époque victorienne. Une force maléfique rôde dans le quartier des docks qui est devenu le théâtre de meurtres sordides de prostituées et de femmes en tous genres. D’autres meurtres semblent plus étranges encore, les corps ressemblant davantage à des monstres marins qu’à des êtres humains. La psychose s’installe dans le quartier, chacun en venant à soupçonner son voisin tandis que d’étranges jeunes filles font régner la terreur dans le quartier. Joe, un docker venu de la campagne pour gagner sa vie, va se trouver mêlé à de sordides affaires.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Jenny Finn ressemble, dans sa construction, à une nouvelle horrifique d’Edgar Allan Poe ou plus encore à un récit de Lovecraft. Le cadre choisi par Troy Nixey est tout naturellement l’époque victorienne, celle de Jack l’Eventreur auquel il est fait référence dans ce titre. Troy Nixey dépeint le Londres des bas-fonds, celui des docks, qui grouille, qui sent mauvais et où le crime et la débauche règnent en maître. Le style graphique de Nixey dépeint parfaitement ce milieu glauque et sordide d’où se dégage une atmosphère horrifique. Au milieu de toute cette fange évolue une étrange jeune fille, Jenny Finn dont tout le monde semble se méfier ou avoir peur. Cependant, un homme, Joe, n’est pas effrayé mais, au contraire, il est attiré et intrigué par Jenny Finn. Cet homme ordinaire, sans histoire, va basculer dans l’horreur par le simple fait de s’être mêlé de ce qui ne le regardait pas : un grand classique des contes horrifiques.

001_057JENNYFINN01.indd

Avec Jenny Finn, Troy Nixey invite son lecteur à aller au-delà des apparences et montre combien la rumeur peut être dangereuse : que dire d’une foule qui lynche un homme uniquement parce qu’elle le soupçonne sans preuve d’être un meurtrier ? Que dire d’un premier ministre qui se dissimule derrière un masque très steampunk pour explorer les bordels et diriger une secte ? Que peut bien dissimuler une jeune fille frêle comme Jenny Finn dont tout le monde semble avoir une peur panique ? Les monstres sont-ils ceux qui ont des tentacules ou ne ressemblent-ils pas plutôt à chacun d’entre nous ?

Le personnage central de l’histoire n’est pas tant Jenny que Joe, le docker, perdu dans cette ville monstrueuse dont il ne connaît finalement que les ruelles sordides dignes d’un ouvrage de Charles Dickens. Joe n’est pas encore corrompu par ce qui l’entoure, il est droit et veut défendre ce qu’il croit être juste mais sa candeur et sa volonté de bien faire peuvent parfois avoir des conséquences dramatiques et qui lui pèseront sur la conscience. Joe reste un personnage candide, ce qui lui permet de s’affranchir des préjugés – parfois un peu tard – et d’agir de manière altruiste. Il n’attend rien de Jenny Finn, ni une vie meilleure, ni le pouvoir, c’est ce qui lui confère sa liberté et son indépendance tandis que la foule des docks est, pour sa part, versatile et dangereuse.

001_057JENNYFINN01.indd

Troy Nixey manie à merveille les éléments magiques et ésotériques dont il émaille son récit : sociétés secrètes, medium, fous de dieu ou ectoplasmes jaillissent de ses cases soulignant l’atmosphère vénéneuse du récit. Les personnages sont tous difformes ou tordus par la rage, le désespoir ou l’apathie, on pourrait presque sentir en parcourant les pages l’odeur nauséabonde du poisson pourri ou de l’alcool frelaté. Le style de Nixey colle parfaitement au contenu de son histoire et on est un peu déçu lorsqu’il laisse la place à Farel Dalrymple qui fait ce qu’il peut mais reste malgré tout un ton en deçà. L’esthétique très lovecraftienne met en scène des monstres des profondeurs et des êtres hybrides qui rappellent les personnages que Lovecraft décrit dans le Cauchemar d’Innsmouth et qu’on retrouve dernièrement dans le jeu vidéo Sinking City.

Alors, convaincus ?

Certains pourraient être déçus par le format court de ce récit et pourtant, il colle parfaitement aux modèles dont se réclame plus ou moins ouvertement Troy Nixey. L’histoire est bien construite et l’un de ses points forts est de dépeindre le Londres des docks avec un grand réalisme. C’est très efficace et ce récit devrait plaire aux amateurs de récits noirs et horrifiques. Pour ma part, j’y ai trouvé très exactement ce que j’étais venue chercher. J’ai aussi beaucoup apprécié le carnet de croquis que Delcourt a inséré en fin de volume accompagné des notes de l’auteur qui explique la genèse de son projet, ses réussites et ses difficultés.

Sonia Dollinger

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s