[review] Skyward

Il y a toujours des tas de bonnes raisons pour vouloir lire un comic-book. En l’occurrence, c’est le nom de Lee Garbett qui m’a donné envie de prendre Skyward. En effet, j’aime beaucoup ce dessinateur et son nom était pour moi synonyme de qualité. Le pitch de départ – la disparition pure et simple de la gravité – est plutôt étonnant et donne forcément envie de savoir ce que les auteurs vont pouvoir faire avec une telle idée de départ. Pressée de m’envoler vers cette lecture, j’ai été conquise.

Un résumé pour la route 

Skyward_1Skyward est un titre scénarisé par Joe Henderson, connu des fans de la série Lucifer puisqu’il en est le co showrunner. Le dessin est assuré par Lee Garbett qui a déjà œuvré sur de nombreux titres DC et Marvel. Les couleurs sont confiées à Antonio Fabela. Le titre est publié aux Etats-Unis chez Image Comics. En France, c’est l’éditeur Hi Comics qui édite le titre dont le tome 1 reprend les issues #1 à 5 de la vo.

Nate et Lilly forment un couple heureux, comblé par la présence de leur petite fille Willa. Un jour comme les autres, alors que Lilly s’apprête à sortir faire son jogging, le monde bascule : la pesanteur disparaît et la vie à l’extérieur devient extrêmement périlleuse : le moindre faux pas et on disparaît de la surface de la Terre. Vingt ans plus tard, Willa est une jeune femme en apparence épanouie, qui n’a pas connu le monde d’avant le G-Day. Tout le monde semble s’être adapté à la nouvelle situation mais les choses ne sont pas si simples.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Skyward est un titre qui donne matière à réfléchir : que deviendrait la société si un bouleversement brutal venait à renverser tous les repères construits depuis toujours ? Le postulat est de suivre le destin d’une famille lambda, qui a vécu un véritable drame puisque la mère, Lilly, disparaît en même temps que la gravité, provoquant le désarroi le plus complet de Nate. Le processus de deuil est extrêmement bien montré : le remords, la culpabilité, la dépression, l’enfermement sur soi que Nate ne peut surmonter sont très bien décrits par Joe Henderson. Le personnage de Nate est d’ailleurs pour moi l’un des plus intéressants du titre car son sort me touche profondément et ses états d’âme résonnent fortement pour qui a déjà vécu un deuil dont il peine à se remettre. Enfermé chez lui, il a peur de tout et notamment de perdre le seul être auquel il est encore attaché : sa fille Willa.

Le contraste entre les deux personnages est le point fort de Skyward : la dichotomie entre le père traumatisé et la fille épanouie dans son monde soutient tout le récit. Entre l’adulte prisonnier de son passé et de ses névroses qui vit cloîtré et ne peut aller de l’avant et sa fille pleine de vie qui n’a pas connu sa mère et refuse de se laisser envahir par les démons de son père, les relations sont complexes. Les rôles s’inversent et c’est Willa qui doit prendre en main le destin de la cellule familiale tandis que son père semble avoir abandonné toute envie de vivre. La fraîcheur de la jeune femme contraste fortement avec l’abattement paternel. Cette interaction entre les deux personnages est à la fois douloureuse et pleine de tendresse et l’écriture de Joe Henderson permet un attachement égal à ces deux individualités. Skyward_2

L’auteur n’en oublie par pour autant de décrire les bouleversements sociaux induits par la disparition de la gravité. Ce changement n’a pas affecté les profondes différences sociales qui règnent dans toute société. Les individus les plus riches vivent dans les sous-sols et dans les rues, maintenus au sol par des gravibottes, qui clouent leur propriétaire au sol et donnent l’illusion que la gravité existe encore. J’ai trouvé que c’était une riche idée d’inverser les rôles et de montrer les riches résidant « en bas » tandis que la majorité de la population vit dans les étages et flotte de gratte-ciel en gratte-ciel. Souvent, dans les films ou les livres de SF, c’est plutôt l’inverse : les pauvres vivent dans les cloaques au fin fond des ruelles et les plus aisés dans les parties hautes. Les riches veulent ici maintenir l’illusion que rien n’a changé, que la société n’a pas évolué et il existe désormais une stricte division sociale, fortement marquée entre les différentes classes sociales. Le propos est intelligent et bien amené. On peut éventuellement reprocher à Henderson de nous proposer un méchant un peu trop archétypal mais il fait le job puisqu’on le déteste dès sa première apparition.

Skyward_3.jpg

Le travail graphique de Lee Garbett m’a également beaucoup séduite. J’ai toujours aimé l’expressivité et la douceur que l’artiste met dans ses personnages qu’il sait rendre beaux sans aucune vulgarité. Dès la première page, j’ai été subjuguée par la plastique de Lilly qu’on remarque immédiatement, mais aussi par l’énergie insufflée à Willa, notamment dans la double page qui la montre adulte pour la première fois. Les architectures sont aussi une des forces de l’artiste. Si les décors manquent un peu parfois, dès que Lee Garbett montre les gratte-ciels new-yorkais, c’est un pur bonheur : la double-page montrant Nate accroché à un immeuble contemplant les immeubles et le danger qui approche est vraiment splendide et la dernière vue de la cité est juste à couper le souffle. Il faut dire que la luminosité insufflée par les couleurs d’Antonio Fabela souligne avantageusement le talent du dessinateur. Lee Garbett sait également montrer un univers sans gravité et des individus qui flottent, toujours en mouvement sans que cela ne soit ni ridicule ni emphatique, on y croit dès le début grâce à sa science du mouvement. Le moment où Willa tente de marcher avec ses gravibottes en est une belle démonstration.

Alors, convaincus ?

Skyward a, de mon côté, parfaitement rempli sa mission en proposant un scénario de science-fiction auquel on s’attache assez rapidement. L’auteur ne cherche pas à analyser les causes du changement mais nous propose une société à la fois très proche et très différente de la nôtre dans son fonctionnement. Joe Henderson sait mettre en scène avec finesse une relation père-fille rendue complexe par le drame originel qu’ils ont vécus et nous présente un monde divisé classiquement entre des riches salauds qui tentent de maintenir l’illusion d’une société immuable et jeunes gens de classes populaires avides d’idéal. L’intrigue progresse tranquillement, dévoilant les travers de chacun et nous amenant vers des bouleversements pour chacun des protagonistes. Ce récit simple et efficace est soutenu par le talent d’un Lee Garbett au meilleur de sa forme. Un titre sans super-pouvoirs mais avec vraies personnalités attachantes, voilà ce que nous propose Skyward.

Sonia Dollinger

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