[review] Walking Dead tome 32 : la fin du voyage

Depuis la parution du tome 31 de The Walking Dead en France chez Delcourt, un événement majeur a eu lieu : la fin de la série aux Etats-Unis. La sortie du numéro 32 dans nos contrées a donc désormais une allure crépusculaire : on s’achemine véritablement vers le dénouement et ce tome, qui sera donc le pénultième, a donc une saveur très particulière. Il est extrêmement riche en émotions et il faut s’attendre à un réel choc à sa lecture.

Un résumé pour la route

Walking_Dead_32_1Wallking Dead est scénarisé par Robert Kirkman et dessiné par Charlie Adlard. On retrouve également Stefano Gaudiano à l’encrage et Cliff Rathburn pour les trames et niveaux de gris. Ce tome 32 sorti en France chez Delcourt en 2019 reprend les épisodes #187 à 192 publiés aux Etats-Unis chez Image Comics.

La gouverneuse de la Communauté, Pamela, vient d’échapper à un attentat fomenté par Dwight, l’un des membres du groupe de Rick Grimes. Ce dernier n’a pas hésité à sacrifier son compagnon pour sauver la gouverneuse et tenter de maintenir l’équilibre précaire qui règne au sein de cette Communauté. Cependant, la tension est montée d’un cran et les divisions sociales ont exacerbé les rancœurs et alimenté les velléités de changement. Et si la révolution venait à éclater, comment se positionneraient les différents protagonistes ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

La couverture du titre donne le ton : Carl se tient seul, debout, un pistolet à la main dans une ville déserte avec à ses pieds une multitude de morts-vivants. Au contraire des tomes précédents qui mettaient en avant le portrait de la gouverneuse encadrée de ses gardes du corps ou une foule émeutière, ici, rien de tout cela. Le jeune garçon a l’air choqué et épuisé n’augure rien de bon.

Walking_Dead_32_2

Après le grand moment de tension du tome précédent qui a vu l’élimination de Dwight par Rick, ce volume s’ouvre sur une paix apparente. La politique reprend ses droits et Pamela est à la manœuvre, reprenant l’initiative avec un discours apaisant et une main tendue au groupe de Rick. Ce dernier se montre très empressé à prôner des solutions pacifiques. Nous avons affaire à ce leader déterminé que Kirkman met en avant depuis le début du titre, un homme droit mais impitoyable, prêt à tous les sacrifices pour maintenir un semblant d’unité ou de paix, aussi relative soit-elle. Sans doute Rick a-t-il appris après toutes ces épreuves qu’aussi fugace que soit la paix, elle reste préférable aux conflits qui déciment les rares humains encore en vie. Je dois dire qu’avec ce tome, le personnage de Rick m’est enfin devenu sympathique – oui, il était temps. Malgré ses défauts, ses choix pas toujours pertinents tout au long de ces trente deux volumes, c’est un individu qui a toujours assumé ses actes et qui sait conserver ses valeurs contre vents et marées. Il aurait pu sombrer cent fois après les horreurs qu’il a affrontées et les pertes qu’il a dû subir mais il a su rester profondément humain et humaniste. C’est parfois agaçant mais c’est aussi tellement rassurant !

Lorsque Maggie envoie un petit groupe se rendre compte de l’ambiance qui règne au sein de la communauté, on est frappé par la cohésion et le souci que Rick, Maggie et les leurs ont les uns pour les autres. La société égalitaire qu’ils ont fondée est imparfaite, parfois mal organisée mais elle fonctionne puisqu’elle est attentive à ses membres. Robert Kirkman l’oppose assez radicalement à la Communauté, parfaitement organisée, où tout est propre et hiérarchisé mais au sein de laquelle la rancœur règne entre les différentes strates sociales. La Communauté ne fonctionne qu’en opprimant les siens, elle est sclérosée et le moindre changement en bouscule l’équilibre. Seules l’adaptabilité et l’entraide semblent être des solutions dans un monde où les repères ont disparu. La Communauté est finalement le dernier vestige d’une société morte avec l’apparition des morts-vivants, elle ne sait pas s’adapter aux difficultés et vacille à chaque choc. On se demande toutefois comment elle a pu survivre jusqu’ici puisqu’on se doute que tout n’a pas été forcément facile. Sur ce point, Robert Kirkman n’expliquera rien et on est un tantinet frustré mais l’auteur souhaite avant tout faire une démonstration de l’efficacité d’une société égalitariste basée sur l’aide mutuelle et ça fonctionne.

Walking_Dead_32_3

C’est donc la Communauté elle-même qui se sabote avec la rébellion de Mercer contre la gouverneuse et la paranoïa entretenue par cette dernière. Le choix de la répression mène au désastre. L’exercice du pouvoir à tout prix éloigne les puissants des réalités et ils ne savent réagir qu’avec violence et mépris, envenimant une situation déjà précaire. Pour un peu, Kirkman aurait pu parler de la France de 1789, on n’en est finalement pas si loin dans ces quelques pages. Toutefois, le prix fort est payé par quelqu’un qui ne cherche pas le conflit et les dernières pages du titre sont d’une belle intensité. En effet, dans ce tome, le scénariste décide de remettre en avant la menace que forment les morts-vivants qu’on avait presque oubliés tant les humains sont finalement les plus dangereux des prédateurs. Au contact de ces hordes, certains personnages se révèlent tandis que d’autres marquent leur lâcheté. Toutefois, pour finir, les morts-vivants feront encore moins de dégâts que les vivants eux-mêmes.

Charlie Adlard, quant à lui, est au meilleur de sa forme sur cet opus : ses personnages sont d’une grande expressivité, ses pleine pages soulignent avec justesse l’intensité dramatique. Le retour des hordes lui permet de montrer des cases foisonnantes et mouvementées dans lesquelles il excelle réellement, soutenu en cela par l’encrage assez fin de Stefano Gaudiano.

Alors, convaincus ?

Avec l’annonce de la fin prochaine du titre, on pouvait évidemment s’attendre à quelques drames et, bien qu’on y soit habitués depuis ces trente-deux volumes, on ne peut s’empêcher d’avoir le souffle coupé en refermant ce tome. Qu’on s’y attende ou pas, la conclusion est vraiment bien amenée, sans grandiloquence mais avec justesse. Le message altruiste de Robert Kirkman est omniprésent et, pour une fois, il a pu mettre en avant des méchants qui tuent de manière presque accidentelle avec pour seul alibi la volonté de préserver leur mode de vie et leur confort. Si Kirkman voulait faire de The Walking Dead une fable moderne, on peut dire qu’il y réussit fort bien avec ce volume.

Sonia Dollinger

Un commentaire Ajoutez le vôtre

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s