[review] Intégrale Wolverine 1989

Après un premier volume, nous poursuivons les aventures du plus célèbre des X-Men avec la suite de l’intégrale Wolverine.

Un résumé pour la route

Wolverine_89_1L’Intégrale 1989 est composée des épisodes Wolverine 6 à 19 écrits par Chris Claremont (X-Men, Iron Fist, Excalibur) puis Peter David (X-Factor, Hulk) et Archie Goodwin (Batman, Creepy). Ils sont dessinés par John Buscema, Gene Colan et John Byrne (X-Men, Superman, Iron Fist). Bien que ce volume rassemble une seule série, il y a donc beaucoup de changements artistiques et des duos créatifs parfois surprenants – Buscema et Sienkiewicz, Byrne et Klaus Janson.

Wolverine mène des aventures indépendantes à Madripoor, une île en Asie. Il se retrouve plongé dans une lutte mafieuse entre Coy et Tyger Tigre. Entouré de de Jessica Drew et sa colocataire, Logan navigue entre bien et mal.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Le volume commence par les trois derniers épisodes de l’intervention de Claremont sur ce titre dont le dernier épisode de l’arc précédent. On reste dans la même ambiance fifties sans lien avec l’actualité. Il y a même une allusion explicite au film Casablanca dans l’épisode huit avec un chanteuse de jazz dans un bar comme au début du film. Le Prince de Madripoor ressemble au méchant de Flash Gordon. Claremont et Buscema continuent à s’amuser et moi à prendre plaisir à les lire. Claremont est très fort car il sait former un bon duo et adapte ses récits à ses dessinateurs.

On est étonné par la morale fluctuante de Logan. Il semble accepter le partage de la pègre voulu par le Prince et donc que le général Coy gère le trafic de drogue et d’êtres humains. On insiste ici sur le côté sombre du mutant. Il accepte des compromis douteux s’ils peuvent aider une amie.

Le dessinateur retrouve les sommets avec un trait dynamique et un dessin précis mis en valeur par l’encrage fin d’Al Williamson. Il est moins bon quand il s’encre lui-même. On retrouve des comparaisons avec son très célèbre run sur Conan – Lindsay McCabe a des habits très barbares et des tentacules sortent d’une fontaine. Est-ce une blague de Claremont ou de Buscema ?

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Hulk qui est à l’époque gris et garde du corps se trouve à Madripoor pour les deux épisodes suivants. Pour une fois, la rencontre entre les super-héros n’est pas une bagarre comme trop souvent aujourd’hui mais Logan manipule Hulk pour éradiquer le trafic de femmes blanches en la cocaïne de Coy. Est-ce pour saluer l’arrivée de David – scénariste d’Hulk et bientôt de Wolverine– ou Claremont veut-il prouver qu’il sait utiliser Hulk ? Étant donné son caractère possessif, je penche pour la seconde option car, à la manière de David, Claremont écrit un récit qui intègre plus d’humour. J’ai été surpris par ce talent comique du scénariste même si je l’avais déjà lu dans Excalibur. Ce n’est pas toujours très original mais j’ai beaucoup souri à chaque passage d’Hulk – des bikers très sixties humiliés, le géant gris fan de mode alors qu’avant il déchirait tout en se transformant, Banner dormant dans un costume démesuré… Hulk est un casanova mais Wolverine se débrouille pour que ce soit toujours Banner qui en profite le jour. Le géant a le sens de la répartie courte et cinglante mais les combats burlesques sont aussi très drôles. Certains dialogues sont très réussis :  Hulk demande à un patron de bar “Je cherche un mec »- Navré on ne fait pas ça ici ”

Dans un de ses derniers épisodes, le scénariste présente tout l’univers qu’il a créé. Logan n’est pas seul contrairement ce à que je pensais. Comme si Claremont mettait en avant toute sa création pour essayer de la préserver du changement de scénariste. Il termine par un épisode dans le passé en flash-back. Par la première rencontre avec Victor Creed, on découvre la nouvelle place de Dent de sabre dans le passé de Logan. Il passe d’un simple membre des Maraudeurs qui aurait connu Wolverine lors d’une mission à sa Némésis. La période historique est floue mais cela semble se passer pendant le western. Il reprend son idée esquissée par une photo dans le tome précédent – Logan est bien plus vieux qu’on ne le croit.

Ces épisodes mettent aussi en avant le rôle de l’encreur. Le dessin de Buscema semble plus brutal car il y a beaucoup plus de coups de crayon visibles. En effet, il est encré par Bill Sienkiewicz. On a au début surtout l’impression de voir un dessin de Sienkiewicz. Ce duo inattendu rapproche le dessin du style son frère, Sal Buscema, sur Spider-Man. Cela fonctionne en particulier très bien dans les scènes de combat mais le dessin est bâclé dans certaines cases ailleurs. A sa mise en page classique, Buscema a ajouté des cases plus grandes à la fin – peut-être pour s’adapter au style de l’époque.

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La douce transition de scénariste se fait par un épisode de Peter David avec Gene Colan sans rapport avec l’arc précédent comme si David avait une pause pour réfléchir à ce qu’il veut faire. C’est aussi un hommage au film d’angoisse par le récit et par des dialogues :

« – Je vous donne la suite Norman Bates

– Maman, j’ai peur »

Logan est la menace qu’un groupe de chasseurs fuit. Il n’apparaît pas de suite – du sang puis ses griffes – mais progressivement comme dans les films d’horreur. Le dessin de Gene Colan, ressemblant à Neal Adams, est dans le thème avec beaucoup de noir et des clair-obscurs. Ce récit de vengeance sur des mercenaires après des tortures en Irak est plus lié à l’actualité de l’époque.

Ensuite, David fait voyager Logan et ses partenaires de Madripoor à San Francisco dans un récit qui lui ressemble – en maniant action et humour. Il reprend des classiques du cinéma avec une poursuite de voitures dans San Francisco mais ajoute de l’absurde avec un cheval. Le sujet n’est pas original – une secte de vampires veut récupérer des morceaux d’un diamant qui corrompt ceux qui l’on en main comme dans le Seigneur des anneaux. Le mal est une épidémie qui se diffuse et fait ressortir les mauvais côtés de chacun sauf Wolverine car il est déjà mauvais. Dans la lutte finale, on découvre que ce n’est pas parce qu’il est mauvais mais car c’est soit le soldat La main de Dieu ou son descendant. J’ai moins aimé ce récit car il est seulement centré sur l’action.

Cet arc marque la fin de la mascarade du Borgne avec le retour du costume de Wolverine. Tout le monde savait mais avait peur de le dire. J’en étais assez content car l’idée qu’un mutant si connu passe inaperçu était assez ridicule – dans un dialogue, Drew  se moque du bandeau.

Les deux derniers épisodes voient l’arrivée d’une nouvelle équipe. Peter David n’a fait qu’une apparition. Les dessins sont de John Byrne et de Klaus Janson, l’encreur de Frank Miller. Le dessin de Byrne semble avoir été esquissé et Janson avoir eu une place plus importante. J’ai retrouvé la sensation d’un dessin inachevé et partagé entre deux auteurs. La mise en page en grande case et le cadrage des cases ressemblent à Byrne. On reconnaît parfois des visages mais surtout la précision n’est pas au rendez-vous. Comme la mini-série avec Buscema, on sent que ce n’est pas un travail prioritaire et comme lui cela s’arrange à partir du deuxième épisode mais on est loin du grand Byrne.

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Le scénariste Archie Goodwin est un vétéran de la BD. Logan est réintégré aux X-Men et il utilise le mutant aborigène Gateway pour arriver rapidement à Madripoor. Goodwin reprend l’univers mafieux en centrant sur le fléau de la drogue. Des toxicos deviennent fous par une composition particulière de cocaïne. C’est le récit le plus sombre. On n’est pas dans une ambiance cinématographique mais dans un récit géopolitique. Goodwin, grâce au pays imaginaire de la Tierra Verde, dénonce les dictatures en Amérique latine dans les années 1980 qui sont soutenues par les États-Unis pour lutter contre le communisme mais se financent par le trafic de drogue. La Bandera représente le peuple décimé par la drogue qui se rebelle. Geist est un marchant d’armes nazi soutenu par la CIA. On est dans la caricature proche des films d’action des années 1980 car Wolverine, tel Rambo, va renverser la Tierra Verde. Le scénariste intègre d’autres personnages de Marvel – Daredevil, Requin Tigre – au détriment de l’univers propre à la série.

Alors, convaincus ?

Alors que le premier volume compilait des éléments très différents, cette deuxième intégrale pourtant avec une seule série m’a moins convaincu. J’ai bien apprécié la fin du run de Claremont mais le passage de David et le début de Goodwin m’ont paru plus anecdotiques. C’est surtout les duos de dessinateurs-encreurs qui ne m’ont pas enthousiasmé malgré une affiche prestigieuse.

Thomas Savidan

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