[review] Lady Mechanika tome 6 : la belle dame sans merci

Dans le cinquième volume de Lady Mechanika, Joe Benitez et Marcia Chen avaient exploré avec acuité le passé de Lewis et approfondi son lien avec Mechanika. Le sixième volume se concentre sur cette relation entre les deux principaux protagonistes avec une intrigue qui met Lewis au premier plan, ce qui permet de faire une pause dans le récit et d’explorer plus avant la psyché des personnages.

Un résumé pour la route

Mechanika_6_1Les épisodes de ce volume sont scénarisés par Joe Benitez et Marcia Chen et illustrés par Joe Benitez et Martin Montiel. Le présent volume, sorti chez Glénat comics en 2019, contient les épisodes 1 à 3 de la mini-série Lady Mechanika, la belle dame sans merci, publiés aux Etats-Unis par Benitez Production.

L’inspecteur Singh se présente au domicile de Lady Mechanika à une heure tardive pour évoquer lord Blackpool et le fait que ce dernier ait pu acquérir un bras mécanique semblable à ceux de la belle Mechanika. Cette dernière lui conte son affrontement avec la mystérieuse inconnue aux yeux rouges. Échangeant leurs informations, les deux protagonistes sont interrompus : Mechanika doit aller chercher Lewis qui est en train de s’alcooliser dans un bar mal famé.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Avec ce tome six, Joe Benitez et Marcia Chen semblent marquer une pause dans la quête principale de Lady Mechanika. Si le volume démarre bien sur des échanges avec l’inspecteur Singh sur les ennemis habituels et la recherche de ses origines par la lady, le titre semble vouloir explorer d’autres pistes et notamment les relations personnelles entre les personnages principaux. L’attirance que Mechanika sur l’inspecteur de police est particulièrement manifeste et, malgré l’indifférence apparente de la belle, on sent une tension amoureuse se mettre en place. Singh est un véritable chevalier servant, parfois un peu trop prévenant au goût de la femme indépendante qu’il a en face de lui et on sent que les auteurs ont bien envie d’en dire davantage.

L’autre relation explorée dans ce titre est celle qui lie Lady Mechanika et Lewis. Le précédent tome a révélé le passé traumatique de l’acolyte de la jeune femme et ce volume en explore les conséquences. Lewis semble être tombé dans une dépression profonde qu’il tente de soigner en écumant les bars et en provoquant des bagarres. Lewis s’éloigne de son amie et elle peine à trouver les moyens de lui venir en aide, d’autant qu’elle doit en parallèle continuer son enquête. Mechanika se voit donc adjoindre un nouveau sidekick en la personne de Fred, la jeune et effrontée nièce de Lewis qui apporte un côté un peu rafraîchissant à un ensemble plutôt sombre. En effet, Mechanika se retrouve bien seule pour lutter contre ses ennemis et notamment sa mystérieuse antagoniste dotée des mêmes bras qu’elle. Non content de la laisser affronter seule ses ennemis, Lewis la délaisse complètement et ne prête aucune attention à sa nièce. En effet, il est désormais accaparé par une femme, celle qui donne son nom à ce tome : la belle dame sans merci.

Mechanika_6_2

Ce sixième volume adopte un ton très proche des récits tirés de la littérature du XIXe siècle ou du début du XXe. On y met en scène une femme intrigante, manipulatrice qui n’est pas sans rappeler la comtesse de Cagliostro de Maurice Leblanc qui fait tourner les sens d’Arsène Lupin ou la Milady d’Alexandre Dumas, ces personnalités sulfureuses, capables de détourner les héros masculins de leur devoir et de mettre leurs amitiés à rude épreuve. L’utilisation de cette figure de femme fatale est assez bienvenue et s’intègre très bien à l’univers très victorien de Lady Mechanika. Loin d’être un simple succube qui pompe l’énergie de celui auquel elle s’attache, cette dame mystérieuse fait progresser l’histoire et met en avant les tourments du pauvre Lewis. Les choix de Mechanika sont-ils les bons ? Agit-elle réellement pour le bien de son ami ou prend-elle en compte uniquement ses propres choix ? Ce tome permet de montrer un univers moins manichéen et de mettre en scène un récit plus psychologique, même si on a droit à quelques bastons d’anthologie.

L’ambiance graphique du titre reste fidèle à l’atmosphère steampunk du titre. Les mécanismes et les machines sont évidemment très présentes, à commencer par Monty, l’ours mécanique de Fred. Lunettes dorées et chapeau haut de forme rivalisent avec les costumes froufroutants des protagonistes pour notre plus grand plaisir. Le découpage des cases est ciselé, mettant l’accent sur les détails, le mouvement ou les yeux des personnages. On ne peut que se louer du sens du détail de Joe Benitez et Martin Montiel qui offrent des architectures soignées, aussi bien en extérieur avec des manoirs aux allures peu engageantes ou en intérieur avec des pièces foisonnant d’objets et de détails. Les costumes de Mechanika sont splendides tout comme ses armes – des pistolets qui évoquent les armes de duel.

Alors, convaincus ?

Si l’on est fan de steampunk et de littérature du XIXe siècle, on ne peut qu’apprécier ce titre qui souscrit à tous les canons du genre. Avec ce volume, les personnages prennent, à mon avis, un peu plus de profondeur et apparaissent plus fragiles et donc plus humains. Si l’action reste présente, les interactions entre les individus sont au cœur de l’intrigue, ce qui n’est pas déplaisant, bien au contraire. Je ne regrette pas ce moment de pause dans l’histoire principale car il permet de poser des bases intéressantes pour la suite : un trio amoureux, un lien amical qui se délite et des personnages dont l’armure se fend, tout ceci ne peut qu’augmenter la densité de l’histoire et donner envie d’en savoir un peu plus. Notons en fin de volume un beau cahier graphique qui permet d’admirer les planches en noir et blanc et quelques crayonnés ainsi que quelques élégantes couvertures.

Sonia Dollinger

 

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