[review] Shadowman

Sonia et moi-même nous avions adoré ce personnage dans une précédente intégrale. Ayant vu sur internet les superbes couvertures, l’envie était encore plus forte pour moi de lire la suite des aventures du magicien vaudou de Valiant. J’ai d’ailleurs commencé ce livre par la fin pour les revoir.

Un résumé pour la route

Shadowman_2_1Andy Diggle (Green Arrow : Year One, The Losers) est le seul scénariste sur ces trois runs alors que Stephen Segovia (War Mother), Renato Guedes (Bloodshot Salvation), Doug Braithwaite (X-O Manowar), Shawn Martinbrough et Eric Battle se chargent des dessins. Ces onze épisodes sont sortis chez Valiant entertainment aux États-Unis entre mars 2018 et janvier 2019. En France, ils ont été publiés en septembre 2019 par Bliss éditions.

Jack Boniface est un orphelin de La Nouvelle-Orléans qui a été possédé par un esprit vaudou hantant sa famille. Ce loa lui permet de voyager dans le monde des morts et d’avoir une force surhumaine. Cependant, il cherche à posséder son esprit et Jack tente de lutter contre… mais il a perdu. Disparu dans le monde des morts, il revient à La Nouvelle Orléans pour chasser les démons sur Terre et en apprendre plus sur lui-même.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

La magie bonne ou mauvaise est très présente. Shadowman garde ses ennemis précédents – les Darques et Baron Samedi. Comme dans de nombreux récits de magie, un ancien, papa Legba, guide le héros. Les objets sont essentiels à la magie comme la faux et l’anneau de Salomon qui renferme une prison un monde des morts miniature. Comme dans le film Doctor Strange, on retrouve des signes magiques autour des mains mais j’ai découvert d’autres magies : des munitions gravées de signes magiques, une auscultation magique, la cartomancie où la magie opère en dessinant une carte de géographie. On découvre un nouvel espace du monde des morts avec La nouvelle Orléans. Diggle utilise les stéréotypes sur cette ville du Sud des États-Unis : Alyssa part dans le bayou où une source d’eau contaminée par une malédiction empoisonne des enfants. Sa mère est morte lors d’une inondation. Au fil des pages, on se rend compte que la réalité est souvent trompeuse. L’invisible est très présent. L’intérieur des lieux magiques est plus vaste, beau ou redoutable que l’extérieur. Un complot émerge à La Nouvelle Orléans autour de Samedi. Un restaurant amical cache dans ses réserves un autel pour le baron. Comme le dit un fidèle du démon, « la foi c’est le pouvoir. » Assez courageusement, Diggle décrit la religion comme un virus séduisant les plus faibles. De courts passages drôles s’intègrent au récit. Pour attirer le baron, il faut du rhum fort, de bons cigares et du porno hard. Parallèlement un autre complot est mené par la Confrérie, de puissants bourgeois qui veulent conserver leur pouvoir quand Nicodemo reviendra. J’ai regretté la fin un peu escamotée de cette confrérie. Cependant, Jack n’est pas tout seul. Il est aidé d’Alyssa Myles prêtresse mambo et sa compagne. Alyssa n’est pas une potiche car elle s’est libérée toute seule. Les bons ont aussi leur groupe secret : Les Acolytes qui sont chargés d’aider les Shadowmen.

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Malgré ces groupes, ce livre est le récit de la libération d’un individu. Jack emprisonne en lui un démon et se retrouve bloqué dans un autre monde, dans le passé ou enchaîné. Le premier épisode permet de comprendre ce qu’est devenu Shadowman. Manipulé par Nicodemo Darque, le héros est devenu la Pie, une arme pour détruire le monde des morts. Jack Boniface a libéré son esprit mais il est resté dans le monde des morts pendant cinq ans. A son retour, il ne cherche plus à respecter les conventions, ce qui choque ses alliés. La magie n’est ici pas une vision rétrograde du monde où le pouvoir s’acquiert en respectant des lois antiques. Shadowman et Alyssa veulent connaître les origines du loa pour aider Jack à lutter contre. Samedi envoie le corps de Jack dans le passé pour lui donner une leçon mais laquelle ? Tout comme Jack, le lecteur est perdu. Son esprit erre dans les corps des anciens Shadowmen sans qu’il puisse agir. Diggle déconstruit ainsi le récit national américain ou mondial en intégrant des éléments noirs. Le premier épisode se déroule en 1940 dans une ambiance de film noir. Un complot nazi prépare un attentat contre un député pour que les États-Unis restent isolationnistes permettant ainsi une guerre raciale. Les Allemands construisent une machine qui amplifie la haine et pousse ainsi les Noirs à abattre ce sénateur, au fond tout aussi raciste que les nazis. Cet épisode est aussi un moyen de présenter un autre héros : Max, le Shadowman, utilise un saxophone pour faire émerger une mélodie du chaos et ainsi calmer le loa. L’enquête se déroule aussi au Milton’s Playhouse, club où Charlie Parker et Dizzy Gillespie ont créé le bebop. Dans l’épisode suivant, on retrouve le premier Shadowman dans l’après-guerre de Sécession. Marcus Boniface est un ancien soldat retiré dans une ferme mais il va reprendre l’uniforme pour libérer une communauté mixte opprimée par Sandria Darque, la sœur de Nicodemo. Plus loin, on retrouve ce sous-texte racial lors de l’affrontement avec Sandria qui a gardé ses habitudes de plantation. Cette maîtresse d’esclave a attaché ce Noir à ce loa et peut le délivrer même de force. Sandria propose de libérer Jack de son fardeau en utilisant le pouvoir restant dans les os de son frère. Les derniers épisodes donnent un ton plus macabre au récit avec une tête reliée seulement à une colonne vertébrale et attachée sur un trône en bois. Ce vampire psychique qui se nourrit des peurs, force Alyssa à revivre ses traumatismes. Jack plonge enfin plus loin dans un passé préhistorique africain qui m’a rappelé Rahan : des surnoms étranges (Loup dressé, Hippo lent…), des scènes de chasse. Un sorcier contrôlant un Loa a massacré le village et donc le peuple du fier chasseur Loup dressé. Comme Jack il n’a plus peur et franchit les interdits : aller dans la montagne pour faire appel à la gardienne des morts. Il s’associe avec le loa pour obtenir vengeance et, contrairement à Jack, il utilise sa colère sans se faire consumer par elle. Les Acolytes ne savaient rien car ils avaient une vision tronquée du passé.

Ce volume est l’histoire de la reconstruction de Jack. Diggle modifie l’origine de Shadowman en lui donnant un aspect politique. Le loa est un esprit libre, une ombre en colère qui refusant la volonté du Panthéon, suit son propre chemin. Désirant la liberté, cet esprit ne peut être contrôlé. Pour lutter contre son frère, Sandria voulait un loa furieux. Elle a donc choisi celui de l’ombre qui ne supporte pas d’être piégé dans le corps humain. Jack doit accepter la part sauvage et révolutionnaire du loa. Lui et son loa ne sont plus attachés mais travaillent unis. Par cette union volontaire, Jack maîtrise de nouveaux pouvoirs – il se téléporte par les ombres. Lors de son enterrement, Jack sort de ce cercueil comme une renaissance joyeuse.

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Le sommaire, toujours aussi précis, permet de repérer les différents dessinateurs. Stephen Segovia a un dessin réaliste et précis très agréable à suivre. Ziwanda, le monstre Le Broyeur d’os est impressionnant. Il crée un joli design de Samedi portant une redingote du XIXe siècle avec un crâne noir et blanc coupé en deux. De plus, les couleurs sont très variées et toujours justes. Adam Pollina se charge uniquement du passage du héros dans la loge. Des visages grimaçants, des corps allongés et de multiples lignes visant la précision des matières correspondent parfaitement à ce passage. Illustrant la partie jazz, Shawn Martinbrough a un style épuré qui m’a rappelé avec bonheur Chris Samnee. Je dois confesser que je ne suis pas très touché par Doug Braithwaite. Renato Guedes réalise les épisodes six à onze avec un style super réaliste et beaucoup de jeux sur les textures. Il a souvent des angles déroutants. La frontière est nette entre les corps mais des ombres d’aquarelle ou des traits nombreux en arrière-plan personnalisent le dessin. Dans une très belle page de possession, un squelette surgit dans une salle de bain devant un miroir. À mesure que le squelette devient le corps d’Alyssa, elle est piégée dans le miroir sans un bruit. Une couleur domine par page comme le gris bleu dans la cave, l’orange dans la savane.

Alors, convaincus ?

J’ai encore passé un passionnant moment de lecture avec ce volume. On n’est pas obligé de lire l’intégrale mais on manque des choses. Andy Diggle réussit à donner une interprétation différente et personnelle de ce héros. Après avoir beaucoup subi dans les aventures précédentes, il le reconstruit, faisant une apologie de la liberté et de la rébellion. Les dessinateurs, bien que très différents, sont tous très talentueux.

Thomas Savidan

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