[review] The Wicked + The Divine phase impériale 1/2

Après une série de meurtres et des révélations particulièrement fracassantes dans les volumes précédents, Kieron Gillen et Jamie McKelvie reviennent en force avec le tome 5 de The Wicked and the Divine pour étudier l’impact des événements sur des divinités qui semblent un peu dépassées. Ce cinquième opus semble vouloir marquer un renouveau pour cette série qui a déjà bien malmené ses protagonistes. Ces dieux aux vaines aspirations vont-ils enfin réussir à m’émouvoir ?

Un résumé pour la route

Wicked_Divine_5_1The Wicked + The Divine est un titre scénarisé par Kieron Gillen et dessiné par Jamie McKelvie. Les couleurs sont confiées à Matthew Wilson. Ce récit est publie aux Etats-Unis chez Image Comics et en France par Glénat Comics.

Tous les quatre-vingt-dix ans, douze divinités prennent possession de corps humains pour évoluer au sein de la société. Leur temps est compté, ils ont deux ans pour vivre sur Terre au milieu des humains avant de disparaître à nouveau dans le néant. Pop stars adulés par les foules, les dieux auraient de quoi mener une existence brillante si des meurtres sauvages ne décimaient pas leurs rangs et si les assassins ne se trouvaient pas dans leurs propres rangs.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Loin de l’insouciance des premiers volumes, The Wicked + The Divine s’enfonce dans la noirceur au fur et à mesure, permettant à Kieron Gillen d’explorer avec minutie les turpitudes des âmes divines qu’il a mis au monde. Les meurtres brutaux des précédents épisodes ont profondément marqués chaque protagoniste et a profondément bouleversé sa vision des choses.

Le volume s’ouvre sur des reportages extraits de magazines fictifs qui reprennent la rencontre entre un journaliste et une divinité. Kieron Gillen a confié la rédaction de ces interviews fictives à de véritables journalistes comme Leigh Alexander ou Dorian Lynskey – qui écrit notamment pour The Guardian – ce qui confère une caractère d’authenticité à chaque portrait, chacun apportant son style très personnel aux interviews divines. Certains textes sont très littéraires comme l’article consacré à Morrigan, d’autres paraissent au contraire un peu plats à mon goût comme celui qui est consacré à Lucifer. Ces textes ont le mérite de rendre parfois sympathiques des individualités plutôt détestables d’habitude comme Woden. Cette mise en bouche permet de se remémorer les caractéristiques de certains des principaux dieux avant d’attaquer le récit. Avec cette technique, Gillen montre encore davantage combien son histoire s’ancre dans la réalité.

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Ce moment post-traumatique qui succède à des drames ayant à la fois touché et soudé la communauté des dieux est réellement un des temps forts de la série. Chacun vit son deuil et s’interroge sur son rôle, ses responsabilités ou ses actes, la mort des autres renvoyant inévitablement chacun à sa propre fin. Kieron Gillen analyse finement la manière dont les divinités gèrent les événements. Certains s’étourdissent dans des fêtes sans fin comme Dionysus, d’autres cherchent à comprendre et à rassembler les dieux dans un combat commun à l’instar de Cassandre qui est, à mon sens, un des personnages les plus intéressants du groupe, notamment dans ce volume. Certains dieux, que je trouvais inintéressants jusque là se révèlent bien plus complexes que prévu, notamment Woden, moins égoïste et inconséquent qu’on ne pourrait l’imaginer… à moins qu’il ne s’agisse encore d’une ruse car Kieron Gillen est fort pour ménager des volte-faces !

Si chacun craint pour son existence, notamment à cause de l’apparition de forces des ténèbres pas vraiment sympathiques, Kieron Gillen dépeint très bien le clivage qui se fait jour entre les divinités. On retrouve d’un côté celles et ceux qui souhaitent faire face et chercher des réponses aux énigmes qui président à leur existence tandis que d’autres, se sachant condamnés à mourir bientôt, défendent leur indifférence et préfèrent faire l’apologie de l’anarchie. Ce débat n’est pas sans rappeler celui qui habite nos problématiques contemporaines concernant les changements climatiques : faut-il chercher des solutions ou se voiler la face en profitant des derniers moments de fête avant l’hécatombe ? On voit aussi combien la perte d’une figure tutélaire, un guide comme Ananké déstabilise profondément le groupe et le fait exploser, certains se perdant dans la perversité, la violence ou le sexe débridé tandis que d’autres deviennent plus matures et responsables, délaissant les ors et les paillettes afin de découvrir la vérité et lutter pour leur vie. Il y a une réelle évolution dans le récit et ces personnages qui me paraissaient vraiment fades et détestables m’intéressent bien davantage qu’au tout début du titre où je les trouvais soit insipides, soit épouvantables. Certains le sont encore, vautrés dans leur individualisme hédoniste, tandis que d’autres montrent des facettes beaucoup plus complexes.

Fidèle à lui-même, Jamie McKelvie offre un univers à la fois réaliste et onirique, très axé sur la restitution des émotions des individus que l’on voit souvent en gros plan. Le meilleur passage est pour moi la confrontation entre Perséphone et Woden et le moment où ce dernier s’enfonce dans l’Underground et une réussite totale. La beauté du récit doit également beaucoup aux couleurs de Matthew Wilson qui sait tout aussi bien jouer de la lumière et des stroboscopes que de l’obscurité à travers laquelle scintillent quelques faibles sources de lumière.

Alors, convaincus ?

Cette série connait une évolution vraiment intéressante, montrant à ses débuts des personnages qu’on a bien du mal à apprécier tant ils se vautrent dans la facilité. Cependant, Kieron Gillen les confronte à la difficulté et l’auteur présente ainsi des divinités autrement plus intéressantes : torturées, affaiblies et en manque d’assurance. Le scénariste fait chuter ses idoles, montrant ainsi combien chacun, même les plus célèbres d’entre nous, peut se trouver fragilisé et seul face à un destin qui n’a qu’une seule issue : la mort.

Sonia Dollinger

 

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