[review] Tortues ninja tome 8 : vengeance première partie

Si vous avez lu le tome 7 des Tortues Ninja, vous avez, comme moi, vécu dans l’attente fébrile du volume suivant tellement le cliffhanger était efficace. Hi Comics ne nous a pas trop fait attendre pour nous proposer la suite et nous voilà face à un volume intitulé « Vengeance », tout un programme ! Comment nos chevaliers d’écaille vont-il gérer le drame qui les a touchés dans l’épisode précédent et à quelle recomposition allons-nous assister après la décimation subie par de nombreux protagonistes dans le dernier tome ?

Un résumé pour la route

Tortues_ninja_8_1Ce huitième tome des Tortues Ninja, est sous-titré : Vengeance première partie. Il est scénarisé par Kevin EastmanBobby Curnow et Tom Waltz et illustré par Mateus Santolouco avec des couleurs de Ronda Pattison. D’autres dessinateurs interviennent ponctuellement comme Charles Paul Wilson III dans le premier chapitre, Dan Duncan,  Sophie Campbell et Cory Smith dans le troisième. Le titre est publié en France chez Hi Comics en 2019.

Le plan des Tortues Ninja et de Splinter semble avoir fonctionné puisqu’elles ont déjoué les plans de Krang sur l’île de Burnow à l’aide de leurs improbables alliés. Le clan des Foot est, en apparence, décapité lui aussi. Pourtant, tout ne s’est hélas pas déroulé comme prévu et les chevaliers d’écaille subissent un véritable traumatisme. Vont-ils pouvoir lutter contre leurs adversaires qui surgissent et sèment la terreur dans les rue de la ville ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Le tome sept de cette série de génie était extrêmement rythmé et avait permis le dénouement d’une intrigue qui se tissait avec minutie depuis quelques temps. Une fois ce volume refermé, je me suis vraiment demandé si je n’allais pas, fatalement, être déçue car on sait qu’il est extrêmement difficile de tuer un des personnages principaux d’une série. Mais alors, comment maintenir une intensité dramatique tout en rassurant son lecteur ? C’est tout le défi des scénaristes de ce huitième tome qui doit rester rythmé et proposer de nouveaux défis.

Même si les premières pages sont intenses en émotion, et si on ne sait pas tout de suite si on doit dire adieu à l’un des membres de l’équipe, le scénario ne nous laisse pas languir très longtemps. Le transfert de la conscience – ou de l’âme – d’une des tortues dans un robot pose immédiatement la question du transhumanisme (ou du transtortuisme en l’occurrence) avec justesse mais sans lourdeur. Est-on encore soi lorsqu’on quitte son corps ? Peut-on sans danger séparer la conscience de son enveloppe charnelle ? Le lecteur est témoin des difficultés du personnage à accepter sa nouvelle condition et de la gêne de sa famille à retrouver une certaine spontanéité à l’égard de celui qu’elle peine à reconnaître. A cela s’ajoute le sentiment de culpabilité de n’avoir pas su écouter ou épauler quand c’était nécessaire et le sentiment d’impuissance qui sont très bien rendus dans ce volume. J’ai été très sensible également à la relation mère-fils et père-fils, indéfectibles malgré la mort ou la séparation, c’est touchant sans être larmoyant. Les réactions des frères sont aussi intéressantes oscillant entre la colère et le fatalisme suivant les individualités.

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Si l’analyse psychologique familiale traverse tout le récit, les auteurs n’en oublient pas pour autant l’action. Les conséquences de la chute de Krang et de la disparition de Shredder sont parfois inattendues. Alors qu’on aurait pu s’attendre à une période de répit, le clan des Foot fourbit ses armes et rêve de vengeance tandis qu’un nouveau groupe redresse la tête et fait régner la terreur en ville : le gang des Dragons Pourpres. La dévastation de New York par ces gangs montre bien qu’éliminer une menace n’éradique pas le problème de fond et que les troupes de gangsters en tous genres sont un symptôme et non la source du mal. Le mal peut-il être éradiqué et qui doit s’en charger ? L’un des passages les plus forts du titre est, pour moi, le moment où les habitants se dressent contre les gangs, surpassant leur peur et leur individualisme pour se battre ensemble malgré leurs différences sans attendre de l’aide extérieure. Certes, Casey leur montre la voie et galvanise leur courage mais c’est cette prise de conscience collective qui met fin aux agissements des Dragons. Mateus Santolouco représente les habitants de New York dans toute leur diversité et c’est un des moments de grâce du récit.

Enfin, un autre point important développé dans ce titre, ce sont les relations parents-enfants. Celles de Splinter et de ses fils sont souvent conflictuelles mais toujours empreintes d’amour et de respect, celles de Karai et de Shredder, douloureuses tellement le chef du clan des Foot est un homme dur et jamais satisfait par les efforts de Karai pour lui complaire. Mais on peut aussi parler des relations entre Casey et son père Hun qui, non content d’être alcoolique, est désormais un voyou et une brute épaisse. L’affrontement entre Casey et son père est un des moments forts du titre et on a plaisir à constater que le jeune homme se désintoxique peu à peu de l’emprise psychologique de son toxique de père qu’il subissait de plein fouet dès les débuts des aventures des Tortues comme on peut le lire dans le tome 0 publié il y a peu chez Hi Comics dont je vous recommande chaudement la lecture si ce n’est déjà fait.

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Graphiquement, l’ensemble est superbe avec un Mateus Santolouco au meilleur de sa forme. Son trait, tout en puissance, est d’une grande fluidité. On ressent vraiment le mouvement dans chaque case. Il sait également alterner les émotions et faire passer ses protagonistes de la colère la plus explosive à une grande douceur. L’idée d’alterner les scènes réalistes et les scènes qui se passent dans l’esprit du protagoniste en danger de mort passe par l’appel à un autre dessinateur, Charles Paul Wilson III qui offre une ambiance onirique aux moments où on se trouve dans le monde des esprits. Mention spéciale aussi à Ronda Pattison dont le travail sur la couleur rend hommage aux dessins de Santolouco.

Alors, convaincus ?

Une chose est sûre, les Tortues Ninja sont à mettre entre toutes les mains. Ce titre est bien plus qu’une simple évocation de la culture ninja. Si les scènes d’action sont bien présentes et vraiment réussies, cette série sur les Tortues ninja aborde de nombreuses thématiques – la famille, les choix et leurs conséquences, le transhumanisme ou les ravages de l’alcoolisme, l’individualisme ou le courage – sans caricature et avec une grande finesse. Je confesse volontiers que les Tortues sont un des titres dont j’attends toujours la suite impatiemment tant les personnages sont attachants. Certes, l’intensité de ce volume est sans doute un peu en deçà de celle du volume précédent mais quel régal que d’explorer les interactions entre les personnages et de les voir se confronter sans cesse aux conséquences de leurs choix. Ce titre est aussi un plaisir graphique, augmenté par la présence en fin de volume d’une galerie d’illustrations où l’on retrouve, entre autres, la patte de Kevin Eastman.

Sonia Dollinger

 

 

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