[review] Buzz Kill

Donny Cates est un scénariste très en vue en ce moment, notamment pour ses travaux chez Marvel comme Doctor Strange ou des séries indépendantes comme RedneckInterceptor ou BabyTeeth. Avec Buzz Kill, Delcourt nous propose l’un de ses travaux personnels qui questionne le rôle du super-héros et les fêlures qui accompagnent chaque être humain dans son parcours personnel.

Un résumé pour la route

Buzz_Kill_1Buzz Kill est un titre scénarisé par Donny Cates et Mark Reznicek. Les illustrations sont confiées à Geoff Shaw et la couleur à Lauren Affe. Le titre est sorti en vo chez Image Comics en 2017. En France, Buzz Kill sort chez Delcourt en 2019.

Ruben est un jeune homme brisé par ses addictions. En effet, c’est un super-héros mais dont les pouvoirs ne peuvent s’activer que lorsqu’il prend de l’alcool ou des drogues. Pour tenter de retrouver une vie normale, il doit lutter contre ses démons intérieurs et surtout renoncer à être un héros.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

A l’instar d’un Mark Millar, Donny Cates et Mark Reznicek décident ici de revisiter le mythe du super-héros en interrogeant les limites du genre. Ce n’est pas la première fois que cette thématique est abordée et c’est donc la vision personnelle des auteurs qui feront – ou pas – l’originalité du propos. Avec le personnage de Ruben, Cates montre un individu décidé à changer, à se libérer de ses addictions. Il suit le protocole habituel des réunions des Alcooliques Anonymes, se montre d’abord rétif puis plus coopératif.

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Il faut dire que l’alcool et les drogues confèrent à Ruben des super-pouvoirs mais, finalement, n’est-ce pas ce que croient un peu tous ceux qui sont euphorisés par ce type de substances ? Donny Cates pousse à l’excès la métaphore : l’alcool rend sûr de soi, on a le sentiment d’être invincible et c’est très exactement ce que ressent le personnage principal du récit. Pourtant, ce qui le rend plus fort est aussi ce qui le tue à petit feu. Certes, Ruben est un héros indestructible lorsqu’il boit mais il est entraîné dans une spirale infernale qui le pousse à continuer pour ne pas tomber, ce qui ne fait que l’éloigner de ses proches. Le choix de cet homme est donc cornélien : rester le héros sans peur et invincible qui triomphe de ses ennemis et finir seul une vie de combats incessants ou renoncer à sa surpuissance pour tenter de retrouver une existence normale mais pleine de dangers et d’incertitudes ?

Donny Cates et Mark Reznicek abordent avec justesse la question de l’atavisme dans le processus d’addiction. Quelle est la part du traumatisme familial ? Ruben est-il finalement la victime des agissements de ses ascendants et notamment de son terrible géniteur ? Est-on condamné à reproduire les gestes de ses parents ou peut-on s’en abstraire ? Les addictions ne sont-elles que des moyens de fuir sa propre histoire ? Toutes ces questions sont soulevées avec justesse et montrent que l’acceptation de soi passe par la confrontation avec sa généalogie et son passé et on voit bien comment Ruben ne peut l’éviter.

Le récit est aussi l’occasion de mettre en valeur le talent graphique de Geoff Shaw dans des pages remplies de bagarres, de mouvements et grâce à l’utilisation fréquentes des splash pages. Shaw a un style incisif, intéressant mais parfois un peu confus. Il a toutefois un bon sens de la mise en scène avec une vision assez cinématographique qui offre des plans assez variés. Les clins d’oeil à l’histoire et l’univers des super-héros sont fréquents. Ruben ressemble tout aussi bien au Sentry de Marvel qu’à un Superman bourré et on voit des références se glisser dans les pages un peu partout – de Watchem à Cthulhu, tout le monde y passe. Mention spéciale pour la version hallucinée du docteur Strange, guide spirituel plus barge que le pauvre Ruben lui-même.

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Je dois toutefois avouer que malgré toutes les qualités de l’ouvrage, je suis un peu restée sur ma faim, comme souvent avec Donny Cates – du moins dans ce que j’ai pu lire de lui. Il développe souvent de très bonnes idées avec une bonne dose d’autodérision qui permet d’aborder des sujets sérieux avec un œil un peu neuf. Toutefois, je trouve qu’il devrait prendre un peu plus son temps. Dans Buzz Kill, on a à peine le temps de s’habituer aux personnages, de comprendre l’intérêt du sujet que l’histoire se termine. Cates pratique la concision avec un peu trop d’acuité à mon goût et ça gâche mon plaisir de lecture, moi qui aime voir un scénariste prendre son temps, je suis assez frustrée. Par contre, les lecteurs qui reprochent le côté bavard de certaines œuvres devraient trouver leur bonheur avec ce titre.

Alors, convaincus ?

Si l’idée de départ est intéressante bien que déjà utilisée par d’autres auteurs, si les auteurs abordent des sujets qui donnent matière à réflexion, il n’en reste pas moins que Buzz Kill va un peu trop vite tant sur le plan scénaristique que graphique, tout va bien trop vite et c’est un peu frustrant. On aurait eu envie d’en avoir un peu plus, ce qui veut bien dire que le titre est intéressant mais qu’il manque un peu de profondeur.

Sonia Dollinger

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