[review] Hillbilly tome 3

Le troisième volume d’Hillbilly marque le retour de Rondel, le magicien aveugle muni du Hachoir du Diable. Dans les tomes précédents, Eric Powell a instauré une atmosphère qui rappelle celle des contes qui nous faisaient frissonner étant enfants. Ces nouvelles aventures du vagabond au hachoir innovent quelque peu pour notre plus grand bonheur.

Un résumé pour la route

Hillbilly_3_1Hillbilly tome 3 est scénarisé et illustré par Eric Powell. Le titre sort aux Etats-Unis chez Albatross Funnybooks. En France, Hillbilly est publié par Delcourt comics.

Les nuages s’amoncellent au dessus du monde des humains. Les sorcières ont décidé de faire fi de leurs querelles, de s’unir pour abattre Rondel et ses alliés et de régner sur un monde dévasté. Ces horribles personnages rassemblent un armée hétéroclite composée de démons et même d’Hansel et Grendel. Comment va réagir le vagabond au hachoir, de quels alliés va-t-il pouvoir s’entourer et que feront les humains lorsqu’ils sauront quelle menace pèse sur eux ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Ce troisième volume s’ouvre sur un soir de pleine lune et met en scène James Stoneturner, un homme aux allures d’Indiana Jones qui fait face à une pierre magique qui lui confère un pouvoir. Après cet interlude, le lecteur retrouve Rondel et son hachoir du Diable qui progresse dans une inquiétante forêt, devisant avec les animaux tandis que les menaces s’accumulent. Le démon Tailypo, son ennemi juré, l’espionne et se charge de recruter des alliés de poids comme les monstrueux Hansel et Grendel. Eric Powell se joue des contes que nous connaissons tous en gommant leur côté rassurant. Les deux enfants sont devenus des abominations… pas de happy end chez Eric Powell.

Dans ce tome, le Hillbilly n’est pas seulement le solitaire sombre qui se bat dans l’indifférence générale. Devant la menace que représentent les sorcières pour le monde entier, il se forme autour du magicien comme une sorte de communauté hétéroclite qui unit ses forces pour lutter contre le mal. On retrouve au sein de ce groupe, James et sa pierre magique mais aussi une femme transformée en lynx, Lucille le Grizzly et la belliqueuse Esther. Consciente du danger épouvantable que représentent les sorcières enfin réunies derrière un même étendard, le groupe tente de recruter des alliés et de convaincre les hommes de la menace mortelle imminente. C’est l’occasion pour Eric Powell de montrer la bêtise des hommes plus préoccupés à chasser les animaux ou à assouvir leurs appétits primaires que de se protéger. L’auteur dépeint avec justesse l’arrogance des hommes qui fanfaronnent et vivent dans le déni malgré des signes annonciateurs de catastrophe. Le petit groupe joue les Cassandre et on admire vraiment leur abnégation alors qu’ils ne reçoivent que moquerie et quolibets en échange de leurs avertissements. Faut-il voir derrière ce conte de dark fantasy une parabole de la société contemporaine ?

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L’atmosphère instillée par Eric Powell est inquiétante à souhait, le fantastique s’immisce, le malaise pénètre le lecteur, lui rappelant ses frissons d’enfant. J’ai ressenti exactement le même plaisir que lorsque je lisais les légendes bretonnes d’Anatole le Braz. Les démons ont des allures de korrigans, les sorcières sont aussi effrayantes que celles des contes. Aux détours des pages, on croise des sortes de gobelins, des démons ailés et un bestiaire fantastique particulièrement réussi. Les tons gris ou glauques utilisés par l’artiste renforcent cette impression qu’on peut avoir de se trouver dans un monde aux frontières du réel. Certaines pages évoquant le passé s’apparentent plus à un dessin simplement esquissé ou crayonné montrant ainsi le temps qui s’est écoulé. Pour moi, la grande réussite, ce sont les personnages démoniaques qui sont extrêmement soignés et détaillés, tout comme les animaux alliés de Rondel : le grizzly et le lynx qui sont superbes.

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Si l’on retrouve des personnages récurrents et qu’on suit bien évidemment Rondel dans ses démêlés avec les sorcières, l’avantage de ce titre est qu’on peut presque lire les volumes indépendamment tant ils forment un ensemble cohérent. Chaque opus montre quelques aspects de l’histoire tragique de Rondel. On apprend notamment des choses sur sa mère qui font froid dans le dos et le lecteur ressent une profonde empathie envers ce personnage sombre et courageux qui semble porter tout le poids de la misère du monde.

Comme les contes d’Andersen, les histoires d’Eric Powell n’ont pas toujours une issue heureuse, ou du moins pas entièrement. La guerre totale exige des sacrifices et on dirait bien que le fardeau du Hillbilly va encore s’alourdir. Le récit de Powell est vraiment beau et on voit combien l’auteur maîtrise les codes inhérents aux contes et légendes. Ce type de récit résonne fatalement dans le cœur des lecteurs familiers d’histoires pour enfants. Powell sait jouer avec notre nostalgie tout en apportant sa pierre à l’édifice et en se jouant des codes qu’il remodèle à sa façon, gagnant à son tour le droit d’être réellement appelé un conteur.

Alors, convaincus ?

Le troisième volume d’Hillbilly ne déçoit pas, Eric Powell continue à développer l’univers dans lequel évolue son héros en lui adjoignant des acolytes dans son combat dantesque. Tout fonctionne à la perfection dans ce récit qui est aussi beau visuellement que terriblement poétique. Le dessin d’Eric Powell est un délice tout comme la manière dont il emporte son lecteur dans une histoire doucereuse et angoissante. En fin de volume, Delcourt a eu l’excellente idée d’insérer quelques planches et travaux préparatoires démontrant s’il en était besoin tout le talent de cet auteur dont j’apprécie de plus en plus le travail.

Sonia Dollinger

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